Chapitre 9: Près de Brême
Plusieurs jours plus tard, le groupe cheminait à quelques lieues de Brême dans une symphonie de sabots et de ferraille. En tête, Jacques de Lalaing, le "Bon Chevalier", montait son pur-sang noir dont la robe luisante tranchait avec le gris puissant du destrier que montait le vieux mercenaire, qui fermait la marche. Entre eux, Isabel et Zora se partageaient toujours le robuste Franches-Montagnes, tandis que l'enfant suivait les femmes sur la jument blanche en menant les deux mules lourdement chargées.
Soudain, Lalaing tira sur les brides et fit volte-face.
— Nous devons bifurquer vers le château de Vörde, à Bremervörde, déclara-t-il d'un ton sans appel.
Zora fronça les sourcils, calculant déjà le temps perdu dans un tel crochet.
— Un détour ? Cela rallongera notre périple d'une journée entière, messire.
— Nécessité fait loi, répondit Jacques. Si nous voulons entrer aux enchères de Brême sans encombre, je dois obtenir des sauf-conduits du Prince-Évêque en personne.
— Pourquoi ne pas simplement les solliciter auprès du bourgmestre ? demanda Isabel d’une voix calme.
Zora laissa échapper un sourire en coin, devançant la réponse du chevalier :
— Parce que le bourgmestre est désigné par la bourgeoisie pour gérer la ville et que la bourgeoisie de Brême a des velléités d’autonomie. Ils jouent aux seigneurs et boudent la noblesse.
— Exactement, trancha de Lalaing. Ces chiens de marchands risqueraient de faire obstruction à un noble étranger. Mais s'ils voient une missive frappée du sceau de leur suzerain, ils s'inclineront.
Le mercenaire, calé dans sa selle de cuir usé, intervint :
— La route est sûre jusqu'aux portes de la ville. Nous n'avons plus rien à craindre des brigands ici. Jacques, allez voir votre évêque à Bremervörde. Nous, nous continuons vers Brême.
— Sage décision, appuya Zora en tendant une main ferme vers le chevalier. Donnez-moi l’argent.
Lalaing se figea. Son étalon, sentant la tension, s'agita nerveusement. Le visage du Bourguignon se décomposa sous l'effet de la surprise.
— C’est à moi que Fust a confié cette bourse !
— Et que ferons-nous à notre arrivée à Brême ? Rétorqua Zora. Vous voulez qu’on attache ces bêtes de prix aux anneaux des portes de la ville ? Nous les retrouverions dépouillées en moins d’une heure, disparues, revendues. Il faut payer une écurie, le foin, la paille, l’orge et surtout la sécurité pour nos montures.
Froissé, mais conscient de la logique implacable de la marchande, Jacques détacha la bourse de sa ceinture et la lui lança.
— Où nous rejoignons-nous ?
— À la guilde des marchands itinérants, répondit-elle. En tant que membre, j'y obtiendrai un tarif d'ami pour l’écurie et quelques secrets bien gardés. Présentez-vous là-bas, laissez votre monture, et l'on vous mènera à notre auberge. Est-ce clair ?
Le chevalier acquiesça d'un signe de tête sec et lança son pur-sang au trot, s'éloignant dans un nuage de poussière tandis que le reste du groupe reprenait la direction de Brême.

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