Wim Schneider

3 minutes de lecture

Wim Schneider n’est pas ce qu’on pourrait appeler un bon dentiste, ou du moins, je ne vous le recommanderais pas. Non pas que je remette en doute ses diplômes qui, je pense, sont tout à fait louables - et ses tarifs sont d’ailleurs charitables -, mais c’est l’état de son cabinet qui m’inquiète. La dernière fois, j’ai trouvé un poil, sans doute pubien, oublié sur la lunette des chiottes. Sa salle d’attente doit, quant-à-elle, son sordide aux tentures délavées qui renferment une terrible odeur de macabé, et à ces chaises destinées à l'accueil qui semblent tout droit sorties de l’un de ces restaurants de bourg où l’on sert l’entrée, le plat et le dessert pour vingt centimes à peine.

En raison de son âge avancé, il convient d'accorder au vieillard les bénéfices des nombreuses toiles d’araignée logées dans l’angle des plafonds - dont les propriétaires attestent censément la sainteté du lieu -, mais tout de même, on ne me fera pas croire qu’avec son titre de spécialiste, Schneider n’a pas de quoi engager une technicienne de surface - comme on les appelle maintenant. Enfin bon, ce n’est pas ce dont j’avais l’intention de vous parler ; c’est le sujet de sa femme, ou plutôt, celui de sa disparition, que j’aimerais ici aborder.

Je ne saurais vous dire à quand remonte la dernière fois que j’ai été chez le dentiste avant ma dernière et première rencontre avec Wim Schneider. J’ai tendance à procrastiner les bilans médicaux, du fait même qu’ils exigent une certaine récurrence due à laquelle j’omets bien souvent leurs fréquences ; ce pourquoi j’ai donc découvert mon médecin de famille il y a quelques mois à peine.

Après une brève apnée, le vieil homme me libère enfin de sa salle d'attente. Je découvre alors le bonhomme : un gars dégarni, un peu chétif, aux doigts recouverts de longs poils blancs et doté d’un accent dont je situerais la provenance dans les alentours de la Hollande. Il m’invite à m’allonger, enfile ses gants en latex - ouf ! - et commence à me trifouiller la gueule. Je crois que Schneider confond sa fonction de dentiste avec celle du coiffeur - ou peut-être est-ce là l’expression d’une solitude qui nous accompagne dans la vieillesse - car bien vite, il s’engage dans une conversion - moi, la gueule toujours écartelée - qui, sans surprise, prend bien vite la forme d’un monologue dans lequel l’écho de ses pensées m’avoue alors, sans filtres :

  • Ça me rappelle quand dans le commissariat de la police, ils m’on demandé de quel côté de la main j’ouvre la porte. [J’admets ne pas me rappeler la source de la confidence qui va suivre.] Je leur ai dit, monsieur, c’est comme si je te demandais de quel côté tu te torches. [Oui, Schneider fait dans le vulgaire, ne soyez pas choqués.]
  • Ils pensaient que j’avais tué ma femme. [Une pause déglutition s’impose. ]
  • glouk - Hum. [Je le laisse à nouveau s'aventurer à la tranchée de ma gorge.]
  • Maintenant je sais, j’ouvre la porte avec la main droite. Il y a des choses on pense pas si on n'y pense pas. Mais je fume aussi avec la main droite, donc peut-être c’est normal.

C’est tout, je n’ai rien de plus à vous mettre sous la dent ; je suis également irrassasiée. Néanmoins, je n’ai payé que vingt-cinq euros pour une consultation qui m’aurait normalement coûté le double, voire le triple ; et en bonus, j’ai là reçu l’anecdote dont j’avais l'imminent besoin pour rédiger ce troisième chapitre.

Vous aurez donc compris ce pourquoi je ne vous recommande pas mon dentiste de famille ; bien que personnellement, j'attends maintenant avec impatience notre prochain rendez-vous - auquel je ne manquerai pas cette fois -, et s’il vous sied, je vous ferai alors parvenir le fin mot de cette histoire.

En attendant, je continue d’épluche la DH à la recherche d’un meurtre avec pour potentielle victime, une dénommée madame Schneider.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Larivière ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0