CHAPITRE 4

19 minutes de lecture

AÏSSATOU DIOP.

Le dîner est à présent terminé !

Babacar a quitté la table en plein milieu pour une urgence ! J'espère que ce n'était rien de grave, il n'avait pas l'air bien en partant.

Bref !

Je m'en vais accompagner Ibrahim jusqu'à sa voiture...

_Ibrahim: J'ai passé une délicieuse soirée ma douce, merci beaucoup pour l'invitation ça m'a fait plaisir de te voir.

_Moi: Moi aussi c'était un excellent moment, je suis contente de savoir que ça t'a plu.

_Ibrahim: Je ne pouvais guère partir sans te voir, tu m'as beaucoup manqué et tu me manques encore beaucoup. Dit-il en me prenant par la main.

Oh non !

Je le voyais tellement venir ça...

_Ibrahim: J'étais très sérieux au dîner tout à l'heure, Aïssatou je veux te récupérer, je... Je veux retrouver ce que nous avions !

_Moi: Ibrahim tu ne peux pas me demander ça après ce qui s'est passé. Écoute ! Bien vrai que notre relation était basée sur les affaires de nos familles et non sur l'amour mais je ne méritais pas que tu me traites avec tant d'irrespect.

Nos fiançailles étaient connus de tout le continent même si on avait décidés de vivre notre vie chacun de notre côté comme on le souhaitais, on s'était promis de le faire dans l'ombre. Tu t'es exhibé avec ta pute dans un lieu public, pour moi c'était une humiliation.

Je marque une pause avant de continuer !

_Moi: Tu ne me devais rien et je ne te devais rien non plus mais tout le monde a cru que tu m'avais fait cocue, et je n'aime pas passer pour une idiote.

_Ibrahim: Ouais j'ai vraiment merdé, mais je ne suis plus cet adolescent inconscient, insouciant, irréfléchi et irresponsable. Je suis un homme maintenant Aïssatou, je travaille dans ma propre entreprise, j'ai bâti un royaume et je veux que tu sois ma reine. Il ne s'agit plus d'une simple relation de figuration pour les affaires de nos familles, mais d'une vraie relation basée sur l'amour. J'ai besoin d'une femme au bras de fer pour me soutenir dans la construction de mon empire et je te veux toi et personne d'autre. Dit-il avant de m'embrasser.

C'est la première fois que je reçois un baiser de lui aussi tendre.

Avant c'était sec, glacial, vide d'émotion et animé parfois que par le désir.

Des baisers de figuration comme il dit.

Là c'est différent ce baiser est pleins de douceur, de bonté, d'inclination, de dilection, de complaisance et de commisération...

Ça doit être la première fois que je le vois si vulnérable.

A bout de souffle on se détache l'un de l'autre !

_Ibrahim: Est ce que ce baiser signifie que j'ai une chance ma douce ? Demande t-il les yeux brillants.

_Moi: Ibrahim l'amour ça ne se commande pas, ça ne se décide pas. Tu ne peux pas t'attendre à revenir dans ma vie après un an de séparation et que je tombe raide amoureuse. D'autant plus que je ne l'ai jamais été de ma vie je ne sais pas ce que s'est l'amour, je ne connais que la version de mes romans littéraires. Je n'en ai pas encore ma propre perception.

Il prend mon visage entre ses deux mains et plonge ses iris bleu marine dans les miennes.

_Ibrahim: Alors laisse moi t'apprendre. Je veux bien de le montrer moi, te faire découvrir ce sentiment merveilleux avec lequel je vais faire de toi la femme la plus heureuse du monde.

J'allais répliquer quand il a mit son index sur mes lèvres.

_Ibrahim: Non ne dit rien ! Ne répond pas tout de suite, laisse toi le temps de connaître la nouvelle version de moi. Je vais te montrer que je serai à la hauteur de tes imaginations les plus ardentes.

Je laisse échapper un sourire face à sa détermination.

_Ibrahim: Je vais y aller maintenant il se fait tard.

_Moi: D'accord rentre bien, tu me fais signe quand t'arrives.

_Ibrahim: Oui compte sur moi. Repose toi bien. Répond t-il avant de déposer un bisou sur mon front.

Il monte dans la voiture et puis s'en va !

Sheh !

Comment je vais gérer ça moi maintenant ?

Ça me trouble vraiment beaucoup...

Je suis profondément confuse... vraiment.

Tout ce que Ibrahim m'a dit ce soir résonne dans ma tête. Ses mots étaient lourds, pesants, pleins d'une sincérité que je n'avais jamais soupçonnée chez lui. Je ne m'y attendais pas, absolument pas. Pendant toutes ces années, malgré notre entente, malgré cette complicité particulière que nous avons toujours eue, jamais je n'aurais pensé l'entendre prononcer de telles paroles.

Je ne m'attendais pas à ça, pas à lui, pas à cette déclaration venue d'un autre temps. Ibrahim et moi avons toujours su jouer les partenaires parfaits, une entente cordiale, des rires partagés, parfois même une complicité sincère. Mais de là à parler d'amour, de renaissance... à vouloir me " récupérer " comme il dit ? Non. Je n'aurais jamais imaginé.

Et puis ce baiser...

Ce baiser m'a désarmée. Ce n'était pas l'Ibrahim que je connaissais. Avant, ses lèvres étaient froides, sèches, comme si chaque étreinte n'était qu'un devoir à accomplir, une figuration pour satisfaire l'image de nos familles. Mais là... c'était différent. Ce baiser était plein de douceur, de bonté, d'inclination, de dilection, de complaisance et de commisération. Pour la première fois, j'ai vu en lui une vulnérabilité que je ne croyais pas possible. Et moi, je n'ai pas su comment réagir.

Il parlait d'avenir, d'empire, de royaume... de moi comme de sa reine. Des mots forts, presque envoûtants. Mais aussi beaux qu'ils puissent paraître, ils ne trouvent pas d'écho dans mon cœur. Parce qu'au fond, je suis ailleurs. Mes pensées, elles, ne lui appartiennent déjà plus.

Son baiser m'a prise de court. Je ne vais pas mentir, il était tendre, inhabituel, presque bouleversant venant de lui. Mais au lieu de me faire chavirer, il m'a simplement ébranlée, comme une porte qui s'ouvre sur une pièce que je ne veux pas vraiment visiter.

Je suis troublée, ailleurs, emportée malgré moi vers un autre. Je n'ose même pas mettre un nom sur ce que je ressens, ni définir ce qu'il se passe entre nous, mais chaque fois que je le croise, c'est comme si mes certitudes vacillaient. Il occupe mon esprit sans effort, il perturbe mes nuits et m'habite sans permission. Et moi, je me laisse faire, impuissante face à l'effet qu'il me procure.

Alors comment pourrais-je songer à Ibrahim, à ses promesses soudain devenues brûlantes, quand mon cœur; ou peut-être mon corps bat déjà à un autre rythme ?

Je marche vers le jardin, les yeux perdus dans le reflet de la piscine, et je sens mon esprit basculer. Je voudrais réfléchir à Ibrahim, à cette nouvelle version de lui qu'il veut me montrer, à ce futur qu'il veut bâtir avec moi... mais je n'y arrive pas. À chaque fois que je ferme les yeux, une autre image s'impose.

Un autre homme.

Lui.

Je ne sais pas ce qui se passe avec lui, je n'arrive même pas à définir ce que je ressens, mais il m'habite. Il occupe chacune de mes pensées, il trouble mon âme, il ébranle mes certitudes. Quand il est là, je perds pied; quand il n'est pas là, je le cherche partout. Je ne sais pas ce que c'est ? Mais une chose est certaine : Ibrahim me trouble... lui, il me consume.

Alors comment faire ? Comment gérer ça maintenant ? Ibrahim, avec ses promesses et sa détermination, vient de rallumer une flamme que je croyais éteinte depuis longtemps. Mais moi, mon cœur bat déjà à un autre rythme, au rythme d'un homme qui ne m'a rien promis, mais qui, par sa seule présence, fait naître en moi un tumulte que je n'avais jamais connu.

Je me sens perdue, déchirée, incapable de répondre. Ibrahim veut me donner une perception de l'amour, mais je crains qu'il soit déjà trop tard...

...

Bon je retourne à l'intérieur, j'ai une autre invitée après tout...

Je ne dois pas la faire attendre !

Je m'en vais à l'intérieur et ensemble on monte vers ma chambre.

_Sophia: Ouf quelle soirée !

_Moi: Ça tu peux le dire...

_Sophia: Dit moi donc ? C'est quoi ton verdict ?

_Moi: A propos de quoi ?

_Sophia: Ne fait pas l'ignorante, à propos de Ibrahim voyons, il a été bien clair sur ce qu'il voulait et ton père l'a validé.

_Moi: Oui mais ce n'est pas mon père qui va décider pour moi.

_Sophia: C'est bien pour celà que je te le demande, il ne te laisse pas indifférente... Dit-elle avec un sourire espiègle.

_Moi: Ah pourquoi tu dis ça ? Demandai-je suspicieuse.

_Sophia: Bah je vous ai vue vous embrasser tendrement. Réponds t-elle en faisant les gestuelles avec sa bouche.

Quelle gamine !

_Moi: C'est lui qui m'a embrassé je précise.

_Sophia: Et je souligne que mademoiselle ne l'a pas repoussé !

_Moi: Ça ne veut absolument rien dire !

_Sophia: Comment ça ? Pourquoi tu hésites autant Aïssatou Diop ? Tu ne me dis pas tout hein !

_Moi: J'ai juste besoin de temps pour y réfléchir. Dis-je en me rendant vers la salle de bain.

_Sophia: Pas la peine de t'enfuir, tu ne peux pas m'échapper. Entendis-je alors que je fermais la porte des toilettes.

Sheut !

Trop perspicace celle-là !

Je me démaquille puis m'applique mes produits de beauté du soir...

Je vais dans la penderie me mettre en pyjama.

Et je lui sors un des miens que je n'avais pas encore porté pour lui donner.

_Sophia: Oh merci ! J'avais rapporté un pantalon jogging et un top pour dormir.

_Moi: Il faut dormir en pyjama ma goe c'est plus confortable, plus léger ! Garde le il est pour toi.

_Sophia: Onw merci ! De la marque yas lingerie en plus. Trop génial !

_Moi: Je t'en prie !

Elle part se changer puis revient.

_Moi: Je t'ai vue faire la timide pendant le dîner aujourd'hui !

_Sophia: Je n'avais pas vraiment faim c'est tout !

_Moi: Mais oui c'est ça je vais faire semblant de te croire ! Allons à la cuisine on va voir ce qu'on peut grignoter.

Elle hoche la tête en guise de réponse.

Pendant qu'on descendait les escaliers, je reçois un message de Ibrahim qui me prévient qu'il est bien arrivé.

Cool !

Nous arrivons à la cuisine !

_ Mademoiselle vous avez besoin de quelque chose ? Nous demandes les domestiques en cuisine.

_ Moi: Il me semble qu'il est déjà l'heure de vous retirer dans vos appartements ! Laissez je vais me débrouiller.

_ Ça ne nous dérange pas !

_Moi: J'insiste ! Vous pouvez disposer...

Elles sourient puis s'en vont...

_Moi: Bon Sophia ! Va falloir qu'on se cherche des trucs déjà prêt parce que je ne sais pas cuire un œuf.

Elle me fait les gros yeux avant d'exploser de rire.

_Sophia: Et tu as laissé les cuisinières partir ?

_Moi: Leurs travails s'arrêtent dans la norme à vingt et une heure, il est vingt trois heures passés là !

_Sophia: Je comprends ! T'inquiète t'a bien fait on va se débrouiller, même pas besoin de cuisiner quoi que ce soit. Y'a quoi dans le garde manger ?

_Moi: Bah un peu de tout !

_Sophia: Tout ?

_Moi: Oui ! Répondis-je en lui tenant par la main vers le garde manger...

J'ouvre la porte de la piece...

_Sophia: Wow mais ce n'est pas un garde manger c'est une supérette ça !

_Moi: Tu peux prendre ce que tu veux ! Dis-je en me dirigeant vers le rayon des chips.

J'y prends un sachet de lays nature et une boîte de pringles.

Elle se sert au rayon des bonbons, je me dirige vers les fruits, je prends quelques pommes, des raisins, des bananes et de l'ananas.

_Moi: J'ai terminée moi !

_Sophia: J'ai tout ce qu'il me faut aussi. Dit-elle en venant vers moi avec deux boîtes de cookies au chocolat et une canette de coca cola.

_Moi: Super allons-y maintenant !

Je mets le tout dans un panier, je prends des bols et des verres puis nous montons vers la chambre.

Nous avons beaucoup discutés en se goinfrant de bouffe.

Elle a fini par réussir à me faire cracher le morceau à propos de mes incertitudes.

Je lui ai avouée être troublée par un homme même si je ne suis pas entrée dans les détails.

Ce qui est normal étant donné que même moi je n'ai aucune explication logique à mettre sur ce qui m'arrive !

Heureusement qu'elle a été compréhensive, elle n'a pas trop insisté pour le coup...

Il est presque deux heures du matin quand nous finissons par nous endormir...

BABACAR SADIKH SALL.

J'étais entrain d'essayer de trouver le sommeil parce que trop troublé par ce qui m'est arrivé ce soir, quand mon téléphone se met à sonner.

Je me détache des bras de Marianne qui était profondément endormie, je prends mon téléphone sur le chevet pour répondre à cet appel de mon père.

_Mon père: Où es-tu Sadikh ? Nous avons une urgence à l'entrepôt !

_Moi: Quoi ? Il s'est passé quoi ? Répondis-je en bondissant du lit pour commencer à m'habiller.

_Mon père: Nous avons chopé un intru !

_Moi: J'arrive tout de suite, c'est lequel des entrepôts père ?

_Mon père: Le principal évidemment !

Oulah merde alors !

_Moi: Je suis en route. Finis-je par dire avant de décrocher.

Une fois après avoir fini de m'habiller, je laisse un message sur le téléphone de Marianne puis je quitte la maison.

Je me rends au terminal à conteneurs près du voile d'or là où nous avons notre plus grand entrepôt.

J'y arrive après une vingtaine de minutes étant donné que la route était bien libre.

La porte qui s'ouvre et grince quand j'arrive, comme si l'entrepôt expirait en m'avalant. La lumière des projecteurs découpe l'acier des murs en bandes froides; l'air a cette odeur d'huile et de métal chaud qui colle au nez et qui dit que rien ici n'est propre.

_Moi: Où est-il ? Demandai-je à celui qui m'attendais devant la porte.

_ Dans le bureau monsieur Shadow !

Alors on s'y rend...

Des silhouettes se découpent partout, des hommes qui ne bougent presque pas, qui tiennent leurs lampes et leurs armes comme on serre un talisman. Il n'y a pas de sourire, pas de bienvenue. Juste cette précision sèche, militaire, qui me suit jusqu'à l'entrée.

On me conduit à travers un dédale de palettes et de caisses. Mes pas résonnent plus fort que je ne voudrais. À gauche, alignées comme des bêtes endormies, des voitures de luxe volées brillent sous la lumière intermittente : carrosseries noires, volants aux épaules creusées, cuir encore chaud. Elles paraissent innocentes et meurtrières à la fois, des trophées qui attendent qu'on leur donne un nom. Le contraste me serre la gorge : des objets de désir empilés comme des preuves d'un marché sans foi.

Au fond, derrière ces véhicules, une porte vitrée ouvre sur un bureau à l'éclairage chiche. Deux fauteuils en cuir raplapla font face à une table bancale où gît un mégot écrasé. L'ampoule suspendue balance lentement; sa lumière tremble et jette des ombres qui avalent les visages.

Je le trouve assis, ligoté à une chaise, le dossier en bois qui finit par craquer sous la tension, un sourire de défi qui meurt dans la pâleur.

Je m'assieds en face de lui parce que c'était la chose la plus dangereuse à faire, sourire aussi froid que possible aurait été trop facile. Mes mains reposent sur mes genoux, immobiles. À l'intérieur, tout bouillonne. J'ai la voix calme, parce que le calme, mon père me l'a appris, est parfois plus tranchant que n'importe quelle lame.

_ Moi: Pourquoi tu traînes ici à cette heure ? Ma question tombe comme un caillou dans un lac : à la surface, peu de remous, mais dessous tout se déplace.

Il ricane.

Ça me donne envie de cogner, mais je n'y cède pas. Il joue l'arrogance, les réponses évasives...

_ j'étais de passage !

Je me repositionne en croisant les bras et les jambes.

Je le regarde sans sourciller !

_ Moi: Pourquoi ?

_ je cherche du boulot. Dit-il presque souriant. Des phrases qu'on déguste quand on veut cacher la peur.

_ Moi: À presque trois heures du matin ?

Je sens le mensonge comme une odeur; il colle à lui, petit à petit.

Je lui pose à nouveau les mêmes questions !

Je le force à écouter ses propres mots. Je le laisse répéter, se contredire. Chaque silence que je laisse dure assez pour qu'il ait l'impression que le monde entier a cessé de respirer avec lui. C'est une technique brutale mais je la justifie dans ma tête.

_Moi: je veux des noms, des adresses, des réseaux.

_Je ne vois pas de quoi vous parlez. Fait-il entre deux souffles.

_Moi: Je ne voulais vraiment pas en arriver là ! Dis-je en me levant.

Il me fixe le regard déconcerté !

Je veux savoir qui profite de ce trafic comme on arrache une écharde. Je dois savoir pour protéger ce qui est à moi, et pour fermer la porte à d'autres comme lui.

Alors il est temps de lui donner un petit coup de pousse pour se rafraîchir la mémoire.

Je lui fais porter un casque électrique sur la tête !

_Que faites-vous ? Demande t-il en tortillant sa tête dans tout les sens pour faire tomber le casque.

_Moi: Tu sais moi je n'aime pas trop parler, il me semble que j'ai été assez patient avec toi.

Il me fait ce même regard sidéré mais je ne bronche pas.

Je sors une télécommande du tiroir du bureau.

_Moi: Je te laisse une dernière chance pour parler ! Qui t'envoie ?

_ C'est du bluff ! Vous n'a...

Avant qu'il ne termine sa phrase, j'appuie sur le bouton qui lui envoie une décharge électrique bouleversante.

Ses cries apeurés de douleur résonnent dans toute la pièce...

_ Moi: Vas-tu coopérer ? Fis-je avant de stopper la pression.

Il ne dit rien et essaye de reprendre son souffle.

Ah no je ne le laisse pas faire, j'appuie à nouveau sur le bouton...puis j'arrête.

_Moi: J'ai tout mon temps ! Ce petit bijou a été configuré pour trouver l'équilibre parfait pour te faire subir la plus atroce des sensations sans jamais te tuer.

Ses réponses restent des ombres. Un prénom qui glisse, un lieu qui n'existe pas, la même langue de bois. Du charabia !

À chaque mot cassé, quelque chose se fissure en moi. Je sens la transformation comme un gant qu'on enfile : la peau du professeur se retire, et dessous, lentement, une autre peau, plus froide, plus précise, se tend. Ce n'est pas que je prends plaisir à faire mal; c'est pire, je prends plaisir à contrôler, à voir l'angoisse naître et se consumer dans un visage. C'est un vertige qui me fait perdre mes repères.

Je n'élève jamais la voix. J'ai compris que crier ne convainc pas. J'utilise l'attention, le silence, l'observation comme on userait d'un scalpel; je dissèque les mensonges, j'isole les contradictions et je les oblige à se mordre la queue. Parfois je plante un regard qui ne dit rien et qui dit tout; parfois je balance une menace qui n'a pas besoin d'être formulée. L'effet est pire qu'un coup. Il y a quelque chose de mécanique dans la façon dont je le regarde : je note chaque tic, chaque souffle, la façon dont ses doigts fourmillent.

C'est alors que je vois dans ces yeux cette lueur brisée qui me certifie que j'y suis parvenu.

Quand il finit par craquer, ce n'est pas parce que je l'ai brisé physiquement. C'est parce que je l'ai rendu trop petit pour son propre mensonge.

_ C'est le cartel de "Black Torque" ! Lâche t-il.

C'est illogique !

_Moi: Est ce que tu veux que je change de méthode ? Tu me fais balader, tu crois que je suis ignorant ? Ce cartel fait du trafic d'armes qu'est ce que ça avoir avec nous ?

Il ne rien et me regarde comme perdu !

_Moi: On était bien parti pourtant... C'est dommage, tu as besoin de voir ton sang !

Je prends des pinces électriques, je m'approche de lui afin de lui ôter un doigt.

A peine que l'outil l'ait touché qu'il s'écria...

_NON ARRÊTEZ s'il vous plaît, je promets de tout dire.

Je reprends place et plonge à nouveau mon regard dans le tiens.

_Moi: Je t'écoute !

_Le marché d'arme au Sénégal n'est plus rentable depuis quelques années. Eux ils ont tenus bon étant le plus gros des cartels sur le marché. Mais les rentrées d'argents se sont plus colossales comme avant alors ils ont décidés de se diversifier.

Je vois déjà où il veut en venir !

_ Malheureusement pour eux vous les "Shadow Drive" êtes les maîtres de ce business dans tout l'Afrique et à chaque fois qu'ils pensent avoir trouvé de la clientèle, ils finissent par traiter avec vous. Ils ont appris pour le énième succès de votre opération hier et ils voulaient vous voler votre marchandise pour vous mettre en porte-à-faux avec vos clients.

_Moi: Quel est le rôle que tu joues dans tout ça ?

_Mon équipe et moi sommes venus en repérage des lieux pour préparer l'opération du vol.

Qu'ils sont drôles !

Ils pensaient sincèrement pouvoir y arriver ?

Tout les membres de cette équipe sont évidemment décédés, mes hommes ont tués tout le monde et lui seul s'est rendu !

_Moi: Emmenez-le ! Ordonnais-je à ceux qui m'assistaient.

Je sens la dichotomie en moi !

L'homme qui range les business et le professeur qui voudrait préserver quelque chose de propre dans cet univers sale. Mais dans ce bureau, sous cette ampoule qui balance, cette ligne s'efface. Le marché noir exige des comptes, et je les rends. Le calme que j'affiche à l'extérieur est une armure qui me protège de ce que je suis en train de devenir.

Avant de me lever, je le regarde encore. Il y a cette lueur, mélange de haine et de peur, qui bouge dans ses yeux.

On l'emmène ensuite, le bruit des pas qui s'éloigne, le claquement d'une porte qu'on ferme. La salle retombe dans le silence, seulement troublé par le tic-tac imaginaire d'une horloge. Je reste un instant debout, la main sur le dossier d'un fauteuil, et je sens l'empreinte que cette nuit y laisse : une trace sombre que je ne pourrai peut-être pas effacer.

Mon bras droit et coéquipier Weuz qui m'attendait devant la porte, rentre...

_Weuz: Shadow, qu'est ce qu'on fait de lui maintenant ?

_Moi: Je me rendrais dans la demeure du parrain demain pour lui faire un rapport. Mais je suis sûr qu'il sera d'accord avec mon idée.

_Weuz: Laquelle ?

_Moi: La guillotine ! Préparez un jolie paquet cadeau, vous allez envoyer sa tête à cette adresse. Répondis-je en lui tendant un petit papier.

_ Weuz: Directement chez black trigger ? Demande t-il après avoir consulté le papier.

_Moi: C'est lui le chef des black torque, alors on va précisément s'adresser à lui.

Il hoche la tête en guise de réponse avant de quitter la pièce...

Même dans le monde du marché noir il y'a des règles !

Ils n'ont en aucun cas le droit de s'immiscer dans nos affaires et cette perspective d'attaque pour nous voler notre marchandise est sans aucun doute une déclaration de guerre.

AÏSSATOU DIOP.

On se prépare pour passer la journée à la plage Sophia et moi.

Et vous devinez quoi ?

Mon père a décidé de nous rejoindre à la dernière minute. Quel miracle n'est ce pas ?

Donc on se disperse de table après le petit déjeuner.

On passe par la cuisine pour donner quelques instructions et demander à tata Aïda de me préparer un bon panier pour la journée.

On se rend dans la chambre et on s'habille !

Je mets un ensemble jupe longue évasé et un top dos nu de couleur jaune soleil !

Ma copine chérie met une superbe robe longue orange, manche bateau avec une fente avant qui lui arrive jusqu'aux cuisses.

On prend un sac de plage pour y mettre nos bikinis, nos sandales et des serviettes.

Enfin on se coiffe, Sophia qui avait des mèches les a attachés en queue de cheval.

Moi je laisse mes cheveux au naturel que je laisse tomber sur le dos, j'y mets un attrape cheveux d'une rose rouge.

On se chausse de sandales à talons et on prend nos accessoires : petites pochettes pour nos portes feuilles et téléphones et pour finir des lunettes de soleil.

On descend au rez-de-chaussée et commençons à charger nos affaires dans la jeep Wrangler 4xe de mon père.

Tata Aïda arrive et nous donne deux paniers de pique-nique bien remplie !

_Moi: Bon et papa ?

_Tata Aïda: Dans son bureau avec le petit Sall !

Mon cœur a raté un battement !

C'est lui...

_Moi: Mais on l'attend depuis un moment maintenant !

_Tata Aïda: Je ne crois pas qu'il pourra venir ma chérie, ça avait l'air vraiment urgent.

_Moi: Non ! Il ne peut pas me faire ça. Fis-je en rentrant à tout allure dans la maison.

Je déboule dans son bureau comme une furie...

Il est là !

_Moi: Père ! Il est l'heure d'y aller. Dis-je sans le regarder...

_Mon père: Princesse tu ne dis pas bonjour ?

_Moi: Bonjour Babacar ! Bon y va maintenant ?

_Mon père: Princesse désolée mais...

_Moi: JE LE SAVAIS ! Dis-je en le coupant dans son élan.

_ JE LE SAVAIS PÈRE ! C'ÉTAIT TROP BEAU POUR ÊTRE VRAI, LE PARRAIN NE VEUT PAS ÊTRE VUS DANS UN LIEU PUBLIC PASSER DU TEMPS AVEC SA FILLE COMME UNE FAMILLE NORMAL.

_ Mon père: Mais calme toi princesse, nous aurons d'autres occasions c'est promis !

_Moi: Tient tes promesses pour toi père ! Tu sais je n'avais rien demandé moi, j'avais juste prévue une journée avec ma copine. C'est toi qui t'es proposé, c'est toi qui a pris l'initiative de te joindre à nous. Je me demande comment j'ai pu y croire.

Je quitte la pièce sans attendre de réponse...

Quand j'arrive à la porte d'entrée...

_ Sophia: Alors ?

_ Moi: Allons-y !

_ Tata Aïda: Désolée ma chérie !

_Moi: J'en ai l'habitude maintenant. Bon à ce soir alors...

On monte dans la voiture et quand le moteur démarre je vois mon père sortir de la maison en courant.

Il vient frapper à la vitre de la voiture...

_Mon père: Tu ne comptais pas partir sans moi j'espère ?

Hein ?

Je ne dis rien et le regarde assez surprise je dois l'avouer !

_Mon père: Il y'a de la place pour une quatrième personne ? Demande t-il en tournant le regard vers Babacar.

Quoi lui ? Avec nous ! A la plage ?

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