chapitre second

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-"Espèce d'enfoiré de fils de sac à merde bleu metalisé!"
Son épée se planta dans le rebord du bateau. Galart n'eut même pas besoin d'esquiver. Et en voyant le regard fou et la bouche crispée de l'homme, il n'eut aucun mal à comprendre que cet individu était complètement fou.
Il sortit son épée du bois et son visage se figea dans une expression de rage indicible. Il avait été trop lent. Galart venait de lui passer une lame en travers de la gorge. Le sang jaillit à petite giclées, Galart passa à l'ennemi suivant. Le seigneur Tancred et ses troupes avaient beau fondre sur leurs arrières, les défenseurs n'en démordaient pas, et c'était sur eux, les mercenaires, que les soldats se jetaient. S'imaginant peut être que les navires leur offriraient une échappatoire. Ils commettaient là une grossière erreur. Les mercenaires étaient d'impitoyables machines à tuer. Pas un défenseur n'en sortirait vivant. Pas un ne sauverait sa vie. Galart en avait cure, les états d'âmes ne voilaient pas sa vision, encore moins lors d'une bataille.
Un homme préféra se jeter à l'eau plutôt que l'affronter. Un autre tenta un coup de taille, mais Galart se baissa sous le glaive et lui transperça le poumon droit avec sa dague. Le soldat lâcha son épée et porta sa main à la blessure avec un inhalement rauque. Cela offrit à Galart l'occasion de lui trancher la gorge. Il lui ouvrit la gorge d'une oreille à l'autre et contempla un instant avec une sorte d'admiration le flot de sang qui coulait goulûment le long du cou de sa victime.
Galart sut qu'un homme l'attaquait dans le dos car l'intéressé avait eut la bonne idée de crier et courait sur le pont du bateau avec des pas terriblement bruyant pour quelqu'un comme lui. Galart ressentait chaque pulsation du navire. Le moindre crissement du bois lui était familier. Et à la façon dont résonnaient les pas de l'assaillant, il devina la façon exacte dont il marchait et en déduisit que celui là attaquait avec une lance.
Galart se retourna juste au bon moment. De sa main gauche, il effleura la hampe près du fer et poussa la lance vers la gauche. Le lancier n'était pas assez vigoureux pour résister, d'autant qu'il fut pris par surprise. Son coup de lance passa à côté et il faillit lui même ne pas s'arrêter, poussé par son élan, mais il freina juste à temps pour recevoir la dague de Galart dans la gorge qui traversa la chair et se planta profondément dans le bas de la tête. L'homme voulut crier de douleur, mais le son qu'il émit ressemblait à un raclement de gorge. Galart retira sa dague d'un coup sec, son geste laissant un sillage de sang derrière la lame. Le soldat s'effondra sans un cri.
Un autre déjà se ruait sur lui, barbe filasse, corps en sueur, glaive rougeoyant. Galart comprit en une fraction de seconde que ce serait un tout petit peu plus difficile. Il dégaina sa deuxième dague de sa main gauche et para le coup d'épée dans le même mouvement. En même temps, il vit que le soldat s'apprêtait à le saisir avec sa main gauche. Il para aussi, en lui plantant une dague en travers de la paume.
L'homme ne cria pas, il grogna.
Faisant pression de toute sa masse musculaire impressionnante, le soldat parvint à se dégager et à repousser Galart, puis il rugit en donnant un large coup de glaive. Cet homme était manifestement fatigué et épuisé après cette longue bataille, et il commit une erreur. En frappant de bas en haut, son épée heurta le plancher du bateau. L'homme en fut déséquilibré. Il ne reprit pas sa garde, et Galart, toujours vif comme l'éclair, empoigna sa barbe pour le tirer vers lui et lui ouvrit la gorge comme un goret. L'homme poussa un râle avant de s'écraser sur le pont avec un bruit sec. Galart prit la peine de tâter le corps du pied pour s'assurer qu'il était bien mort.
Cinq autres hommes montèrent sur le bateau, trois lanciers avançant côte à côte, lance en avant, chargeant sur le pont. Un officier au casque orné de plumes, encore l'épée au fourreau, suivi d'un soldat présentant épée et bouclier. Galart enregistra bien chaque détail. Cela lui procura un frisson d'excitation, et un sourire vint sur ses lèvres sans qu'il ne puisse le contrôler. Un lancier leva sa lance pour la lui planter dans le poitrail. Preste comme le vent, Galart passa sur la droite du soldat tout en lui tailladant le flanc, et il bondit sur le lancier d'à côté et lui planta son autre dague juste au dessous des côtes, en passant au travers les mailles, mais pas assez profondément pour blesser sérieusement. Lorsqu'il retira la dague, il se retourna, et frappant des deux cotés en même temps, il planta ses lames dans un point faible de l'armure: sous l'aisselle. Et il blessa ainsi grièvement les deux combattants. L'officier commençait à dégainer. Pas assez vite. Galart n'eut aucun mal à lui trancher le poignet avant qu'il n'ait sorti sa lame, et lui aurait également planté sa deuxième dague dans l'œil, n'eut été le soldat au bouclier, qui plaça son écu devant son supérieur pour le protéger. La dague fut paré. Alors le lancier restant qui n'avait pas été blessé réagit. Galart reçut un coup de lance dans le dos. Il s'en rendit compte, toutefois sa manœuvre d'esquive arrivait trop tard, et même s'il parvint à ne pas être embroché, la pointe lui érafla salement le dos. Ce n'était qu'une blessure superficielle, mais cette estafilade ferait malgré tout très mal pendant un certain temps.
Tout en esquivant, Galart se retourna et d'un coup de dague d'une violence inouï, il déchira la gorge du lancier, le décapitant presque. Puis il manœuvra pour s'éloigner un peu des deux ennemis qui restaient.
Galart avait fait une erreur de calcul. Il avait tout prévu, mais n'avait pas été assez rapide pour esquiver l'attaque du lancier à temps. Il jaugea une fois encore ses ennemis.
L'officier tenait son poignet en sang, crispé par la douleur. Il serait incapable de se battre proprement. L'autre en revanche s'était placé devant son supérieur. Le bouclier levé et l'épée prête. Il avait le regard dur d'un homme qui, par la nécessité de la guerre, s'était forgé un tempérament inflexible. Galart en voyait souvent de ce genre là. Cet homme serait prêt à mourir mille fois pour sa cause, mais si on lui demandait quelle était cette cause, il serait bien incapable de répondre. Il se sacrifierait si son commandant le lui ordonnait, mais s'il venait à réfléchir un peu il se rendrait vite compte qu'il n'avait aucune raison d'obéir à cet homme qui lui est étranger et n'est ni son dieu ni son roi. Mais il n'y réfléchirait pas. Il refuserait de réfléchir. C'était un type normal qui avait changé son esprit en acier pour tenir le coup dans une guerre pour laquelle il n'était pas prêt.
Au fond c'était un faible.
Galart sonda du regard les environs. Il n'y avait plus d'autres hommes sur le bateau.
Le soldat se rapprocha lentement, le bouclier à moitié relevé, prêt à parer tout type d'attaque.
Galart sentit à ses pas que l'homme se sentait lourd. Il n'était sans doute pas tout à fait habitué à son armure.
Le soldat finit par tenter une attaque, une feinte en fait, pour pousser Galart à attaquer. Galart toutefois fut trop rapide pour lui. Il attrapa le poignet protégé par des gants de maille, et tira son adversaire vers lui. Dans le même temps, juste comme le soldat, surpris, perdait l'équilibre, Galart passa derrière lui et le poussa avec vigueur en lui faisant un croche pied pour s'assurer qu'il tombe. Le soldat, pris par surprise, inexpérimenté, et alourdi par l'armure, chuta d'un bloc. Galart bondit sur lui, s'assit sur son dos et lui coinça la tête entre ses genoux. Là, Galart lui retira son casque et prit le temps de glisser sa dague sous la maille pour lui trancher la gorge. Puis, sans se presser, il se releva précautionneusement pour ne pas tâcher ses habits avec le sang qui ruisselait au travers les mailles. Quand il se retourna vers l'officier qui attendait son heure, celui ci courait désespérément sur le pont, poursuivi par des hommes de Tancred. On lui planta une lance dans le flanc et il tomba par terre, en sanglot, recouvert de son propre sang. Trois hommes de Tancred se précipitèrent sur lui en criant des insultes.
-"Enfoiré de mes deux! Crevez le!"
Les hommes de Tancred étaient éreintés par le siège. Quand les assiégés sont vaincu sans se rendre, les assaillants sont toujours impitoyables, et le plus souvent enragés.
Un soldat transperça l'épaule de l'officier avec sa lance et le plaqua ainsi au sol. Un autre sortit sa dague et commença à sauvagement lacérer le visage de l'homme à terre. Un autre lui ouvrit le ventre et sortit les tripes à grandes poignées pour les lui agiter sous le nez. Quand ils en eurent finit, l'officier était mort étouffé avec ses propres entrailles enfoncées dans la gorge. Les yeux encore pleins de larmes. Le visage défiguré.
Galart avait l'habitude. Mais il fut déçu de ne pas avoir pu tuer l'officier lui même. Celui ci faisait partie des cibles qu'il s'était assigné mentalement, et Galart était quelqu'un de maniaque, il supportait mal le fait que quelque chose ne se passe pas comme il se l'était imaginé, et son cœur était soulevé d'une sorte de rancœur qui le poussait à vouloir remettre les choses en ordre. Même si c'était impossible. En l'occurrence, il eut presque voulu tuer les trois soldats qui lui avaient volé sa proie.
Finalement le garçon se contenta de serrer les poings sur les manches de ses dagues, et il se calma.
Comme à son habitude, il pencha légèrement la tête de côté, laissant flotter ses cheveux blonds qui resplendissaient dans la lumière du soleil, tout en affichant un beau sourire éclatant qui charmait tout le monde. Et il gratifia les trois soldats de son sourire innocent.
Pour eux, Galart était un enfant, et ils avaient raison. Le jeune garçon avait à peine quinze ans.
Les trois hommes de Tancred ne firent pas très attention à lui. Ils préférèrent descendre rapidement du navire. Sans doute craignaient ils qu'un mercenaire ne les chasse brutalement, car quand ils descendirent, ils avaient l'air un brin anxieux.

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