8.Tant que tu respires

5 minutes de lecture

1/2 Ethan.



— Putain de merde ! À couvert !

Je crie de toutes mes forces.

Le tir claque si près que mes oreilles sifflent encore. Le mur à ma droite explose en poussière.

— À couvert !

Soren est déjà en mouvement. Je le couvre. On progresse d’un muret à l’autre. Ça mitraille de partout.

— Putain, fais gaffe !

Il pivote sans discuter. Deux tirs secs. Contrôlés. Je couvre pendant qu’il avance. Je le suis, juste derrière.

Un impact frappe le sol entre nous.

On plonge derrière la carcasse d’un véhicule renversé.

Je recharge sans quitter l’axe des yeux.

— T’as vu d’où ça part ?

— Toit, bâtiment gris !

Je relève l’angle aussitôt. Trop haut. Soleil dans les yeux. J’ajuste quand même. Une silhouette bouge derrière une rambarde éclatée.

Je tire.

Ça riposte immédiatement.

— Deux minimum !

Soren change de position sans attendre. Il contourne la carcasse par la droite pour ouvrir un autre angle. On fonctionne comme ça depuis des années. Pas besoin de se regarder pour savoir.

Une rafale nous oblige à replonger.

Le métal hurle au-dessus de nos têtes.

— Ils nous fixent !

— Je vois !

Mauvais point. Trop à découvert. Si on reste là, ils nous encerclent.

Je jette un œil à gauche. Un muret plus loin. Dix mètres. À découvert.

Je déteste ces dix mètres.

— On traverse au prochain tir de couverture.

Il acquiesce.

Nos gars à l’arrière comprennent. Une rafale lourde claque vers le toit. Les silhouettes se replient une seconde.

— Maintenant !

On part.

Je sens les impacts derrière moi. Trop proches.

On atteint le muret. Je glisse derrière, souffle court.

Soren arrive une demi-seconde après moi.

— Ça se resserre.

Je hoche la tête. La rue est un piège. Trop droite. Trop ouverte.

Un bruit différent claque.

Plus sec.

Plus isolé.

Pas une rafale.

Un tir posé.

Je relève la tête.

Erreur.

Un éclat de béton m’ouvre l’arcade. Je replonge en jurant.

— Tireur isolé !

— Où ?

Je scanne les hauteurs. Les fenêtres noires. Les angles morts.

Et je le vois.

Coin nord du toit. Presque invisible.

Je me redresse pour ajuster.

Soren aussi.

On tire presque en même temps.

La silhouette disparaît.

Silence d’une seconde.

Trop courte.

Un nouveau tir claque.

Je tourne la tête vers Soren.

Et je comprends que quelque chose ne va pas.

Il ne tombe pas.

Pas tout de suite.

Il reste debout.

Mais son corps s’est figé une fraction de seconde trop longtemps.

Je le connais.

Je vois quand quelque chose se dérègle.

— Ça va ?

— Ouais.

Trop court.

Une autre rafale nous replaque derrière le muret. La pierre éclate au-dessus de nous. La poussière me brûle la gorge.

Je recharge. Mes doigts glissent légèrement. Sueur. Adrénaline.

— Ils sont combien ?

— Au moins trois sur le toit. Peut-être plus en retrait.

Ça veut dire qu’on est observés.

Ça veut dire qu’ils attendent qu’on fasse une erreur.

Je jette un œil par-dessus le muret. Mauvaise idée. Une balle claque si près que l’air me gifle la joue.

Je redescends aussitôt.

— On est coincés.

Soren ne répond pas.

Je tourne la tête vers lui.

Il a le regard fixé droit devant. Concentré. Trop concentré.

— Soren.

— Je réfléchis.

Sa voix est normale. Presque calme.

Mais son épaule est légèrement plus basse que d’habitude. Son appui est moins stable.

Un détail.

Rien de visible pour quelqu’un d’autre.

Pour moi, si.

— On décroche par l’arrière ?

— Pas possible. Trop ouvert.

Un bruit de moteur au loin. Peut-être un renfort.

Je respire lentement.

Il faut bouger.

Rester ici, c’est mourir à petit feu.

— À trois, on traverse jusqu’au bâtiment en face.

— Ça fait vingt mètres.

— Je sais compter.

Un mince sourire passe sur son visage.

Même maintenant.

— Un.

Un tir.

— Deux.

Une rafale.

— Trois !

On part.

Le monde devient bruit. Impact. Pression.

Je cours en biais. Jamais droit. J’entends ses pas derrière moi.

Puis le rythme change.

Un décalage.

Je me retourne une fraction de seconde.

Il est toujours là.

Mais plus lent.

Le tir qui l’a touché vient de le rattraper.

Il tombe sur un genou au milieu de la rue et se rattrape d’une main.

Le temps se déforme.

Je ne réfléchis pas. Je fais demi-tour.

Les tirs reprennent aussitôt.

Je glisse jusqu’à lui.

— Bouge pas !

Il tente de se relever.

— Je suis là.

Je l’attrape sous le bras, le tire derrière une carcasse à moitié détruite. Une balle frappe le bitume à quelques centimètres de sa main.

On s’écrase à couvert.

Je cherche la blessure.

Il me repousse presque.

— Ça va.

Je baisse les yeux.

Le sang traverse déjà le tissu de son pantalon.

Pas superficiel.

Une vraie plaie.

Profonde.

— Putain…

Je comprime immédiatement.

Il inspire violemment entre ses dents.

— Regarde-moi.

Il le fait.

Son regard est clair.

Mais son souffle a changé.

Plus court. Plus irrégulier.

Je déchire le tissu là où la tache s'étend.

L’impact est net sur sa cuisse.

Je ne vois pas la sortie.

Mon estomac se serre.

— Merde.

Je sors le garrot.

Mes mains tremblent.

Je ne m’en rends compte que quand la sangle glisse une première fois.

Je serre.

Fort.

Il ferme les yeux une seconde.

Pas un cri.

— Ethan, me dit-il.

— Quoi ?

— Concentre-toi.

Je serre encore.

Le sang ralentit.

Pas assez.

Mais assez pour gagner du temps.

Autour de nous, ça tire toujours.

Et je comprends une chose très simple :

On est encore au milieu du piège.

Et cette fois, on ne peut plus courir pareil.

Les tirs se rapprochent.

Ils avancent.

Je le sais au son. Plus bas. Plus net.

— Ils descendent, je souffle.

Soren hoche à peine la tête. Il transpire.

Je vérifie le garrot. Ça tient, mais le sang continue de couler.

— On peut pas rester là.

— Je sais.

Il essaie de bouger la jambe. Mauvaise idée. Son souffle se brise.

— Stop.

Je jette un œil. Trois silhouettes sortent du bâtiment gris.

Trop proches.

— On rampe jusqu’au mur derrière. Dix mètres.

— J’peux.

Il ment encore.

Je me relève à moitié et je vide mon chargeur vers eux pour les freiner.

— Maintenant !

Je le tire par le gilet. Il serre les dents mais il suit. On rampe plus qu’on avance. Chaque centimètre arrache un peu plus de souffle.

Une balle frappe le sol si près que les graviers me fouettent le visage.

On atteint le mur.

Je le plaque contre la pierre.

— Reste avec moi.

Il me fixe.

Son regard est toujours là.

Mais plus fragile. La douleur le fait vaciller.

Un bruit lourd résonne au loin.

Plus grave qu'un tir.

Je relève la tête.

Nos renforts.

Ou les leurs.

Je ne sais pas encore.

Je recharge.

Je me replace devant lui.

Et pour la première fois depuis le début, je comprends une chose :

Si on sort de là, on ne sera plus les mêmes.

Et cette fois, je ne suis plus sûr de pouvoir le protéger.

Je me redresse juste assez pour voir.

Trois ombres.

Huit mètres.

Je change d’angle.

Un tir.

Un corps tombe.

Les deux autres se replient aussitôt.

Un moteur que je reconnais cette fois, hurle au bout de la rue.

Ce sont les nôtres.

Je me replace devant Soren.

— Ça bouge.

Les tirs changent de direction.

La pression retombe d’un cran.

Pas finie.

Juste déplacée.

Je jette un regard à sa jambe.

Le sang coule toujours.

On n’est pas sortis.

On vient juste d’acheter du temps.

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