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Naïs

Naïs

Je n’ai jamais été à l’aise avec mes émotions. Elles me contrôlent. Je tente souvent de les contenir, mais en vain. Elles m’envahissent, traversent mon corps comme terre conquise. Elles n’ont pour seul maître que mon cœur. Ce souverain capricieux sait oh combien chacun de ses battements m’est précieux. Alors, lorsqu’il entend une voix, croise un regard ou un sourire par les fenêtres de mon âme, il accélère le tempo et s’érige en véritable boxer dans ma poitrine. Gauche, droite, uppercut. Les coups portés résonnent dans tout mon corps, laissant ses organes inertes, mornes, face à l’autorité du dictateur injecté de sang. De cette façon, il rappelle qu’il est le seul maître des lieux. Lui et personne d’autre. Ce corps ne constitue pour lui qu’un abri animé qui n’a lieu d’être uniquement par sa seule volonté. Mes émotions, fidèles serviteurs de cet autocrate déraisonné, exécutent aveuglément ses moindres lettres closes.
Me voilà alors captive. Chaque organe de mon corps ne devient autre qu’un vulgaire laquais voué à diffuser l’émotion dont mon cœur s’enivre. Je les supplie de résister, mais il est déjà trop tard. Mon esprit est bâillonné. Mes yeux sont embués. Ma gorge, étouffée par l’émotion, vient étirer ma voix comme pour lui demander à l’aide. Et dans l’hypothèse où je parviendrais à libérer ma raison et m’échapper en courant face à moi-même, mes membres sont complètement paralysés. Je me retrouve nue, dévoilée, impuissante. Offensée dans la pudeur de mes plus profonds sentiments.
L’écho de la propagande artérielle résonne à travers tout mon antre : « Ecoute-le ! » « Ecoute-le te dis-je ! » Ma chair est endoctrinée par les dictats de mon cœur. Je suis donc destinée à ne faire qu’un avec ses décisions. De toute façon, lui seul semble connaitre le chemin.
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Naïs

Là, dans cette boite en métal, à l’abri de tous les regards, elle renonça à toute forme de résistance et s’abandonna à sa chaleur rassurante. Ses gestes étaient imprégnés d’une fougue irrésistible qui la bouleversait. C’ était magnétique. Ses lèvres appelaient les siennes comme un assoiffé implore la pluie. Et soudain, tout ce qui l’avait effrayé jusque là devint velours. Elle était sans crainte. Comme si, l’espace d’un instant, il l’avait délivrée d’elle même, de ce coeur devenu douleur, amputé de son élu.
Son élu. Quand elle le rencontra, elle sut que c’était lui depuis toujours. Celui qu’elle attendait. Celui a qui elle s’était réservée sans le savoir. Elle voyait son avenir dans ses yeux. Le regard noir de son élu engloutissait toutes ses craintes. Elle l’avait toujours cherché en vain. Alors, avec le temps, elle avait fini par se barricader, et apprivoiser sa solitude. L’amour l’effrayait mais la fascinait. C’était une terre inconnue, où elle ne pourrait rien maitriser ou prévoir, elle le savait. Pour cela, elle s’y était toujours refusée. Mais quand elle avait croisé son regard, elle avait compris qu’elle était confrontée à cette tempête intense avec laquelle personne ne peut avoir le dernier mot.
Elle avait toujours redouté l’inconnu et la spontanéité de la vie. Et l’Amour incarnait sa peur. La peur de se dévoiler. Dévoiler son âme. Dévoiler son corps. Elle s’y était toujours refusée farouchement. L’aspect charnel de l’amour la terrifiait particulièrement. Ce qui paraissait si naturel et instinctif au reste du monde lui paraissait pourtant être une montagne qu’elle ne pourrait jamais gravir. Un périple. Elle n’avait jamais éprouvé de désirs. Et personne n’avait réussi à faire taire ses appréhensions. Elle s’était toujours sentie comme un animal sauvage qui attendait d’être apprivoisée. Mais jamais personne n’avait su s’y prendre. Pourtant elle s’était convaincue que l’Amour engloutirait tous ses doutes.
Avec l’élu, ce jour était arrivé. Il avait su l’apprivoiser sans blesser la pudeur de son âme. Ses doutes avaient tous été engloutis. Il s’apprêtait à la déshabiller de son nom pour la vêtir du sien. Pas à pas, elle se dirigeait vers son élu, le destin que Dieu lui avait choisi. La sérénité l’envahissait. Son coeur, son corps et sa raison étaient en accord. Ils désiraient l’élu.
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La fièvre s’est réveillée du plus profond de mon âme lorsque j’ai entendu son nom. Je pensais que ces maux étaient morts avec l’espoir d’être réunis, mais non. L’espoir n’est plus là, mais le reste me parcourt le long du corps. Dès que j’entends son nom, un volcan en sommeil rejaillit violemment en moi. Une voix surgit du fin fond de mes entrailles et hurle son nom jusqu’à épuisement. Elle raisonne dans tout mon antre et me pousse à la déraison. La fébrilité de ma respiration présage son retour dans mes pensées. La vivacité de ces sentiments me brusque. Les souvenirs me dévorent. Je me perds dans les couloirs du passé. Je m’égare dans le souvenir de son regard. Cette fièvre effrénée engloutit ma raison pour laisser place à des mouvements de l’âme déraisonnés et impétueux. Il obsède tous mes sens. C’est comme si son nom s’imprimait dans ma chair d'une encre indélébile. Je ne saurais situer la source de ce volcan de sensations. J’ai l’unique perception de sa lave qui coule sensuellement à travers mes organes et me brûle de désir. Ce séisme sensoriel blesse la pudeur de mon âme, tout entière soumise à l’attraction inébranlable qui m’attire vers ce qu’il est, comme l’aimant attire le fer. Je me sens comme enchainée à lui par un sortilège mystique. A cet instant, son être devient l’autocrate de mon esprit. Puis… le volcan en éruption s’apaise… pour finalement trouver le sommeil jusqu’au prochain réveil provoquant cette fièvre intense et douce à la fois, qui m’est si délicieusement familière…
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Naïs

Ses cheveux étaient flamboyants. Chaque mèche était une tentacule qui oscillait à la cadence des caresses du vent. Les rayons du soleil ravivaient la couleur de sa crinière crantée de boucles brunes. Elle déployait sa longue traine chevelue ruisselante aux yeux de tous, tel un paon faisant la roue. Sa chevelure chatoyante les envoûtait tel un charmeur de serpent. Ses mèches ondulées s'entrelaçaient sensuellement au rythme de sa démarche indolente, s'égarant parfois sur l'épaule, la nuque, ou le coeur d'un inconnu, comme l'araignée tisse sa toile autour de sa proie.
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Naïs

Ce soir-là je m’étais couché plus tôt que d’habitude. Après un tête-à-tête soporifique avec mon assiette de soupe au potiron, je décidai finalement de brosser mes dents pour filer me glisser sous mes couvertures. Cela afin de tuer le temps et m’arracher de cette journée pluvieuse interminable que j’avais passé à trier des dossiers plus ennuyeux les uns que les autres. Embrassant Morphée à pleine bouche, mes paupières s’effondrèrent.
Mais sans les réouvrir, je me retrouvai au volant d’une Aston Martin flambant neuve, poursuivie par un énorme hippopotame en robe de mariée dentelée, à qui je semblais avoir causé du tort. Je précise tout de même que je suis expert-comptable dans une petite entreprise, et que je n’ai pas le permis de conduire. Maîtrisant tant bien que mal ce véhicule beaucoup trop puissant pour moi, je constatai dans le rétroviseur que l’énorme animal qui me poursuivait était beaucoup trop loin pour me rattraper. Soulagé, je commençai à ralentir.
Mais c’était compter sans mon vieux chat Edgar, qui, couché sur la banquette arrière sans que je ne m’en aperçoive se mit à esclaffer : « Ah ah ! Tu l’as bien eu l’gros ! J’devrais v’nir plus souvent dans tes rêves ! Et maintenant on fait quoi ? ». Je le regardai à travers le rétroviseur complètement ébahi. Donc mon chat savait parler. Très bien. Il est vrai que je me trouvais dans un rêve. Rien ne pouvait paraître bien étonnant. Rien n’avait de sens. Tout était possible. Mais j’avoue que voir mon animal de compagnie ouvrir la gueule pour parler, ça je ne m’y attendais pas.
Agacé par mon silence il réitéra la question : « oooh oh on fait quoi alors ????? Tu vas rester à m’regarder comme ça jusqu’à ton réveil ??? Pourquoi on va pas chez la p’tite Violette, depuis l’temps qu’tu veux la mettre dans ton lit ? Tu attends quoi ? ». Je me décidai finalement à lui répondre : « Que…quoi ? Pourquoi tu me parles de Violette ? Comment connais-tu Juliette ? On ne va pas chez Violette. Lui bredouillai-je.

- Et pourquoi ? Si tu n’as pas l’courage d’aller lui avouer tes sentiments dans la réalité, fais-le ici ! Au moins ça t’mettrait d’bonne humeur demain matin…

- On ne va pas chez Violette. Fin de la discussion.

- T’es vraiment un trouillard ! De toute façon depuis l’temps que j’te connais t’as toujours été un trouillard. T’es bon qu’à faire tes p’tits calculs sur ta p’tite machine du matin au soir pour finalement rentrer, m’donner ma pâté, qui soit dit en passant a un goût parfois très douteux, et aller t’coucher jusqu’au lendemain. C’est donc ça ta vie ? J’avais pas signé pour ça moi. Y’a des maîtres beaucoup plus fun sur cette planète, et il a fallu que j’tombe sur toi… Même le chat d’Susan Boyle doit avoir une vie plus amusante que la mienne… C’est à ça qu’j’en suis réduit ? Moi, un félin aussi racé, avec un poil aussi doux qu’le cachemire, des griffes aussi aiguisées qu’un couteau à pointe et un ronronnement comparable à celui d’une Ferrari Monza SP2. J’ai toujours aimé les belles voitures, mais là n’est pas l’sujet… ».
Et il continua son monologue durant une bonne vingtaine de minutes. Mon chat était si présomptueux et égocentrique. On dit souvent que les rêves sont des messages. En l’occurrence si je devais déduire un message de ce que j’avais entendu, ce serait « va faire immédiatement piquer cette sale bête ». Mais heureusement pour lui je ne suis pas superstitieux. Et puis, il n’avait peut-être pas tout à fait tort. Si je pouvais toucher ses lèvres ne serait-ce qu’une fois, même en rêve…
Violette… Je l’ai rencontré il y a quatre ans. Lorsqu’elle a aménagé la porte à côté de chez moi. Je rentrais lorsqu’elle fit tomber ce carton plus gros qu’elle à mes pieds. A ce moment là j’étais déjà vaincue. Ses yeux brillants débordaient de candeur. Elle me présenta ses excuses, m’expliquant qu’elle emménageait et qu’elle était débordée. Mais elle avait arraché mon cœur, c’était bien plus grave que la chute de ce fichu carton, qui se trouvait d’ailleurs rempli de tutus et jupons de danse en tout genre. Elle m’expliqua sans que je ne lui demande et avec plein d’enthousiasme qu’elle aspirait à devenir danseuse et qu’elle était venue à Paris pour tenter sa chance. Elle est… Aucun mot n’est assez noble pour la décrire. Violette est tout ce que je ne suis pas. Je l’aime. Mais ma lâcheté garde cet amour secret. La croiser dans le hall d’entrée me met le cœur en bandoulière.
A travers le mur ténu qui sépare nos deux appartements, je l’entends souvent chanter, souvent faux et trop fort, mais je ne m’en lasse jamais. Parfois, je la vois en rêve. Mais même mes songes finissent par s’imprégner un peu trop de ma réalité. Je la vois danser au loin, sans ne jamais pouvoir l’approcher. Elle m’est donc inaccessible, en rêve comme en réalité. Mais pas cette nuit. Cette nuit tout serait possible. Cette fleur délicate, qui parfumait mon coeur flétri depuis tant d’années m’aimerait enfin.
Ma décision prise, j’arrêtai la voiture. Il était hors de question que je perde encore ne serait-ce qu’une minute de mon rêve. Mon freinage inopiné réveilla Edgar qui avait certainement dû s’épuiser à déblatérer à mon sujet. Il me questionna en baillant :


- « Où on va ? Passe le permis bon Dieu ! Les balades en voiture c’est l’pied pour faire des siestes.

- Je vais retrouver Juliette.


- Aaaah tu t’es enfin décidé ??? Là c’est cool ! Là tu deviens intéressant ! Et où tu veux la retrouver ?

Sans même y avoir réfléchi, je levai la tête. Et c’est ici, tout près du claire de lune ensommeillé, que je la vis sur ce nuage de sucre bleu. Elle dansait sur un air de Debussy. Je ne m’étais jamais intéressé à la danse classique avant Violette. Avant Violette mon monde était en noir et blanc. Lorsque je l’ai rencontrée, quelque chose avait changé. En apparence pas grand chose me direz-vous, puisque je n’avais jamais osé lui avouer ce qu’elle me faisait ressentir. Mais en moi, tout était différent. Comme si mon âme livide s’était faite arc-en-ciel. Je ne saurais vous en expliquer davantage avec des mots.
Je la voyais se mouvoir sur ce nuage, dans ses chaussons de pointe et sa robe à volants immaculée, comme elle le faisait sur la chair de mon cœur depuis tant d’années. Envoûté par la grâce, je décidai de la rejoindre. Je sortis de ma petite mallette de comptable un tapis aux couleurs un peu ternies, mais parfaitement enroulé. Je l’étalai sur le sol avant de m’y accroupir pour me cramponner. Le tapis se mit à s’élever et me fit flotter dans les airs jusqu’à elle. Je sais ce que vous vous dites. J’aurais pu tout simplement voler. Mais j’ai toujours été fasciné par les histoires des Mille et une nuits. Et puis je n’ai jamais aimé la simplicité. Et puis après tout c’est mon rêve, donc je fais ce que je veux. Sans trop de scrupules, j’abandonnai ainsi Edgar sur la banquette arrière où il s’était d’ailleurs rendormi sans même attendre ma réponse.
Lorsqu’elle m’aperçut, Violette cessa de danser et me sourit. J’avais en tête de l’enlever de son nuage en la déposant délicatement jusqu’au tapis. Mais en y réfléchissant, elle n’était pas le genre de fille à se laisser porter.
Non Violette était cette fleur indomptable pleine d’audace. Elle avait toujours préféré le risque au regret. Une vraie passionnée qui se laissait toujours dicter par son cœur et ses instincts. Mais parfois cela lui jouait des tours. Comme avec Billy, cet anglo-saxon pompeux venu passer quelques mois en France pour un stage de cuisine. Elle y croyait dur comme fer. Tous les soirs elle passait des heures au téléphone à en parler à son amie Olga. Je l’entendais s’imaginer dans ses bras, devenir son épouse, acheter une petite maison à New Castle, la ville natale de ce petit esprit, et élever ses enfants Betty et Dawson. Ses longs discours à la louange de ce salopard étaient un vrai supplice. Je savais qu’il lui briserait le cœur et je ne pourrais même pas le réparer. Les sentiments que je lui portais n’auraient de toute façon jamais pu me permettre une once d’objectivité à propos de ses rencontres amoureuses. Mais encore une fois je ne m’étais pas trompée. Après l’avoir leurrée durant des mois, il disparut sans un mot. Elle resta prostrée chez elle durant des jours. Ses larmes avaient creusé un vide immense dans son appartement d’ordinaire rempli de joie. Une rivière de chagrin s’y était nichée, où je m’y noyais avec elle sans qu’elle ne le sache…
Mais revenons à mon songe…
En réalité, lorsque le tapis approcha du nuage, Violette prit de l’élan et bondit sur le tapis. Elle atterrit dans mes bras. « Mon Aimé… » glissa t-elle au creux de mon oreille. C’étaient les seuls mots qui sortirent de sa bouche. Mais c’était les seuls que j’attendais. Tous les autres auraient été superflus. Le tapis, flottant délicatement dans les airs, s’était stabilisé. Nous nous allongeâmes sur le tapis pour observer le spectacle interstellaire que nous offrait la voie lactée. Nos corps étaient figés.
Seuls nos regards se mélangeaient et exploraient l’âme de l’autre. Lorsque le désir commença à exhaler au travers de nos peaux, une étreinte passionnée nous réunit, comme si le corps voulait sceller la promesse de l’âme. Nos cœurs faisaient corps, comme pour ne faire qu’un. Un concert de battements se jouait dans nos poitrines au rythme de nos hanches, avec pour seul chef d’orchestre, l’Amour. Explorer ce corps que j’avais dessiné des centaines de fois dans mon esprit était un véritable voyage des sens. La pulpe de ses lèvres avait un goût de groseille gorgée de sucre faisant frémir mes papilles gourmandes. Les mèches de sa chevelure ébène qui s’entrelaçaient autour de mes doigts n’étaient autres que fils de soie. Dans le souffle chaud de ses soupirs se narrait la fusion intense de nos deux corps. Sa peau était un labyrinthe de velours où mon désir s’égarait avec ferveur. Des effluves de fleur de violette s’y répandaient. Leur sillage m’indiquait le chemin à emprunter.
Quant elle atteignit son paroxysme, mon exploration du paradis pris sa fin dans l’explosion d’un feu d’artifice aux mille couleurs, dont l’étoffe étoilé se pâmait de volupté avant de retomber au néant.
Après l’apothéose, lorsque nos chairs eurent fini d’exulter, je m’assoupis sous les douces caresses de ma bien aimée, enivré de l’odeur suave de sa peau encore imprégnée de la chaleur de nos ébats…
Ce cher Edgar et sa grande délicatesse réapparurent soudain à travers un miaulement strident qui assaillit mes oreilles. Je percevais toujours ce ton réprobateur dans sa voix comme quand il me parlait. Il semblait continuer ses doléances, mais dans un autre langage.
Et avant même de réaliser que j’avais perdu le contrôle de mon rêve, avant même d’avoir pu dire au revoir à Violette, mes yeux encore à moitié clos furent brutalement aveuglés par la lumière du jour. Le bruit de mon réveil avait certainement été étouffé par les crépitements du feu d’artifice… Mon chat, hâté par la faim, s’était donc relayé pour me ramener à ma triste réalité. Mon tapis n’était plus qu’une couche désanimée sur laquelle Edgar avait remplacé Violette à mes côtés. Il attendait comme tous les matins que je m’arrache de ce lit froid pour lui donner sa ration de croquettes journalière, avant d’aller enfiler mon costume de comptable et jouer le figurant de ma propre vie. Ce que je fis tel un automate, comme si rien n’avait changé. Comme si rien ne s’était passé cette nuit-là.
Je restais ainsi orphelin de ce doux rêves conscient. Abandonné à la laideur du normal. Sans Violette. Sans couleur. Mais mon songe m’avait paré d’un habit de lumière qui me protégeait encore quelques précieux instants de la grisaille de mon quotidien. Mon esprit demeurait ainsi barricadé dans le souvenir de cette douce nuit, loin du reste du monde. Mon corps montait dans ce bus, validait son ticket et allait prendre sa place habituelle. Mais il n’entendait pas les palabres des passagers autour de moi. Le paysage à travers la vitre était flou. Mes sens se refusaient à cette réalité dépourvue de saveur. Ils s’étaient fait prisonniers de Violette et sa peau de velours… Comment pourrai-je me résoudre à retourner aussi loin d’elle après cette nuit, où je fus son plus proche bien Aimé…
« Terminus ! » s’écria le chauffeur de sa voix lasse et enrouée. Je me retrouvai seul dans le bus et j’avais raté l’arrêt de ma descente habituelle. En face de la gare s’érigeait un panneau publicitaire sur lequel s’affichait une jeune femme blonde fardée d’un sourire charmeur à la dentition outrageusement éclatante. Et je restais là, fixé devant le slogan de cette publicité pour dentifrice : « FAIS DE TES REVES UNE REALITE ».
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Naïs

Les murs de mon esprit sont tapissés de noir. J'ai beau ouvrir les fenêtres pour faire de la clarté, changer le mobilier, faire danser les flammes de la cheminée, mon coeur reste sombre et froid. La mort est passée par là et il n'en reste que le doux parfum d'Ida. Le parfum rassurant de mon enfance, ces étreintes chaleureuses, et les histoires qui calmaient mes angoisses du soir. Tu me manques Ida. Ton absence laisse un antre qu'à jamais personne ne comblera. Mais au fond de mon coeur, je sais que tu n'es pas si loin. Ta maison est désormais cette voûte céleste où tu trônes parmi les étoiles. Avec un peu d'espoir, si je regarde bien, je sais que je pourrais t'apercevoir...
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Naïs

Il me plait. Comme quelques-uns avant lui. Et comme eux il va disparaitre dans les méandres de la désillusion. Comme un rêve intense il imprégnera ma mémoire de ses jolies couleurs. Puis elles s’estomperont avec le temps. La réalité, comme le noir, finit souvent par étouffer les reflets chatoyants de mes doux rêves lorsqu’elle s’y mélange. Et ma raison m’attend toujours au bout du chemin, sans un mot. Comme à chaque fois. Parce que, comme à chaque fois, je ne l’aurais pas écoutée. Parce que comme à chaque fois, j’aurais espéré. Dans mon esprit, tout préparé. Tout planifié. Parfois avant même de lui avoir parlé, ou rencontré. Un simple regard et mon cœur devient wedding-planner, ou plutôt réalisateur. J’invente et imagine le scénario de notre histoire à la barbe du réel. Alors évidement lui et moi sommes les personnages principaux. Puis je caste quelques seconds rôles et figurants, histoire de nourrir mon intrigue. Dans tous mes films il est éperdument amoureux de moi. Les péripéties découlent donc toujours vers un dénouement heureux. C’est ainsi que dans mon imagination se déroule le tournage de mon court (ou long) -métrage, de jour comme de nuit selon les scènes. Le metteur en scène est exigeant. Nous recommençons certaines scènes des centaines de fois afin de capturer la juste intensité de nos jeux d’acteurs. Puis mes scénarios s’essoufflent avec le temps. Les jours passent et l’aridité du monde réel assoiffe doucement mon cœur de son inspiration. Le réalisateur raccroche les crampons. Douce désillusion…
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J’envoie ce message. L’air de rien, je guette l’écran de mon téléphone.
Une heure passe et il ne s’est pas allumé.
Il doit être occupé. Il n’a pas dû voir mon message...
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Je suis seule aux commandes de mon bateau et j’ai peur...
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Je me trouve dans un café, il y a une musique qui m’inspire et je ressens soudain le besoin d’écrire. Je pense à toi. Et je te déteste pour ça. Je m’en veux. C’est tellement cliché, la fille aime bien un gars, le gars joue avec elle, il l’aime bien, puis il ne l’aime plus. Puis, il la re-aime bien. Ça n’en finit pas et la fille ne parvient pas à s’en défaire. C’est tellement cliché…Je m’en veux d’être ce genre de fille à cet instant. Je t’ai demandé d’arrêter de jouer avec moi, je t’ai dit que j’avais compris que tu ne m’appréciais pas vraiment. Pourtant, une partie de moi s’impatiente que tu me renvoies un message…et craint que tu ne le fasses finalement plus jamais. Alors que je sais pertinemment que cela ne mènera à rien. Mais cette partie de moi persiste, sans doute conditionnée à être attirée par ce genre de type, derrière qui je devrais courir pour avoir ce que je mérite. Alors quoi, je devrais faire des concessions, accepter que tu me négliges, que tu ne me traites pas à ma juste valeur pour t’avoir dans ma vie ? En attendant…en attendant quoi ? Que tu prennes conscience de ma valeur ? De ce que je pourrais t’apporter ? Non. Tant pis. Je mérite toutes ces choses que tu ne da
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On m’avait parlé de cette tour panoramique qui abritaient les plus grandes entreprises de la ville. Mais c’était encore plus impressionnant en vrai. Le sommet était caché par le brouillard qui couvrait le ciel aujourd’hui. Cette ville ne ressemblait en rien à ma ville natale. Elle était froide et grise. Dans un soupir, je me remémore quelques souvenirs en regardant la jungle de la ville donner son spectacle en attendant qu’un taxi passe. Je ne pouvais pas rester, j’ai fait ce que j’avais à faire. Mais je ne pouvais pas rester. Tout me rappeler Lia, ma grande sœur. Après avoir pris une grande respiration pour balayer les regrets, je secoue la main timidement pour appeler ce taxi. « L’Université de Droit s’il-vous-plait. » La chaleur de la voiture est enveloppante. A travers la vitre, je découvre peu à peu la ville qui allait devenir mienne. Le noir et le blanc qui tapissent le paysage des rues jusqu’au ciel, les voitures qui grouillent dans tous les sens, les bavardages de la ville à toute heure, j’allais devoir m’y habituer. - « Vous venez visiter la ville ? Marmonna le taxi de sa voix rauque étouffée. - Je m’installe. Il acquiesça. « Le parc des trois anges », lança-t-il du bout d
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