Bulle

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Un grand soleil brille sur les rues muettes. De mon perchoir, je profite de l’immense ciel limpide. Pas une voiture, pas une seule traînée d’avion. Seul le roucoulement des pigeons brise le silence.

Un dimanche tranquille, qui signe la fin ce cette folle semaine.

Dix jours que je n’ai pas mis le pied à l’extérieur.

Déjà, le vent piquant gèle mes mains. J’inspire une dernière bouffée de cet air au parfum de fleurs avant de refermer la fenêtre.

Dans notre bulle, je retrouve maman au téléphone. Papa et elle sont en grande conversation avec l’Italie, là où c’est pire qu’ici. Aujourd’hui, comme depuis le début de la pandémie, aucun changement : toute la famille va bien.

Maman leur révèle la rumeur qui circule : la quarantaine pourrait durer jusqu’à cinq semaines de plus que les trois initialement annoncées. Ça ne me dérange pas. Depuis le début de l’année, je passe presque toutes mes journées à la maison. La situation actuelle n’y change pas grand-chose. Une pointe d’inquiétude se profile quand je songe aux évaluations de fin de quadrimestre, vite repoussée par cette certitude : tout ira bien. Tout problème nécessite une solution.

La propagation incontrôlée du virus est un problème ; le confinement est une solution. Après… je ne suis pas médecin ! Mais parce que je comprends la nécessité du confinement, j’en respecte les directives à la lettre. Tout comme le reste de ma famille.

Alors, en pratique, comment ça se passe chez nous ?

Si j’en parle avec calme, c’est que nous avons été prévoyants. Avec quatre bouches à nourrir, nous n’avons pas attendu les annonces gouvernementales. « Coronavirus », « COVID-19 », n’étaient que des mots. Un peu comme « confinement », une rumeur lointaine sans rapport avec l’Europe. En janvier déjà, on sentait que cela pouvait dégénérer. Pas à ce point, certes… Pas pour une « petite grippe ». Mais dès l’apparition du premier cas au sein de nos frontières, tout a changé.

Il était ici.

Sauf que personne n’y prêtait la moindre attention.

Comme le disait mon maître de stage : « Tout ce qui est fait n’est plus à faire. »

Ça n’a jamais été aussi vrai.

Au moment où j’écris ceci, nous sommes le 22 mars 2020, après dix jours d’isolement volontaire. Le reste de la population n’en est qu’à la moitié. Et pourtant, pas de quoi paniquer de notre côté.

Nous n’avons pas fait la file pendant des heures, dans une queue de clients agressifs et prêts à tout pour un paquet de papier toilette. Nous n’avons pas rempli de caddie de pâtes et de riz, ni dévalisé le rayon paracétamol de la pharmacie.

La nourriture, l’eau, les médicaments, les produits d’hygiène… depuis des années on ne cessait d’entendre qu’il fallait en posséder un stock tournant. Le jour où cette théorie est soudain devenue réalité, nous n’avons pu que nous féliciter de l’avoir appliquée. Sans devoir rationner, le frigo et les armoires contiennent encore assez de denrées pour deux semaines de repas variés.

J’ai la chance de vivre dans une famille soudée et solidaire. Ce confinement n’est pas la première difficulté à laquelle nous devons faire face, ce n’est pas la pire non plus.

Après tout, on nous demande juste de rester à la maison pour sauver des vies. Ce n’est pas si difficile ! Et je dis ça, alors que je suis la première à regretter la fermeture de tous les espaces culturels et conviviaux de la ville. La quarantaine a assommé notre belle Cité ardente, sans véritable espoir d’un retour à une vie « normale ».

En tout cas, pas tant que certains ne respecteront pas les consignes.

Peut-être que les craintes autour de ce virus ne sont qu’inventions gouvernementales… Je n’en sais rien, moi ! Je ne suis pas plus économiste que médecin ! Et quitte à propager des rumeurs, autant qu’elles remontent le moral de ceux qui se sentent aujourd’hui seuls et délaissés, non ?

Un climat anxiogène, ce n’est bon pour personne. Alors, inspirez à fond et faites un peu abstraction de l’agitation générale.

Et n’oubliez pas : tout arrive pour une raison. Quelle est la vôtre aujourd’hui ?

https://youtu.be/Qllt27_Golg

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