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Paul DELYS

Paul DELYS
Le monde sous cloche est un récit introspectif né d’un temps de rupture.
À travers le quotidien de Pierre et de sa fille Lily, l’histoire explore le confinement comme une expérience humaine, faite de silence, de questions et de lenteur retrouvée.

Le regard de l’enfance, libre et direct, vient bousculer les certitudes des adultes. La nature, plus présente, accompagne cette traversée intérieure, tandis qu’une voix plus intérieure invite à prendre du recul et à observer autrement.

Ce texte ne cherche pas à expliquer ni à juger. Il propose une pause, une respiration, un déplacement du regard sur le temps, la peur, le lien et ce qui nous relie au vivant.

Un récit sensible et apaisé, qui invite à ralentir et à habiter le monde autrement.
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Défi
Paul DELYS
Le 7 janvier n’est pas une date. C’est une cicatrice. Ce matin-là, la France a vacillé. Pas seulement sous les balles, mais sous la sidération. Quelque chose d’intime s’est brisé, dans les cafés, les écoles, les bureaux, dans ce silence brutal qui suit l’impensable. On a compris, d’un coup, que la violence pouvait entrer par la porte d’un journal. Qu’elle pouvait viser des dessins. Des rires. Des idées. Ce jour-là, ce ne sont pas seulement des hommes et des femmes qui ont été assassinés. C’est une part de notre insouciance collective. Cette croyance fragile que débattre, caricaturer, provoquer, relevait encore du désaccord, pas de la mise à mort. La France a pleuré. Dans la rue. Dans le froid. Dans une unité rare, presque instinctive. Des millions de corps serrés autour d’une même idée : on ne tue pas pour faire taire. Peu importe que l’on aimait ou non Charlie. Peu importe que l’on riait, grincait des dents, détournait le regard. La liberté n’est pas un menu à la carte. Elle ne se mérite pas par l’adhésion. Elle existe précisément pour protéger ce qui dérange. Liberté. Ce mot gravé sur nos frontons, qu’on croit parfois trop solide pour tomber, a ce jour-là rappelé sa vraie nature
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Défi
Paul DELYS
Ça commence toujours par la mâchoire cachée par sa bouche appât de toute tension... Un serrement minuscule, presque élégant. Les dents se cherchent, se frottent, grincent à peine. Rien de grave, pense-t-on. Pourtant la tension a déjà trouvé son point d’ancrage. Elle sait où entrer. Elle descend ensuite dans le cou. Les épaules montent d’un millimètre, puis d’un autre. Elles ne redescendent plus. Elles se figent là. Le souffle se raccourcit sans prévenir. Inspirer devient un acte volontaire. Expirer, un abandon. La tension aime la lenteur. Elle s’installe dans le ventre, en boule compacte, dense, chaude. Elle contracte les organes comme on serre un poing. Dans la poitrine, quelque chose tire. Un fil invisible, tendu entre le cœur et la gorge. Le cœur tape trop vite, puis trop fort, comme s’il cognait contre des parois trop étroites. Chaque battement résonne d'attente. Les mains tremblent à peine. Les doigts se replient, cherchent une résistance : le tissu du pantalon, le bord d’une table, une cuisse. La peau devient hypersensible. Le moindre contact est une excitation. Dans la tête, les pensées s’empilent, se superposent, se compressent. Des phrases inachevées. Des images floues. De
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Défi
Paul DELYS
J’ai compris le sens de la vie un mardi, à 8h19, devant un clou. Un clou banal. Ni héroïque, ni brillant. Un clou de magasin de bricolage, né pour finir peut-être dans un mur et mourir dans l’oubli. En tout cas, c'était sa finalité du jour. Je venais de relire Camus la veille, ce qui est une excellente manière de se sentir intelligent tout en restant inquiet. L’absurde, disait-il, c’est ce divorce entre notre soif de sens et le silence du monde. Moi, j’avais soif de sens. Et le monde, ce matin-là, répondait par… un clou. Je l’ai pris dans la main, comme si j’allais lui demander l’heure ou la vérité. Je l’ai approché du mur. J’ai levé le marteau, avec cette gravité ridicule qu’on a quand on veut faire de sa journée un symbole. Et j’ai frappé. Clac. Net. Précis. Tout en évitant mes doigts. Le clou est entré. Grand succès de bricolage, le mur n'était pas en béton armé. Il ne s'est pas rebifé, ne sait pas tordu. Net. Clair. Sans débat. Sans métaphysique. J’ai eu une pensée fulgurante : le monde est peut-être absurde… mais lui, au moins, il tient. Le clou tenait. Le tableau tenait. Le mur tenait. Et moi, je tenais aussi, par contagion. J’ai souri. Théo se moqua de moi. Le clou, lui, ne
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Défi
Paul DELYS
La torture n’a pas toujours besoin d’instruments. Elle peut se passer de cris, de sang, de murs sales et de chaînes. Elle peut être propre, presque élégante. Son origine le dit pourtant clairement : tortura, issu de torquere, signifie tordre. La torture commence là, dans ce geste précis. On ne brise pas, on déforme. On ne détruit pas, on altère. On prend ce qui était droit et on le force à prendre une autre direction. On ne cherche pas la mort immédiate. La torture véritable ne s’attaque pas au corps, elle s’installe dans l’esprit. Elle avance lentement, sans urgence. Elle joue avec le temps comme avec une vis que l’on serre un quart de tour par jour. Elle commence souvent par la confusion. Une parole donnée puis modifiée. Un engagement transformé en malentendu. La réalité n’est jamais niée frontalement : elle est déplacée. Tordue. On vous oblige à revoir vos souvenirs, à douter de votre propre logique. La torture mentale excelle dans cet art : faire porter la faute à celui qui ressent. Jusqu'à devoir s'inventer ses propres souvenirs. Puis vient l’attente. L’attente est un outil majeur. Attendre une réponse, une décision, une liberté. Attendre sans échéance. Attendre sans savoir si
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Défi
Paul DELYS
Je me suis arrêté un moment, juste pour faire quelque chose de simple. Je ne m'en souviens déjà plus. ha oui ! J’ai essayé de compter les silences entre deux battements de cœur. Au début, ça allait : un… deux… Puis les silences ont commencé à se chevaucher, comme s’ils étaient pressés. J’ai donc décidé d’en attraper un avec la main, pour le garder en place le temps de le compter. Il était tiède et un peu vexé. Mais il ne voulait pas parler. Pour être précis, j’ai mesuré la durée avec mon souffle, en soufflant très doucement, mais mon souffle s’est mis à prendre de l’avance sans me prévenir. Je n'allais me mettre à courir pour le rattraper. Alors j’ai changé de méthode. J’ai compté les coins invisibles de la pièce du vieux manoir, ceux qui n’existent que quand on ne les regarde pas. Certains se déplaçaient quand je clignais des yeux, d’autres refusaient d’être des coins et se prenaient pour des courbes. J’ai essayé de leur parler calmement, en leur demandant de rester sages et immobiles le temps du calcul. En réponse, le mur a fait semblant de s’étirer et le sol a pris un air innocent. Pour finir, j’ai compté les feuilles qui décidaient de tomber à l’envers, comme si le ciel était e
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Paul DELYS
Le narcissisme moderne a inventé une forme de nouvelle religion : l’Apparence. Ses fidèles prient avec un Selfie, communient avec des likes, et croient atteindre la lumière grâce à un Éclat de façade — un éclat si vif qu’il aveugle même la honte. Ils jurent que c’est de l’Amour-propre. En réalité, c’est un crédit à taux variable : aujourd’hui adulé, demain oublié dans les abysses de leur propre illusion. On les voit dans les rues, téléphone levé comme un sceptre, sourire accroché au visage comme une agrafe. On dirait des rois, des reines, des embassadeurs du spot idéal. Mais ce sont des mendiants de regard. Des affamés d’attention. Le monde entier tourne autour de leur Nombril, et ils appellent ça “rayonner”. La Mégalomanie est leur parfum : quelques gouttes, et ils se sentent immortels, intemporels. Ils ont oublié leur condition humaine. Ils se filment en courant, en pleurant, en séduisant, en mentant. Ils transforment l’intime en produit, le corps en vitrine, l’âme en publicité. Et plus c’est vide, plus ça brille. Plus c’est faux, plus ça marche. Ils prennent des risques stupides pour prouver qu’ils existent en tronquant la mort. Cette belle faucheuse qui jamais ne pleure et jama
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Paul DELYS
Il y a des êtres qui ne passent pas. Ils portent. Tu étais de ceux-là. Un pilier. Pas celui qui se voit, mais celui qui tient quand tout vacille. Présence stable, évidente, comme une main posée sur l’épaule du monde. Avec toi, je ne doutais pas. Les jours s’alignaient. Les mots trouvaient leur place. L’amitié n’était pas un effort, mais une respiration. Puis un jour, tu n’as pas chuté. Tu t’es retiré. Comme une marée discrète. Sans vague. Sans adieu. L’éloignement a fait semblant d’être une excuse. Les années ont fait semblant d’être innocentes. Et les promesses — ces phrases trop confiantes — se sont dissoutes dans le temps, non par trahison, mais par fatigue. Je t’ai cherché parfois. Pas dans les rues. Dans les gestes. Dans certaines phrases que je formulais comme toi. Dans des silences que j’avais appris à tenir à deux. Car tu n’étais plus là, mais tu étais encore en moi. Tu étais devenu une façon d’être. Une manière d’écouter. Un calme hérité. Le jour où je t’ai recroisé, le monde n’a pas tremblé. Il s’est simplement reconnu. Nos regards se sont compris sans explication. Nous n’avions plus besoin de reconstruire. Ce qui avait été porteur n’avait pas disparu : il avait été intég
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La ville disparaît en une nuit. Pas dans une explosion. Pas dans un incendie. Pas dans une guerre. Elle disparaît sans bruit humain. Et c’est ça, le pire. Parce qu’au matin, il n’y a plus les sons qui rassurent — même ceux qu’on déteste. Plus de moteur qui démarre. Plus de portes qui claquent. Plus de conversations par les fenêtres. Seulement la nature. Elle, elle continue. Le vent glisse entre les façades, comme s’il cherchait quelque chose. Les feuilles frottent les unes contre les autres et ça fait un chuintement nerveux, trop présent. Un merle siffle, imperturbable, posé sur un câble électrique au-dessus d’un corps. Je suis vivant. Et pourtant, je n’entends plus la ville. Je m’appelle Noé. Je le sais parce que ma carte d’identité est tombée de ma poche quand je me suis relevé, tremblant, sur le bitume froid. Le plastique est intact. La photo me ressemble. Mais le monde autour ne ressemble à rien. Autour de moi, des gens sont étendus comme des pantins rangés après une pièce. Sans sang. Sans lutte. Des visages apaisés, figés dans la routine interrompue : une femme avec son cabas, un homme à genoux près d’un vélo. Je me redresse, pris d’une urgence qui me brûle le ventre : appeler
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Paul DELYS
L’amour commence souvent en rouge. Pas le rouge éclatant des vitrines, mais celui qui monte sous la peau, lentement, quand le cœur oublie d’être prudent. Il bat plus fort, sans raison valable, comme s’il reconnaissait quelque chose d’ancien. Le rouge est chaud, parfois trop. Il brûle les doigts quand on le tient trop longtemps, mais on y revient quand même, attiré par cette chaleur qui promet d’exister pleinement. Puis l’amour devient bleu. Un bleu profond, presque immobile. Celui des fins de journée où l’on attend un message qui ne vient pas. Le bleu de la distance, des silences étirés, des pensées qui tournent en rond. Il a une odeur de pluie. On apprend à respirer dedans, à nager sans voir le fond. Ce bleu-là n’est pas triste, il est grave. Il enseigne la patience, même quand on n’en veut pas. Il arrive que l’amour prenne du vert. Un vert fragile, presque timide. Celui des recommencements. Des gestes qui osent à nouveau, des mots encore maladroits. Le vert pousse lentement, sans bruit, dans des endroits qu’on croyait secs. Il n’efface pas ce qui a été, mais il prouve que quelque chose peut encore naître. Le vert est l’amour qui soigne sans promettre, qui se contente d’être là. P
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Paul DELYS
Alan est tombé malade sans tomber vraiment. Pas de fièvre, pas de toux, rien d’alarmant — seulement une lenteur dans le corps, comme si chaque geste devait traverser un océan de vagues qui le ramenait inlassablement sur le rivage. C’était un enfant tranquille, avec des yeux profonds pour son âge. Ses parents les premiers l'ont cru fatigué. Mais ce n’était pas du sommeil qu’il manquait. C’était autre chose. Une maladie ? Le médecin appelait à son chevet n'avait pas de diagnostic précis. Ce n'était pas écrit dans les manuels de médecine. Il avait découvert l’amour. Pas l’amour spectaculaire des grands, pas l’amour qui casse et qui brûle. L’amour innocent. Celui qui arrive en silence et change la lumière. Un matin, il a aimé une voix. Puis un sourire. Puis une présence. Et ce sentiment s’est installé en lui comme un oiseau : ça battait, ça tremblait, ça voulait sortir de sa cage. Alors son cœur s’est mis à faire trop de place. Il ne mangeait plus beaucoup, non parce que la faim avait disparu, mais parce qu’il était rempli d’une joie inquiète. Cette joie étrange qui serre la gorge. qui noue les organes. Il marchait avec précaution, comme si le monde pouvait le bousculer. Tout devenait
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Paul DELYS
Nous sommes allés en Laponie, ha le cercle polaire, la magie inégalée... comme on entre dans un conte ancien, à pas lents, le cœur ouvert. Dès la sortie de l’avion, la neige nous a enveloppés d’un silence ouaté. Ma fille a levé les bras, comme pour attraper le ciel, et j’ai compris que ce voyage serait autre chose qu’un simple séjour : une traversée. Une découverte enchantée. Ici, tout respire autrement. Les arbres semblent prier, figés dans le givre. Le froid est franc, honnête, enveloppant. Il ne triche pas. Même lorsqu’un léger redoux est annoncé, la terre conserve sa mémoire blanche, fidèle à l’hiver. Nous avançons ensemble, nos souffles mêlés, petits face à l’immensité, mais étonnamment à notre place. L'immensité est sublime. Blanche. Calme. Au loin, les montagnes dessinent des lignes pures de forêts, de lacs gelés. On évoque le Mont-Blanc comme une référence, un géant familier, mais en Laponie, la grandeur est plus discrète, plus murmurée. Elle se glisse sous la peau. Ma fille glisse sur sa luge, joyeuse. Elle observe ceux qui partent en hors-piste, libres comme des pensées sauvages. Ecouter le son de la neige silencieuse qui, sous son manteau, peut réveler une avalanche impr
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