Chapitre 11

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Deux mois après l'inculpation d'Hugo Malanda, deux jours avant le début du procès, Zaïre Zola profitait pleinement de sa journée libre dans son jardin avec sa petite famille.

Le ciel était dégagé. L'air était sec, l'herbe, bien verte. La journée s'annonçait prometteuse.
Dans la cour, tout le monde jouait sa partition. Zuri s'amusait comme une folle, courant et sautant dans tous les sens.

Zaïre et Kaiser aiguisaient leur esprit en jouant aux échecs.
Thessa, elle, essayait tant bien que mal d'allumer ce fichu barbecue. Mais rien à faire, elle n'y arrivait pas. Une situation qui déclencha rires et moqueries chez son époux.

Et tel un doux parfum qui se répand dans l'air, cette bonne ambiance se propagea dans l'atmosphère. Tous commencèrent à rire aux éclats. Tous passaient un bon moment.

Des journées comme celle-ci, Zola les aimait tant. C'étaient les seuls où il cessait d'être ce flic si compétent et arrogant.

Les seuls où il arrête de se poser mille et une questions. Les seuls où son travail n'avait plus la moindre importance.

À des moments pareils, il était ni plus ni moins qu'un chef de famille dévoué. Rien ne lui faisait plus plaisir que de voir son épouse rayonner de bonheur, ses enfants grandir paisiblement jour après jour.

Il n'y avait rien de mieux que de voir sa petite famille heureuse.

Mais il n'avait pas toujours été ainsi. L'homme qu'il devint au fil du temps était bien loin de celui qu'il était dans sa vingtaine.

**

Plus jeune, plus charmant, Zaïre était jadis un tombeur avéré, un séducteur qui ne voyait guère l'utilité de s'attacher à une seule femme.

« Des femmes, il y en a des tas », se répétait-il si souvent.

Il préférait passer d'une concubine à une autre, d'une pseudo-relation à une autre. Il se voyait bien continuer ainsi jusqu'à ses cinquante ans, en tout cas, c'est ce qu'il s'imaginait.

Mais un beau jour, un certain 24 octobre, ses beaux yeux se posèrent sur Thessa. Il regardait paisiblement un match de football dans un bar de la ville, buvant une bière bien fraîche quand il vit cette charmante demoiselle.
Elle était brune de peau.

Ses cheveux étaient aussi noirs que du pétrole. Une somptueuse robe en pagne dévoilait son corps parfait. À cet instant précis, le temps s'arrêta, son cœur de pierre battait si fort qu'il se brisa en mille morceaux. Quant à ses rêves de célibat, ils tombèrent à l'eau.

C'était une infirmière, enfin, depuis seulement vingt-quatre heures. Une réussite méritée qu'elle comptait fêter autour d'un verre avec une copine qui devait l'y rejoindre.

Dès son entrée dans ce bar, d'un simple coup d'œil, elle remarqua illico ce bel homme assis seul devant son verre. Mais, comme toutes les bonnes femmes, elle fit celle qui n'avait rien vu. Zaïre, lui, en était incapable.

« Mais qui est cette belle demoiselle ? s'interrogea-t-il. Des belles femmes, j'en ai pourtant déjà vu. Des blondes, des brunes, des métisses. Mais une beauté comme celle-là, jamais ! »

Un coup de foudre, voilà ce que c'était.
Il existe de ces femmes pour qui l'on serait prêt à tout dès le premier regard. Zaïre en avait entendu parler.

Des femmes dont la beauté paralyse. Des belles créatures dont le charme ensorcèle, dont le parfum enivre. Et ça, Zaïre venait de le découvrir - il était sans mot.

Pour la première fois de sa vie, le beau lieutenant eut peur d'aborder une femme, peur d'un refus, peur d'un échec.

Alors, pour s'approcher d'elle, il lui fallut puiser dans ses dernières réserves. Ce fut pénible certes, mais il y parvint finalement : 

— Bonjour, somptueuse demoiselle ! Excusez-moi de vous importuner, mais il... il me semble vous avoir déjà vu quelque part, dit-il d'une voix douce et séduisante. Mais c'est étrange, je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.

Cette approche plus que surprenante eut au moins le mérite de lui arracher un sourire qui dévoila des fossettes parfaitement symétriques ; le genre à en faire craquer plus d'un. 

— Serait-ce à la télévision ? poursuivit-il. Au beau milieu de la route ? Ou simplement dans mes rêves ?

Mais Thessa se tut, se contentant de prendre son verre comme si de rien n'était. Puis soudain, alors que

Zaïre, désespéré, ne comptait pas insister, maudissant son approche.

« Mais où avais-je la tête ! », cogitait-il.

Mais soudain, alors qu'il partait déjà, elle le regarda légèrement du coin de l'œil avant de souffler quelques mots à peine audibles. 

— Eh bien, monsieur, je peux vous assurer que ce n'était ni à la télé, ni dans la rue. Je m'en souviendrai, sinon !

Sa voix aussi douce que la soie lui donna des frissons. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il l'appréciait de plus en plus. 

— Et c'était quoi la dernière chose déjà ? murmura-t-elle.

— Dans... dans mes rêves, déclara-t-il, un peu gêné.

Sans vraiment qu'elle comprenne pourquoi, elle esquissa un rictus inattendu.   

— C'est triste. En vous regardant, je n'aurais jamais cru que vous étiez, comment dire, un pervers. Et pour votre information, c'était vraiment la pire phrase d'approche de l'histoire, ajouta-t-elle en souriant.

Gêné, Zola était bien heureux de lui avoir au moins arraché ce sourire : 

— Pour être sincère avec vous, d'habitude, je suis assez bon à ce jeu-là. Mais seulement voilà... s'interrompit-il soudainement.

Cette conversation lui plaisait bien. Être courtisé, encore plus. Elle était si impatiente de connaître le fond de sa pensée qu'elle se pressa de l'interroger quant à ce sujet : 

— Quoi donc ?

— Pour être sincère avec vous, votre beauté me laisse si perplexe que j'en perds mes mots. Madame...?

Et ses jolis yeux se mirent à briller comme une étoile. Ses joues rougirent tout à coup. Tout portait à croire que ce compliment ne la laissait pas indifférente.

Alors, elle tendit fermement sa main en le dévorant du regard : 

— Thessa Ayuza, infirmière Thessa Ayuza.

— Zaïre Zola, lieutenant Zaïre Zola.

Enchanté de vous rencontrer. 

— Eh bien, monsieur Zaïre, je suis presque enchantée, souffla-t-elle en lui serrant la main.

Et de cette prise de contact se suivit une longue série de rendez-vous. Contrairement aux filles qu'il avait l'habitude de fréquenter, lady Thessa n'avait rien d'une fille facile.

Et, au bout du nième rendez-vous, ils se marieront finalement dans la grande cathédrale Notre-Dame.
De cet amour naîtront Kaiser et Zuri Zola.

**

Le soleil s'était couché depuis maintenant plusieurs heures. Toute la famille était déjà dans les bras de Morphée.

Tout le monde sauf Zaïre. Moins exténué que les autres, il faisait la vaisselle en se repassant le film de cette merveilleuse journée.

Un coup d'œil inattendu sur le calendrier lui rappela que le procès d'Hugo Malanda aurait lieu dans deux jours.

« Tiens, un innocent va sûrement être condamné pour un crime qu'il n'a peut-être pas commis. Et le comble est que je vais devoir témoigner contre lui », se désola-t-il.

Voilà une chose qui venait contraster avec sa journée si parfaite. Il essayait donc de chasser cette idée de son esprit. Hélas, il en était incapable.

Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis, mais il était toujours aussi sceptique qu'il y a deux mois. Le temps peut certes atténuer le chagrin, mais il ne put noyer ses doutes, ni dissiper le brouillard.

Les zones d'ombre étaient toujours là, hibernant dans son esprit en attendant de réapparaître de plus belle.

Il n'avait cessé de les refouler depuis, refusant de se poser des questions auxquelles il n'avait jamais su répondre.

Mais ce discret coup d'œil sur le calendrier eut un effet rappel à l'ordre. Voir la date, constater son importance rouvrit des vieilles brèches.

Il ne pouvait s'empêcher de repenser, tout en maudissant son incompétence.

« Espèce de crétin, tu n'as même pas été capable de trouver la solution ! », se lamentait-il.

Son ego profondément touché, il décida de se creuser à nouveau les méninges, en espérant cette fois-ci obtenir un résultat différent des précédentes fois.

Et pour cela, il commença à ressasser les éléments de l'enquête :

« Ça va au moins m'occuper l'esprit pendant que je fais la vaisselle », se rassura-t-il.

En murmurant, il analysait soigneusement les différents aspects de ce casse-tête :

« Voyons voir ! Il n'y avait aucune trace d'effraction au domicile de la victime - ce qui veut dire qu'elle connaissait probablement le meurtrier et qu'elle se sentait suffisamment en sécurité à ses côtés pour le laisser entrer si tard. »

Une théorie à laquelle il adhérait dur comme fer.

« En plus de cela, poursuivit-il, elle lui a même servi une coupe de champagne. Pourquoi diable aurait-elle agi ainsi s'il s'agissait d'Hugo Malanda ? L'homme qui lui a cassé l'avant-bras pendant qu'ils sortaient ensemble. Le mec qui la harcelait depuis leur séparation ? Ça, c'est illogique. »

Si certains éléments remettaient en question la culpabilité d'Hugo, d'autres, par contre, étaient assez ambigus. Le fait qu'Hugo ait utilisé un couteau de cuisine, une arme blanche, tandis qu'il possède un magnum.

« Pourquoi se donner tant de mal, pendant qu'on peut faire plus simple ? Peut-être voulait-il qu'elle souffre ? Ou était-ce une simple question de balistique, qui sait ? Si c'est bien Hugo le coupable, pourquoi aurait-il gardé l'arme du crime dans sa voiture ? Il avait tout le temps de s'en débarrasser. Quel est cet idiot qui agirait ainsi ? Ça non plus, ce n'est pas logique. »

Comme précédemment, sa réflexion se heurta à une multitude de questions sans réponses qui empêchait son esprit - pourtant si brillant - de voir le revers de la pièce.

En vrai, tout ce qu'il avait, c'était une théorie qui lui paraissait logique, mais sans preuve, à quoi pouvait-elle servir ?

Grosso modo, Zaïre Zola pensait que l'assassin d'Alicia, le vrai, aurait essayé de maquiller son meurtre en un cambriolage qui aurait mal tourné.

En saccageant le domicile de la victime, en emportant ses bijoux, il espérait ainsi tromper les enquêteurs. Un coup qui faillit réussir.

Mais la présence de plusieurs objets de valeur laissés sur place contrastait avec le reste. Que dire du nouveau petit ami d'Alicia ?

Cela faisait maintenant deux mois depuis le meurtre d'Alicia, mais celui-ci n'avait jamais fait signe de vie. Ce qui rendait Zaïre particulièrement soupçonneux à son égard.

« Pour quelle raison se cache-t-il ? », s'interrogeait-il.

Toutes ces interrogations poussèrent le lieutenant à tenter un dernier coup, à poursuivre l'enquête.

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