Bazar cosmique
Je me suis réveillé un mardi matin dans un sous-marin rose bonbon, garé en double file au milieu d’un champ de pâquerettes. Jusque-là, rien d’alarmant. Ce qui m’a inquiété, c’est le capitaine.
Un ornithorynque en uniforme, monocle vissé à l’œil, qui me saluait avec une dignité tragique.
« Bienvenue à bord, KamiNomegumi », déclara-t-il en tapotant une carte invisible.
À travers le hublot, une licorne nageait tranquillement, battant des sabots comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Elle me fit un clin d’œil, puis éternua un arc-en-ciel parfaitement inutile.
C’est à ce moment-là que l’extraterrestre entra.
Vert, légèrement translucide, visiblement stressé. Il me regarda avec un profond respect mêlé d’angoisse.
« Enfin… vous », murmura-t-il. « Celui qui rêve trop fort. »
Il m’expliqua que ce sous-marin n’était pas un véhicule, mais une mesure de sécurité. Une sorte de quarantaine pour imagination débordante. Apparemment, certaines idées, quand elles me traversaient l’esprit, prenaient corps sans demander la permission.
Autour de la table de commandement, l’ornithorynque plaidait pour l’ouverture d’un spa intergalactique, la licorne tentait de breveter le concept de “magie approximative”, et moi… je signais des autorisations que je ne me souvenais pas avoir écrites.
Le sous-marin plongea, vola, puis fit une pause café hors du temps.
Quand je me suis réveillé pour de bon, j’étais dans mon lit. Le monde avait repris sa posture sérieuse, son air bien coiffé.
Mais sur ma table de nuit, il y avait un monocle.
Et dans ma tête, une pensée persistante, dangereuse, délicieuse :
si ce monde devient un jour complètement absurde, ce ne sera pas un accident.
Ce sera moi.

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