5. Visite surprise

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— Coucou ! C’est Nico ! Je suis en bas. Tu viens m’ouvrir ?

La visite impromptue de Nicolas, son ex-prof de yoga, prit Maelys au dépourvu. Elle se hâta d’enfiler un jogging. La chose trainait toujours sur le lit : elle la recouvrit du drap, et, sous le regard outré du chat privé de sa couverture, elle descendit l’escalier.

Nicolas se tenait derrière la porte vitrée, un grand sourire sur son visage franc de Normand. Certaines yoginis de Toulouse disaient qu’il ressemblait à Henry Cavill dans Superman, d’autres, à Bucky, le p’tit pote de Captain America.

— Bah alors ! Tu faisais la grasse mat’ ?

Maelys lui octroya un sourire rapide. Nicolas, comme tous les maîtres yogis, était un lève-tôt.

— Quelle bonne surprise, Nico.

— Je reviens d’une formation chamanique à Opoul et je passais dans le coin. Je me suis dit que j’allais m’arrêter te voir, puisqu’on te voit plus à l’ashtanga... tiens. J’ai ramené de quoi bouffer. Ça te dérange pas, au moins ?

Maelys secoua la tête. Dans une autre vie, elle avait un peu badé Nico. Par conséquent, elle était incapable de lui dire non.

— Je t’attendais pas, mais entre.

— C’est pas comme si tu avais un emploi du temps de ministre, hein ! se moqua-t-il gentiment en posant le pied dans le salon.

Maelys lui proposa un thé — comme tous les maîtres yogis, il ne buvait pas de café — et le laissa cinq minutes, le temps de se rendre plus présentable. À la vue de son visage bouffi par le sommeil et le stupre, de ses cheveux collés, elle poussa un long soupir de bête blessée.

Bon. Je suis une bonne copine, se rappela-t-elle.

En bas, Nico s’était déjà installé dans le canapé.

— Faut que je te raconte cette formation, attaqua-t-il. C’était incroyable.

Maelys trempa les lèvres dans son chai.

— Raconte.

— C’était organisé par cette nana dont je t’avais parlé, là.

— Celle des huttes de sudation ?

— Celle-là. Cette fois, le thème, c’était de se reconnecter avec son féminin profond. Un truc tantrique, quoi.

— Tantrique ? Comme le bouddhisme ésotérique himalayen ?

— Plutôt comme l’union sacrée avec sa kundalini. Tu sais, cette énergie qu’on libère lors des rapports sexuels...

Maelys but une autre gorgée de son thé. Nico était lancé. Elle l’écouta raconter en long en large son « union » avec une série de participantes plus que consentantes, toutes plus sexy les unes que les autres et désireuses de « libérer leur kundalini ».

Et dire que pendant des mois, elle avait quêté un signe de ce mec, qui venait lui raconter chaque semaine ses expériences sexuelles avec des nanas rencontrées la veille ! Stage de massage, masterclass de postures en équilibre... tout y passait. Dans chacune de ces formations, il y avait un vivier de femelles en chaleur mille fois plus bonnes qu’elle, Maelys Colinot, qui continuait à attendre comme un petit chien sa pâtée.

Laisse tomber ce nul, susurra la voix rauque de la créature dans son oreille. Fous-le dehors, et reviens te coucher. Je vais te faire oublier ses vantardises.

Maelys sursauta. C’était la première fois que la créature se manifestait alors qu’elle se trouvait avec une autre personne.

— Tu es là ?

Nicolas la regarda d’un air surpris. Déjà, il s’était arrêté de s’écouter parler, ce qui était plutôt surprenant.

— Ben oui, je suis là, Maelys !

— Je te disais pas ça à toi... lâcha Maelys avant de se mordre l’intérieur de la joue.

Quelle conne ! Si elle voulait passer pour une vieille folle qui perdait la boule dans sa campagne, elle n’aurait pas pu trouver mieux.

Mais Nico sourit.

— Tu le disais à qui, alors ? À ton ange gardien ?

Mon ange gardien. Un ange avec une grosse queue bien dure, une langue experte en cunni et des tentacules bien veineux... tu ne crois pas si bien dire, coco.

— À propos d’ange gardien, on a travaillé sur les plans astraux lors du stage...

Et c’était reparti. La projection astrale nécessitant apparemment de longues et humides séances de massage nus dans la nature, Nico embraya sur sa pratique du Kâma-Sûtra avec les pratiquantes féminines du stage. Deux hommes, aussi. Nico était bi, et ne s’en cachait pas.

Bla, bla, bla. Il a pas fait un quart de ce qu’il te raconte, intervint la créature de son ton grinçant. Fous-moi ça dehors. J’ai envie de mettre ma chose dans ta petite pochette de velours.

— Non, gémit Maelys.

— Non quoi ? s’enquit Nico, les deux mains sur sa tasse de thé.

— Non rien...

Si tu le fais pas, c’est moi qui vais le faire.

— Fais pas ça !

Nico ouvrit de grands yeux ronds, bien bleus.

— Ne fais pas quoi ?

— Rien !

Cette fois, la chose garda le silence. Mais elle prenait de plus en plus d’initiatives. En se remémorant l’empressement dans la voix de la créature (« J’ai envie de mettre ma chose dans ta petite pochette de velours... »), Maelys rougit violemment.

— Eh ben, t’as besoin de te détendre, toi, remarqua Nico en regardant Maelys d’un air suspicieux. Que dirais-tu d’un petit massage ?

— Désolée Nico, je suis un peu limitée en ce moment...

— C’est pas grave. Tu me paieras en avis Google !

Maelys remercia et accepta. Elle était reconnaissante envers Nico qui testait toujours ses nouvelles compétences sur elle gratuitement, lorsqu’il revenait de formation.

Cette fois, Nico n’avait pas sa table avec lui.

— Ça ira très bien comme ça, déclara-t-il en étalant une couverture sur le parquet de la chambre de Maelys. Je te laisse te déshabiller et te mettre sous le plaid. Tu m’appelles quand tu as fini !

Une fois la porte refermée, Maelys retira son gros pull. Au début, elle essayait de se montrer sous son meilleur jour lorsqu’elle voyait Nico. Mais c’était difficile de s’habiller sexy en allant au yoga en vélo, et là, Nico l’avait prise au dépourvu... de toute façon, elle avait fini par lâcher l’affaire. Nico ne s’intéressait pas à elle. Comme la plupart des hommes, il la voyait comme une bonne copine à qui raconter ses frasques. Ah ça, les mecs adoraient se confier à elle ! Soit disant, elle écoutait comme personne.

Je t’en foutrais, une oreille compatissante, maugréa-t-elle intérieurement.

L’image que lui renvoyait le miroir n’était guère flatteuse. Depuis qu’elle s’était retirée dans cette cambrousse, elle n’allait plus chez le coiffeur. Et, même si elle avait perdu du poids récemment, elle savait qu’elle n’obtiendrait jamais ce corps tonique d’influenceuse yoga que Nico prisait tant. Elle avait toujours été rondouillarde, plus ou moins molle.

Moi, ça me convient très bien, susurra la chose en enroulant ses bras autour de sa taille. Il te faut un peu de gras pour porter mes petits.

Maelys se figea. Jamais elle n’avait aperçu le propriétaire de la chose : elle l’avait juste senti. Mais sa silhouette apparaissait dans le miroir, ombre immense qui avalait la lumière derrière elle. Et les deux mains posées sur son ventre étaient bien réelles. Elles avaient six doigts, une peau couleur de nuit et des ongles comme des lames.

— Non, souffla Maelys en sentant le désir la gagner. Pas ici !

Je vais te prendre, répliqua la créature dans son oreille, maintenant. Devant ce Nico s’il le faut. Je n’en peux plus d’attendre.

— Pas devant lui ! s’affola Maelys.

Pour toute réponse, la créature lui mordilla la nuque. Une chose lourde et gluante, particulièrement imposante, pressa sur le bas de son dos. La chose était prête. Elle avait faim.

Maelys savait qu’il fallait la satisfaire. Elle s’allongea sur le drap, face contre le tissu, et écarta les jambes. Les mains griffues de la chose vinrent la caresser, et elle ne tarda pas à sentir une longue langue mouillée sur ses fesses. Lorsque l’appendice de chair, dont le bout était délicieusement pointu, s’engouffra dans ses replis déjà humides et gonflés, Maelys retint son cri dans son poing.

— Nico est juste là, à l’extérieur..., protesta-t-elle pour la forme.

Il attendra, répliqua la créature avant de plonger en elle.

La pénétration fut plus douloureuse que ce que Maelys anticipait. Elle se mit néanmoins à bouger le bassin rythmiquement pour accompagner le mouvement : la créature aimait ça, et elle aussi.

Maelys tenta de se redresser pour jeter un œil sur le monstre — puisqu’il semblait visible en plein jour — mais à chaque fois qu’elle relevait la tête, il la repoussait face contre la couette. En outre, la montée du plaisir fit bientôt perdre tout sens commun à Maelys. La chose avait la faculté inhumaine de faire bouger son membre pendant l’acte. Il pouvait le vriller, le faire tourner dans tous les sens. C’était divin.

Soudain, Maelys sentit quelque chose s’accrocher au fond de son vagin. Elle ouvrit la bouche sur un cri silencieux, aussitôt court-circuité par la paume froide de la créature. Puis une main rassurante vint se poser sur sa croupe, tant pour la calmer que pour l’immobiliser.

Ne bouge pas. Je dépose un de mes œufs en toi.

— Un de tes œufs ?

Oui. Je t’ai dit que j’allais te féconder. C’est le moment.

— Pourquoi maintenant ? gémit Maelys. Ce n’est pas un peu tôt ?

Avec ce Nico dans les parages, c’est le bon moment au contraire. Tu es mienne. Il doit le comprendre.

Maelys tenta de se dégager, mais la créature la tenait fermement. Et soudain, elle sentit quelque chose de lourd se lover dans son utérus.

Voilà mon œuf. Prends-en bien soin.

La chose se retira centimètre par centimètre, en émettant un grognement de satisfaction. Lorsque Maelys parvint enfin à redresser la tête pour la regarder dans le miroir, elle avait disparu. Ne restait plus qu’une femme nue allongée sur le ventre, l’entrecuisse passablement mouillée.

— Toc toc, fit alors Nico en passant la tête dans la porte. Je peux entrer ?

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