Moins dix
de
AstroBoulabulles
Sept heures en lice,
le monde s’éveille avant nous,
ses rues rigides comme des muscles engourdis.
Nos manteaux nous tiennent prisonniers
et les pommiers suspendus à leur froid
nous regardent passer
sans jugement, sans forme —
nous sommes moins dix à nous traîner
sous leurs yeux à palettes gelées ;
le congélo sonne les sept heures
comme une porte se clôt sur le monde ouvert :
pensons à travailler, bien sûr à travailler,
non pour agir,
mais pour être sûrs de n’avoir pas été.
Le socialisme saisonnier étire dans les vitrines
un souffle intermittent qui n’a rien de doux,
et pourtant chaque reflet nous fait signe,
chaque branche tremblante
est le miroir exact
de ce que nous portons dans le corps, dans l’âme.
Marcher devient distance, perpétuité.
Chaque pas mesure l’espace entre l’existence
et le monde qui a déjà commencé.
Nous regardons nos mains, nos pieds,
comme pour retrouver une logique
dans le froid qui frappe les heures.
Il faudrait ne pas se lever, ne pas s'être levé.
Il faudrait reconnaître son immobilité comme un enfant en retard
et laisser le monde tourner sans lui, sans nous,
laisser nos corps couchés à moins dix et nos regards — moins vingt —
mesurer le silence que l’on peut encore s'offrir
avant que la lumière ne nous concrétise,
ne nous ait concrétisés.
Mais sept heures moins dix —
tout recommence,
le trottoir, les façades, les engelures,
les pommiers suspendus à leur froid,
et nous, toujours en lice, toujours éviscérés
sous nos manteaux aiguisés, avisés,
à exister juste assez
pour sentir la morsure contractuelle,
et ne rien nommer de l’éclat fragile
qui survit dans nos yeux gelés.
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