Chapitre 3
Le soleil venait de se lever. Ses rayons illuminaient le vert pâturage à travers le ciel dégagé. Et pourtant, Zaïre Zola était toujours dans les bras de Morphée.
À travers la vitre, le sergent Josh l'observait. Calme, paisible, comme si tous ses soucis avaient cessé d'exister.
D'un geste rempli de peur et d'hésitation, il frappait à la porte de sa voiture depuis près d'une minute :
— Lieu… lieutenant Zola ! Toc toc, vous m'entendez ?
Rien à faire, le lieutenant Zola dormait si profondément qu'il ne l'entendait pas. Alors, le sergent Josh insistait, croyant obtenir un résultat différent. Naïf, il l'était.
— Réveillez vous, je vous prie !
Tout ce boucan le réveilla finalement. Irrité, il ouvrit discrètement les yeux. Épuisé, il fit la sourde oreille, espérant que le sergent Josh, partirait dès lors qu'il en aurait marre.
Une fois encore, il avait vu juste. La nuit fut longue et périlleuse. Le sergent Josh était si fatigué qu'il abandonna rapidement.
— J’aurai au moins le mérite d'avoir essayé, se consola-t-il en partant.
Il avait à peine fait deux pas lorsqu'il entendit un bruit réconfortant émanant de la voiture. Un bruit dont il comprit immédiatement le sens. Le lieutenant Zola venait de se redresser.
La fatigue venait soudain de faire place au dévouement. Le corps à la psyché. Il se souvint de tout le travail qui lui restait à faire.
— Pas le temps de dormir, se dit-il.
En baissant la vitre, il dévoila son visage rempli de sébum : il n'avait pas bonne mine. Passer la nuit dans sa voiture était loin d'être confortable :
— Que voulez-vous ?
— Excusez-moi, lieutenant. Je… je voulais simplement vous avertir qu'on en a fini avec la scène du crime. Et jusque-là, aucune déclaration n'a été faite à la presse.
— Oui, et ?
— Bah ! Étant donné que c'est vous qui êtes chargé de l'enquête, je me suis dit que…
Il n'avait pas fini que Zola l’interrompit sèchement en ouvrant la portière de la voiture. Il en sortit vigoureusement, perdit brusquement l'équilibre, frôlant même une chute ridicule.
— Tout va comme vous voulez, lieutenant ? s'enquit Josh.
Des mots que Zaïre ne purent entendre. Le genou à terre, il avait cette étrange impression. Celle du monde qui tourne autour de soi. Elle était aiguë, angoissante… brève. Elle disparu aussi vite qu'elle apparut.
En relevant la tête, il vit le sergent Josh, inquiet, s'approcher vigoureusement de lui. Ses lèvres bougeaient, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Il était maintenant en face lui.
Sa main gauche le secouant vivement. La droite gesticulant tendrement. Ses lèvres articulant chaque mot.
Mais aucun son n'emanait de sa bouche. Juste un bruit strident, crispant qui bourdonnait dans ses oreilles.
— … Vous m'entendez, lieutenant ? Dites quelque chose, bon sang ! répétait-il.
Au depart, le sergent Josh pensait à une petite farce de la part du lieutenant Zola.
Une blague de mauvais goût à un bleu dont lui seul avait le secret. Une taquinerie de plus. Mais l'angoisse qui se dessinait sur le visage de celui-ci, lui fit comprendre tout l'ampleur du problème.
Il était sur le point de sortir son talkie-walkie et demander de l'aide lorsque la main de Zaïre le saisit soudainement.
— Je… je vais bien, sergent ! Merci… merci de vous en inquiéter, répondit-il, la voix enrouée.
Il se redressa, massa ses tempes et fit quelques exercices d'étirement. Dieu sait combien il en avait besoin :
— Ouf ! Quelle nuit de merde ! râla-t-il à la grande stupeur de ce jeune sergent.
Son rictus que le sergent jugea forcé, ne fit que le stressé davantage.
Une peur que Zola remarqua illico. Une atmosphère angoissante qu'il tenta aussitôt de détendre.
— C'était une blague, mon ami !
— Vous en êtes sûr, lieutenant ! Parce qu'en vous regardant, vous aviez vraiment l'air…
— Puisque je vous dis que c'était une farce, sergent ! Allez, calmez-vous, je vous prie !
Le sergent était sûr de ce qu'il avait vu, certain de ce qu'il avait ressenti. Quelque chose n'allait pas. Une chose enfui, une faiblesse honteuse, qu'il tenait visiblement à cacher.
En guise de diversion, Zaïre Zola reprit la parole.
— Un conseil, mon ami, vous qui êtes encore bien jeune : changez de métier si vous ne souhaitez pas passer vos nuits à la belle étoile pendant qu’un bon lit chaud vous attend chez vous. Sinon, quelle heure est-il ?
— Il… il est exactement sept heures dix, lieutenant.
— Bien, j'aurais au moins eu quelques heures de repos. Mais dites-moi, sergent, qu'attendez-vous de moi, exactement ?
— Eh bien, lieutenant, comme je le disais tantôt, aucune déclaration n'a été faite jusque-là. Les journalistes ne me lâchent pas ! Ils n'arrêtent pas de me poser des questions auxquelles je ne peux répondre…
— Et vu que c'est moi qui suis chargé de l'affaire, vous vous êtes dit que c'était à moi de leur parler, n'est-ce pas ?
— Oui, lieutenant !
— Aucun problème, envoyez-les-moi, je me ferai une joie de leur répondre.
— Bien, lieutenant ! Merci, lieutenant !
Le sourire aux lèvres, le jeune sergent se dirigea vers les journalistes. Il allait enfin s'en débarrasser et sceller le domicile. Il allait enfin pouvoir rentrer chez lui, prendre une douche bien chaude et dormir jusqu'à en mourir.
Comme lui, les journalistes avaient passé toute la nuit à travailler. Comme lui, ils étaient également épuisés. Ils n'attendaient que la déclaration de la police.
Une fois devant la presse, le jeune sergent se fit rapidement encercler, filmer, questionner. Micros et caméra espéraient capter la moindre image, le moindre son de cette déclaration tant attendue.
Plus serein que toute à l'heure, il se fit une joie de pointer du doigt la voiture du lieutenant. Sans même la regarder, il leur indiquait à qui ils devaient s'adresser, celui qu'ils devaient maintenant harceler.
Mais, lorsqu'ils se retournèrent, ils découvrirent tous cette jolie Toyota Passo noire du lieutenant Zaïre. Il roulait à vive allure. Sa main droite dépassait clairement la vitre, faisant signe d'au revoir – il venait de prendre la poudre d'escampette en direction du domicile des parents d'Alicia. Il venait de laisser derrière lui un sergent sans mot… qu'est-ce qu'il aimait larguer la presse.
**
Quelques kilomètres plus loin, au bureau de police, tout le monde était au four et au moulin pour localiser Hugo.
Même le lieutenant Lokwa y avait passé la nuit en compagnie des Geeks du laboratoire d'analyse légale qu'il aimait tant côtoyer.
Aussi musclé que le « batteur de tam-tam », le lieutenant John Lokwa était une montagne de muscles qui imposait le respect. Contrairement à ce que croyaient certains de ses collègues, il ne passait pas la majorité de son temps dans la salle de musculation.
En réalité, c'était un passionné de l'informatique et des nouvelles technologies. Il adorait lire des livres et des articles qui parlaient de sa passion, quand le temps le lui permettait.
Et c'est assis devant les écrans qu'il passa la nuit, tentant de localiser le portable d’Hugo qui n'avait pas de domicile connu.
Hélas, tout ceci ne menait nulle part. Il était paisiblement couché sur le canapé, rêvant de la vie qu'il aurait pu avoir, de sa vie d'ingénieur en informatique – si seulement son père n'avait pas été un homme violent, si seulement il ne se défoulait pas sur lui et sa mère.
Il fut soudainement réveillé par des tonnerres d’Eureka qui retentirent dans la salle : Hugo Malanda venait d'être localisé.

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