Chapitre 12

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Le lendemain, il se leva de bonne heure, enfila le dernier grain d'espoir qui lui restait et se dirigea vers le lieu de travail d'Alicia – là où même Sandra et Hugo témoignèrent avoir aperçu cette fameuse voiture noire.
Il espérait qu'une caméra de surveillance bien placée l'aurait filmée.

Une fois sur place, il commença avant tout par rechercher des caméras dans l'immeuble où Alicia travaillait. Pas de chance, celui-ci n'en possédait guère à l'extérieur.

Il parcourut ensuite quelques mètres, en recherchant quelques-unes dans l'immeuble d'à côté, puis celui en diagonale, et là, il en trouva finalement une.

Elle était plutôt bien dissimulée sur la clôture, passant quasi inaperçue, mais son œil de lynx lui permit de la remarquer. Ça, c'était facile.

Maintenant qu'il en avait trouvé une, il ne lui restait plus qu'à avoir accès aux vidéos filmées par celle-ci – sans mandat, au vu de l'urgence. Ça, c'était le plus dur.

Comme il s'y attendait, le vigile responsable des vidéosurveillances était un peu réticent à l'idée de lui donner cet accès. Fort heureusement, il savait comment s'y prendre avec ce genre de personnes.

Sans trop forcer, il réussit à le convaincre à coups d’un joli speech et de quelques billets verts, bien sûr.

« Enfin, on y est ! Une Rolls-Royce noire dans cette partie de la ville ne doit pas être si difficile que ça à trouver ! », se rassura-t-il.

Sans perdre une seule seconde de plus, Zola lui communiqua la date à laquelle Sandra, la meilleure amie d’Alicia, disait avoir vu cette fameuse voiture noire.

Finalement, au bout de quelques minutes de visionnage, elle était enfin là, aussi belle qu’il l’imaginait.

Quel chef-d’œuvre, c’était ! Même sur une vidéo de surveillance de qualité moyenne, elle paraissait toujours aussi belle.

Ceci dit, ce qui l’intéressait le plus, ce n'était pas la voiture en soi, ni le visage du chauffeur, qui, sur la vidéo, était indescriptible.

Non, ce qu'il cherchait, c'était la plaque d'immatriculation. Et c’est pourquoi, dès l’instant où la Rolls-Royce apparut sur l’écran, il exigea du vigile, visiblement habile en informatique, de zoomer et de clarifier l'image.

Après quelques petites modifications, elle était enfin plus nette. Sur la plaque, on pouvait bien distinguer le numéro d'immatriculation : 0224 AB 10 qu'il se pressa de noter dans son petit carnet, avant de contacter son contact au sein de la DGI qui gère les plaques de la ville :

— Salut princesse, ça fait un bail, dis donc ! dit-il d'une voix flatteuse.
— Qu'est-ce que tu veux, Zaïre ? lâcha-t-elle froidement.
— Mais rien du tout, princesse ! Je voulais juste entendre ta belle voix.

Celle-ci le connaissait suffisamment pour deviner l'objet de son appel.

— Zaïre ! Zaïre ! Zaïre ! Je te connais depuis assez longtemps pour savoir que tu ne m'appelles que lorsque tu as besoin d'aide. Alors, dis-moi, que veux-tu ?
— Mais pas du tout, princesse, je t’assure que je voulais juste t’entendre. Mais... puisque tu insistes, disons que j'ai… j'ai un numéro d'immatriculation d’une bagnole et…
— Tu aimerais que je vérifie à qui elle appartient, je me trompe ?
— Non, princesse ! Je viens de te l'envoyer.
— Tu sais, Zaïre, contrairement à ce que tu crois, j'ai beaucoup de travail à faire, l’informa-t-elle en tapant rapidement le numéro sur son ordinateur.

Avec une voix toujours aussi flatteuse, il répliqua :

— Je te revaudrai ça, ma belle ! Que dirais-tu des roses ? Je sais que tu les aimes.
— Des roses, hein ! C'est exactement ce que tu m'avais promis la dernière fois que je t'ai rendu un service. Et tu sais quoi, mon beau, je les attends toujours.
— Ça, c’est parce que j’avais prévu de te les livrer personnellement ! Hélas, je n’ai jamais eu le temps de le faire.
— C’est ça ! murmura-t-elle. Alors, voyons voir : 0-2-2. Eh bien, d'après ce que je vois, la plaque est enregistrée au nom d'Allan Simba.
— Qui ça ?!
— Allan Simba ! Le moins qu’on puisse dire est qu’il est assez beau gosse, celui-là !
— Plus que moi, princesse ? dit-il d’un ton sarcastique, en écrivant rapidement son nom dans son carnet.
— Sans l'ombre d'un doute. Il est à croquer. Je viens de t'envoyer sa photo.
— Merci princesse.
— Et… j'attends mes roses ! hurla-t-elle.
— T’inquiète pas ma belle, je gère !

Alors qu'il sortait de l'immeuble, il téléchargea la photo de ce fameux Allan Simba :

« C'est vrai qu'il est beau gosse ! » marmonna-t-il.

En effet, en plus d'être riche et charmant, Allan était également l'une des personnes les plus puissantes de la ville. Descendant d'une longue lignée de puissants entrepreneurs, il était né avec une cuillère en or dans la bouche, et sa célébrité n'avait pas de frontière.

Rien de plus normal que son visage parût si familier à Zola, qui ruminait depuis sur le lieu où il avait bien pu voir ce visage :

« Tiens tiens, ce visage me dit quelque chose ! Je crois l'avoir déjà vu quelque part. Mais c’est étrange, je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Serait-ce dans un gala de charité ? Mais qu'est-ce que tu racontes, Zaïre, tu n'y vas jamais. Euh, dans un restaurant ? Non plus, je doute fort qu'il soit du genre à fréquenter des fastfoods. Enfin bref, ma mémoire me joue encore des tours. Mais heureusement que Google existe, tiens ! »

Le lieutenant Zola prit son téléphone portable et fit quelques recherches sur Internet :

« Voyons voir : Amman Dimva… Non, plutôt Akkab Domba..., tapotait-il. Eh merde, je crois qu'il me faut des lunettes. »

Après plusieurs tentatives, il réussit enfin à l'écrire correctement.
Et très vite apparut un tas de résultats qui parlaient d'un certain Allan Simba.

Tant de mots pour décrire un seul homme. Tant de choses qu'il peinait à lire. Mais au bout de beaucoup d'efforts d’accommodation, il parvint malgré tout à lire l'essentiel :

« Allan Harvey Simba… Fils d'Edgar Simba, né le… à Matadi. Directeur financier de Simba Oil... »

Le génie venait de sortir de la lampe, et il en jubilait.

« Eurêka, je te tiens ! gueula-t-il. On va enfin pouvoir savoir pourquoi tu te caches. »

Maintenant qu'il connaissait son identité, il ne lui restait plus qu'à le faire sortir de son trou, mais ça, c'était une autre histoire. Heureux qu'il était, il contacta rapidement son coéquipier afin de l'en informer :

— Salut John.


Et sans y aller par quatre chemins, il lui annonça la bonne nouvelle :


— Allan Simba.
— Qui ça ?
— Allan Simba, bon sang ! Tu sais, le millionnaire beau gosse appartenant à la famille Simba.
— Je sais qui est Allan Simba, mais ce que j’ignore, c'est la raison pour laquelle tu me parles de lui.
— Eh bien, je t'informe que c'est lui le fameux petit ami d'Alicia. Ne me demande pas comment je l'ai su. C'est une très longue histoire.
— Sans blague ?
— Ouais, sans blague !

Et John se souvint d'un léger détail.

— Eh merde, la famille Simba, tu dis ! Ces gens-là sont du genre à exiger la présence de leur avocat dès qu'un flic leur dit bonjour, se lamenta Lokwa.
— Ça, je le sais, réagit-il en faisant les cent pas.
— Alors, comment espères-tu l'approcher ?
— Oh, ça, je le sais déjà ! affirma-t-il d'un ton sarcastique.
— Je reconnais cette voix ! C'est celle que tu as lorsque tu as un plan diabolique derrière la tête, je me trompe ?
— Pas vraiment.
— Dans ce cas, dis-moi comment comptes-tu t'y prendre.
— Rien de plus simple, c'est lui qui viendra à nous.

Un peu perplexe, Lokwa se gratta la tête :

— Là, je suis largué, mon ami.
— Ne t’inquiète pas, tu le sauras bien assez tôt.

Et il raccrocha sans crier gare. Pour l'approcher, Zaïre avait un plan assez... inhabituel. Il consistait à envoyer son nom au procureur général.

Ce dernier avait une dent contre la famille Simba qu'il jugeait par ailleurs impliquée dans différentes affaires pas nettes.

Il avait déjà tenté par le passé plusieurs actions en justice contre elle. Mais toutes s'étaient soldées par un échec truant.

Malgré les multiples désillusions, sa motivation était restée intacte, sa détermination, sans faille.


Il désirait tant en arrêter au moins un qu'il se fit un malin plaisir de le citer à comparaître. La simple perspective d’embêter un Simba le réjouissait au plus haut point.

Mais Zaïre ne s'arrêta pas là. Il laissa également son nom fuiter à la presse, histoire d'augmenter davantage la pression.

Dans les heures qui suivirent, on ne voyait plus que sa belle gueule sur toutes les chaînes de télévision, sur tous les réseaux sociaux.

— Rebondissement dans l'affaire Alicia Muya : Le irecteur financier de Simba Oil, Allan Simba, serait le petit ami d'Alicia Muya, lisait-on à la une de Quid Magazine.
— Le Mystère du silence : le petit ami d'Alicia, Allan Simba, reste muet après le meurtre. Que cache-t-il ? pouvait-on lire à la une du journal Bosolo News.
— Le Troublant Silence : le petit ami d'Alicia serait impliqué dans le meurtre, mais aucune déclaration, serait-ce un écho de culpabilité ou de peur ? À la une du journal Ba Sango na Biso.

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