Chapitre 16

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Dans la salle du procès de l'année, la pression était au bord du supplice. Tout le monde était aux aguets en attendant le début du procès.

Les substituts du procureur ajustaient les derniers détails de leur plaidoirie. Sereins, ils se voyaient déjà boucler la boucle en deux-trois mouvements.

Un peu plus à droite, les avocats de la défense étaient plus pessimistes, si hésitants qu'Hugo perdit tout espoir en les regardant.

Plus en retrait, les mains des journalistes tenant bloc-notes et stylos tremblotaient d'impatience d'écrire les grandes lignes du procès.

Et c'est dans cette atmosphère si particulière que Zola fit son entrée dans la pièce. Comme à son habitude, il se dirigea vers le centre, là où il pouvait observer de loin tout le déroulement du procès.

Le bruit crispant de ses chaussures attirait l'attention sur lui. Chaque pas résonnait tel un tonnerre. Chaque pas était une invitation attractive. À peine installé, il commença à scruter toute la salle.

À dix heures de sa position, il aperçut M. Muya, aussi énervé que la dernière fois qu'il l'avait vu. Ses sourcils étaient froncés.

Ses mains, elles, étaient moites et dansaient au rythme des tremblements de ses jambes.

Juste à côté, Mme Muya dont le temps n'avait visiblement pas apaisé le chagrin. Mouchoir à la main gauche, elle savait déjà qu'elle ne saurait retenir ses larmes.

Sa main droite serrant fermement celle de son cher époux, elle craignait tellement qu'il craque et se jette sur Hugo.

À deux heures, il vit un Hugo désespéré, cherchant le moindre réconfort auprès de ses avocats. Mais au vu de leurs faciès, ils l'étaient tout autant.

Le reste de la salle était assez bruyant. Le siège vide du juge laissait place aux spéculations chuchotées.

D'où il était assis, il pouvait entendre d'aucuns affirmer, sans l'ombre d'une hésitation, la culpabilité d’Hugo :


« Mais regardez-le, il a la tête d'un tueur », déclarait son voisin d'à côté.
« La pauvre ! De tous les garçons qui existent sur terre, il a fallu qu'elle tombe sur celui-là », commenta cette vieille dame assise juste derrière lui.
« Sans doute des gens qui pensent tout savoir sur l'affaire parce qu'ils ont lu deux ou trois lignes dans les journaux », cogita-t-il.


Eh oui, cette affaire tragique touchait plus d'un ! Et vu comment la presse avait véhiculé le moindre élément retenu contre l'accusé, tout le monde avait déjà sa petite opinion.

À vrai dire, tout le monde le croyait déjà coupable. Tout le monde sauf lui, bien sûr. Mais dès que l'huissier prit la parole, dès lors qu'il annonça l'entrée solennelle du juge, toute la salle se tut, tout le monde se leva et tous les préjugés s'envolèrent. Les choses sérieuses pouvaient enfin commencer.


Aussitôt apparut le juge Tshamala, un quinquagénaire d'une envergure imposante qui prit immédiatement la parole.


Et après une longue et ennuyeuse série de discours protocolaires, vint le moment pour les deux parties de faire appel à leurs témoins respectifs.

L'accusation appela Sandra à la barre. Sans surprise, elle étala tous les méfaits d'Hugo envers Alicia. Il s'ensuivit du sergent Josh, celui même qui trouva l'arme du crime dans la voiture de l'accusé.


Ensuite vint le tour d'Allan Simba, la seule piste sérieuse à laquelle la défense s'accrochait.

La seule piste qu'elle pouvait livrer à la cour comme potentiel assassin. Hélas pour elle, tous ses assauts furent réduits en cendres par son témoignage et son alibi en béton.

Il sortit volontiers un discours similaire à celui qu’il venait de faire quelques minutes plus tôt devant la presse. À une différence près, il était cette fois-ci sous serment.

Face à l'hécatombe de preuves qui s'accumulaient contre leur client, il était clair que la défense ne pouvait plus grand-chose.

Tandis qu'elle pensait avoir touché le fond, se berçant de l'illusion selon laquelle le pire était déjà arrivé, l'accusation appela le lieutenant Zaïre Azer Zola à la barre.


Étant également chargé de l'enquête, son témoignage était plus que crucial.

Mais au-delà de cela, son expertise, sa renommée faisaient de son témoignage un moment très attendu de tous, et surtout, un cauchemar pour la défense.

Elle le savait, le récit de celui-ci servait si souvent de coup de grâce dans les procès du même genre.

Marchant d'une fière allure, tous les regards se tournèrent une fois de plus vers lui, chuchotant certaines indiscrétions :
— Ça y est, il est cuit. Ce procès est terminé, murmura une journaliste.


La main droite sur la Bible, il prêta serment de dire la vérité et rien que la vérité. En voilà un mot qui n'avait cessé de le hanter depuis la matinée.

Ainsi commença l'interrogatoire :

— Lieutenant Zola, pouvez-vous décrire votre rôle dans cette affaire ? sonda la substitute du procureur.
— Mais bien sûr. Mon rôle dans cette enquête était similaire à celui du lieutenant Lokwa. Il consistait à diriger et coordonner l'équipe chargée de recueillir les preuves et d'analyser les éléments pertinents liés à l'affaire. J'ai supervisé la collecte d'informations, les interrogatoires et la gestion des preuves matérielles qui nous ont conduit jusqu'ici.
— Lieutenant Zola, avez-vous interrogé des témoins ou des suspects dans le cadre de cette enquête ?
— Exact !
— Qui donc ?
— Il y a par exemple monsieur et madame Muya, Sandra, la meilleure amie d'Alicia, et j'en passe.


Et la substitute du procureur répartit à la charge :


— Pouvez-vous nous dire ce qu'ont déclaré ceux que vous avez interrogés ?
— Aucun problème. Tous sans exception ont affirmé que monsieur Hugo, ici présent, est le meurtrier d'Alicia.
— Objection votre honneur ! Ouï-dire !
— Retenue, dit le juge... — Je reformule ! Lieutenant, y a-t-il des éléments spécifiques qui indiquent clairement la culpabilité de l'accusé ?

D'un coup, la salle devint silencieuse, si silencieuse que l'on pouvait entendre la greffière taper les derniers mots prononcés par la substitute du procureur. Ce moment-là, tout le monde l'attendait.

Avant d'y répondre, Zaïre Zola prit le temps de sculpter à nouveau la pièce, prolongeant ainsi le suspense.

À ce moment-là, il vit le visage triste de Mme Muya, les larmes incessantes de Sandra, le demi-sourire de la substitute... les visages serrés de ses confrères. Ils avaient tous hâte d'en finir avec ce procès protocolaire.

Alors, avec une voix sereine et autoritaire, il déclara :
— Non !

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