Chapitre 7

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Quatre jours après le meurtre d'Alicia, l'enquête était au point mort. Les résultats d'analyses sur le couteau ensanglanté se faisaient toujours attendre. Le principal suspect de l'affaire était toujours en cavale.

L'origine des traces post mortem retrouvées sur la joue d’Alicia demeurait toujours un mystère. Depuis leur découverte, elles n'avaient cessé de hanter le lieutenant Zola.

À l'instar de deux coupes de champagne, de l'absence des signes d'effraction, elles représentaient pour lui une anomalie, une ombre, une fausse note qui ne cadrait pas avec les autres preuves de culpabilité d'Hugo.

La clé de contact sur la main droite, il hésitait à démarrer le moteur. La main gauche sur le volant, il se repassait en mémoire les différents aspects de cette enquête dont il était peut-être le seul à mesurer les discordances.

Ces zones d'ombre défilaient encore dans son esprit quand son portable sonna. John L. apparut sur l'écran.


— Salut salopard, j'ai une bonne nouvelle, lui annonça-t-il.
— Vas-y, je t'écoute ! répondit-il, nonchalamment.
— On vient d'arrêter Hugo.
— Vraiment !
— Et tu ne devineras jamais où on l'a chopé.
— Pas besoin, puisque tu vas me le dire.
— Ahaha, très marrant ! lâcha Lokwa avec un ton ironique. Il se trouvait chez sa tante, ignorant complètement qu'elle était surveillée.
— Je vous l'avais dit !
— Et tu sais quoi, il a même eu l'audace de sortir fumer une cigarette à l'extérieur de la parcelle. Cette fois-ci, il ne nous a pas vus venir et on l'a arrêté. Il est actuellement en route vers le bureau.
— De mieux en mieux ! Je devrais y être dans environ une heure. Tu veux bien m'attendre avant de le cuisiner ?
— D'accord. Mais ne traîne pas trop.


Brève fut cette conversation. Riche et intriguant était son contenu. Zaïre allait enfin pouvoir rencontrer Hugo, plonger son regard dans le sien afin d'y déceler la moindre particule de culpabilité.


Il démarra enfin le moteur et s'en alla vers celui qui avait tant occupé ses pensées depuis peu. Il avait à peine pris la route qu'il salivait déjà à l'idée de l'interroger. Il était encore à plusieurs kilomètres de l'objectif qu'il rêvait déjà d'être assis en face de lui.

Pas de bol, il fut sèchement ramené à la réalité par une situation plus qu'inattendue. Le genre qui transforme un immeuble de douze étages en une fournaise grandeur nature. Le genre de catastrophe qui brule tout sur son passage, ne laissant derrière lui que fumée et cendres.

Dans l'angle de l'avenue by-pass, un incendie créait confusion et panique.

Entre camions de pompiers, ambulances et voitures de flics, la circulation devint soudain moins fluide. Il lui fallait attendre cinq minutes pour avancer de cinq centimètres.

Ce fut laborieux mais il continua d'avancer centimètre après centimètre, jusqu'au moment propice où il put enfin voir cette fournaise de ses propres yeux. Grossière erreur, il n'aurait jamais dû. Dès lors qu'il posa ses yeux sur ces flammes infernales, il en fut presque ensorcelé.

Dès le moment où des particules de fumée toxiques pénétrèrent dans ses poumons, un cauchemar récurrent qu'il ne pouvait chasser ressurgit. Une brèche s'ouvrit dans son esprit. Celle d'un événement tragique survenu quelques années plus tôt.

Un traumatisme dont il fut victime. Une fois encore, Zola revit cette fameuse nuit, coincé avec son ami Jacques dans cette voiture en feu.


**


Zaïre se revoit sortir de la voiture, se demandant si Jacques était encore en vie. Il avait à peine mis les pieds à l'extérieur que tout à coup, ce dernier reprend ses esprits dans un nuage de fumée.

À première vue, il semble aussi abasourdi qu'il l'était lui-même à son réveil.


— Zaïre ! braille-t-il en le cherchant du regard. Kof, kof ! Que… qu'est-ce qui s'est passé ?
— Nous avons été percutés par un camion, dit-il en paniquant. Peux-tu te dégager de là ?
— Un instant… Impossible ! sussure Jacques. Ma ceinture est coincée et je n’arrive pas à me libérer.
— Dans ce cas, ne bouge pas, je viens te chercher, mon vieux !


D'un regard circulaire, Zola recherche le camion qui les avait percutés. Mais celui-ci est introuvable.

Pas de temps à perdre. Il contourne la voiture en se dirigeant du côté conducteur :


— Eh merde ! Kof, kof ! Ça ne s'ouvre toujours pas, braille Jacques, en panique.
— Laisse-moi faire, tu veux ! meugle Zola en essayant de le détacher.

Rien à faire, cette ceinture ne veut simplement pas s'ouvrir. Il était encore en train d'essayer quand l'incendie commence à se propager sur le tableau de bord de la voiture.

La fumée s'y accumule. Elle devient si épaisse qu’on n’y voit plus grand-chose à l'intérieur. Jacques, toujours aussi secoué par l'accident, a malgré tout l'esprit suffisamment clair pour comprendre que la voiture est sur le point d'exploser.

Il le sait, il ne lui reste que peu de temps pour sortir. Mais sa ceinture de sécurité étant bloquée, ses chances de survie sont minces. Il l'accepte.

Alors, dans cette atmosphère chargée de fumée toxique, il rassemble ses dernières forces afin de dissuader Zaïre de l'aider :

— Écoute-moi, Zaïre, ça s'annonce mal, mon ami !


Sa voix reste étrangement calme. Elle ne tremble pas. Ne reflète aucune peur, aucune frayeur.


— Tu as une femme et des gosses qui t'attendent à la maison ! Alors pense à eux. Ne t'occupe pas de moi et casse-toi d'ici…
— Mais ferme-la, Jacques ! Aide-moi plutôt à trouver un objet tranchant dans la voiture ! l'interrompt-il froidement. Des ciseaux, un couteau… tout ce que tu veux, tant ça me permet de te libérer.


À quelques mètres de là, des âmes curieuses, attirées par les flammes, viennent proposer leur aide...

« Appelez les pompiers… Appelez une ambulance ! », criaient-ils.


**


Et c'est sous un concerto de klaxons, d'insultes et de jérémiades que Zola revint à lui. Il était essoufflé, tachycarde et en sueur, exactement comme il y a cinq ans.

L'œil du cyclone dépassé, la circulation reprit de plus belle. Au bout d'une heure de route et grâce à certains raccourcis, il arriva grincheux au bureau de police.

Sans perdre une seule seconde, il se dirigea vers la salle d'interrogatoire. Sur sa route, il aperçut le lieutenant Dimitri, un gars sympa, mais tellement bavard qu'il préféra l'éviter.

Arrivé dans la salle d'interrogation, derrière la vitre, il vit un gaillard d'environ 1,80 m, pesant pas moins de 70 kg, qui faisait les cent pas. Il semblait ne pas comprendre ce qu'il foutait là.

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