JAMAIS DEUX SANS…

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 Trois. Il reste trois secondes. Mes forces commencent à m’abandonner. Je sens de la fatigue. Le laser du scanner passe sur le front. Cette créature splendide a bougé non ? Par pitié, j’espère que le Duc avait tort. Ses paupières ont vacillé. J’en suis persuadé. Mes jambes ont du mal à me porter et je commence à m’agenouiller devant la déesse. Elle me domine par sa présence. La lumière commence à s’élever derrière cette majesté. Des volutes de gaz enfermé dans la roche dissipent la lumière. On dirait de la vapeur. Les gaz se dessinent autour d’elle comme les ailes d’un ange.

 Les étoiles que je vois derrière elle disparaissent. C’est une vision simple et unique. La plante se réveille. Les branches se détendent doucement. Je pense à ma femme, Viola. Elle est morte il y a longtemps, mais j’ai l’impression de salir sa mémoire à m’extasier devant cette femme. Elle est pâle comme la mort et ses branches profitent de la lumière pour s’étendre. Va t elle me prendre dans ses bras ?

 Qu’est ce qu’il y a de plus rassurant qu’un câlin ? Je ne peux juger personne qui demande ça avant son dernier souffle. J’aurais jamais cru avoir à le faire un jour et surtout pas dans un caisson de confinement :

  • Restez tranquille ! Bordel de merde, arrêtez de bouger.
  • Isabelle, il perd du sang putain.
  • Cooper ! Répondez merde ! On a un blessé

 Le Duc était au sol. Il l’avait dit. Il y avait cinquante pourcents de chance que le caisson d’isolement n’ait pas été utilisé par les occupants pour une raison. Et la raison, c’était un piège protégé pour un fusil à double canon. Je me souviens de la pub. Double canon, double bobo. Je confirme.

 C’était vicieux. Et sacrément désespéré. Mais je doute vraiment qu’ils aient fait ça pour se protéger des armoïdes. Et maintenant on avait un blessé grave, les tripes à l’air avec une combinaison éventrée.

  • Tu bailles aux cornailles ?!
  • Tu veux que je fasse quoi Isabelle ? Sa combi est foutue, on va pas le faire sortir, tu le sais, non ?

 Isabelle avait les mains en sang, j’en avais plein la combinaison aussi. J’ai fini par perdre patience, je l’ai attrapée au col :

  • Tu nous cache quoi encore ?!
  • Calmes toi !
  • Non ! Isabelle ! C’est pas un piège pour un armoïde ça. Il a pris le coup en plein torse.
  • Je t’ai dit ce que j’ai lu !

J’avais envie de la gifler, mais elle avait encore le sang de notre collaborateur sur elle :

  • Je suis un docker, mais je suis pas con !
  • Cooper ! Réponds bordel !

 C’était la pilote qui venait de la sauver, j’aurais tout fait pour qu’elle crache le morceau. J’en avais marre. C’était trop. Je ne suis pas comme elle, je ne suis pas habitué à perdre des hommes sur le terrain.

  • Ca va, j’ai entendu, vous avez besoin de medevac !
  • Tu foutais quoi Cooper ?!
  • T’as déjà vu une nautile géante dans l’espace ?
  • Les amibes sont revenues ?
  • Tu crois que je tire dans le vide depuis tout à l’heure, c’est la foire au monstre ici ! J’arrive, tenez bon ! Vous avez intérêt de vous grouiller à trouver le trésor !

Isabelle s’était tournée vers moi d’un air grave :

  • Aides moi à le mettre dans ma combi.
  • T’as une conscience maintenant ?
  • Oh, ta gueule hein. Tu le chopes avec ton mech, tu vas à la Z.E et tu l’embarque pendant que je cherche.
  • Avec quoi ? Comment ?

 Elle m’avait montré le pendentif. Le Duc… Est-ce qu’elle avait tenté de le sauver ou de lui subtiliser son pendentif ? Je n’en croyais pas mes yeux.. Evidemment qu’elle n’avait pas perdu le Nord. On parlait d’Isabelle là. C’était quoi ce laïus sur les truxicains ? A côté d’elle, je préférais de loin faire confiance à une truxicaine.

  • Cooper, la zone d’évacuation est à la zone de largage. Copy ?
  • Quoi ?
  • C’est .. militaire, ça veut dire …
  • Ah oui, copy. J’ai compris, Le truc c’est que j’ai…

 La com a été coupée. Au moins, on n'avait pas encore entendu de retour de la boîte noire. Elle devait en prendre plein la gueule avec les amibes. Si seulement j’avais compris ce qui les avait autant excités. J'avais encore le Duc dans les bras quand j’ai entendu son soupir. C’était le dernier. Peut-être qu’il essayait de dire quelque chose, mais on ne saura jamais quoi. On n'avait pas pu le faire rentrer dans la combi d’Isabelle. Cooper venait pour prendre un cadavre… Il était encore chaud… Comme Viola à l'hôpital…

 Isabelle m’a regardé quand j’ai arrêté de le porter. Elle avait compris, on avait rien besoin de se dire. Ca faisait une part de plus pour le gâteau. On était plus que trois.

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