Atef
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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus
Œuvres
Défi
La gomme s’acharna une dernière fois, mais au lieu du gris de l’oubli, une strie écarlate déchira la page. Ce n’était pas de l’encre. C’était une cicatrice enfouie si profondément que même le néant n’avait pu la lisser : ce quai, cette balafre de béton sous une pluie de cendre. Je revoyais ce départ, cette amputation nécessaire. Je l'avais abandonnée là, debout dans le sifflement des freins, laissant le froid dévorer son regard tandis que je m'engouffrais dans l'ombre du wagon. Le monde y avait vu une fuite, ma propre conscience y avait lu de la lâcheté, mais sous la gomme du double, la vérité hurlait enfin. Je m'étais arraché à elle dans un silence de mort, préférant devenir son plus beau regret plutôt que d'être le témoin quotidien de son extinction à mes côtés. J’avais accepté le mépris pour qu'elle puisse rester intacte. C'était un sacrifice sans témoin, mon seul acte de pureté, un acte si terrible qu'il posait l'ultime question : Est-ce un crime ? Plus le double grattait, plus la plaie s’ouvrait, libérant un flot de rouge chaud et pulsant. Ce sang commençait à s’infiltrer dans les doigts de marbre du double, traçant un réseau de veines là où il n'y avait que du vide. À mesure
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Défi
Le silence n'est pas un vide. Il est une plénitude, un état de grâce où tout est encore possible, où aucune erreur n'a été commise, où aucune blessure n'a été ouverte. Le silence est le canevas blanc sur lequel la parole vient, trop souvent, poser des taches indélébiles. Nous vivons l’ère du remplissage. Nous parlons pour meubler l'absence, pour éviter le face-à-face avec nos propres peurs. C’est la « parole pour ne rien dire » : ce flux incessant de banalités qui ne sont que du bruit ajouté au monde. Ces mots-matière, sans âme ni but, sont des offenses à la profondeur du silence. Ils n’éclairent rien, ils ne bâtissent rien ; ils se contentent d'occuper l'espace, comme un brouillard sonore qui finit par nous empêcher de nous entendre nous-mêmes. Plus grave encore que l’inutilité est la blessure. Combien de phrases sont jetées comme des pierres, par simple inadvertance ou par cruauté gratuite ? Le mot qui blesse est une dégradation du monde. Là où le silence offrait une possibilité de paix, la parole malveillante impose une trace indélébile. Le silence, dans sa neutralité ne trahit jamais. La parole, elle, peut devenir une arme. Choisir de se taire plutôt que de blesser, c'est recon
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Défi
Dans l’étroit périmètre de la chambre, l’air s'est retiré. Il ne disait pas qu’il voulait partir, il disait simplement qu’il ne pouvait plus rester. Entre eux, le silence a pris forme. Un silence lourd comme une pierre tombale, où les mots s'écrasent avant même d'éclore. Elle le regarde, le corps pétrifié par l'imminence du vide. À l'intérieur d'elle, c'est le chaos. Une multitude de phrases se bousculent, se tordent, cherchent une issue ; mais sa gorge s'est nouée comme un poing fermé pour empêcher le désespoir de trahir sa chute. C’est la loi cruelle de l’indicible : « lorsque les mots ne franchissent pas les lèvres, ils s’en vont hurler au fond de l’âme *». Ce hurlement est si dense qu’il n'est plus un son, Il devient un poids. Il descend vers la poitrine, creuse la respiration, fait trembler la chair comme une terre promise au séisme. Faute de paroles, c'est son souffle qui devient le dernier langage. Il est saccadé. Irrégulier. Une plainte hachée que le silence n'arrive plus à contenir. Tout s'accumule alors comme un ciel d'encre avant l'orage, un nuage sombre et saturé qui pèse sur leurs épaules. Puis, la tension devient insoutenable. Tout cède. Les larmes ne coulent pas, ell
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