Chapitre 10

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Une enquête policière, c'est tout sauf une partie de plaisir. Elle ne nécessite aucun parti pris. Elle ne laisse aucune place aux sentiments. Seules les preuves comptent. Et là, elles étaient sans appel.


Et pourtant, malgré les apparences, la pilule avait encore du mal à passer pour Zaïre. Cette affaire lui paraissait facile, un peu trop d'ailleurs, comme si tout l'univers s'était arrangé contre Hugo.

Elle lui semblait illogique, si complexe que plusieurs zones d'ombres persistaient encore.


Enchaîné, Hugo Malanda quitta la pièce en compagnie de John, laissant derrière lui le doux parfum du désespoir.


Zaïre Zola resta seul dans la pièce. Perplexe, il l'était, en se repassant les différents éléments de l'enquête.


Une chose était sûre : il était toujours aussi sceptique.


Et John Lokwa revint, esquissa le même sourire satisfait, exprimant la même satisfaction.


— Tu as étrangement l'air content, John.
— C'est parce que je le suis.
— Et pourtant, nous venons peut-être d'envoyer un innocent en prison.
— Dis-moi que tu plaisantes ! Toutes les preuves indiquent pourtant que c'est lui l'assassin. Il maltraitait et harcelait la victime. Il n'a pas d'alibi, il a pris la fuite la première fois qu'on a essayé de l'arrêter. Nous avons retrouvé l'arme du crime dans sa bagnole avec ses empreintes dessus. Que faut-il de plus pour que tu sois convaincu ?
— C'est justement ça le problème, John. C'était facile, beaucoup trop facile. Dis-moi, c'est quand la dernière fois qu'on a arrêté un suspect aussi facilement, hein ?


L’air pensif, il affirma sans hésitation aucune :


— Ça remonte à plus d'un an. Comment s'appelait ce débile déjà ? Michel W., rigola-t-il.
— Ouais, c'est ça ! Michel W. Ce petit con avait utilisé sa propre voiture pour renverser sa femme dans une rue truffée de caméras de surveillance. Tout ça, dans le but de toucher l'assurance vie qu'elle avait. Mais qu'est-ce qu'il était con, ce mec, conclut-il en se tapotant le front. Mais, vois-tu, Hugo Malanda n'a rien d'un débile et c'est un ex-flic.
— Oui, et alors ?
— Il connaît la musique, il sait comment sont menées les enquêtes. Pourquoi aurait-il gardé l'arme du crime dans sa voiture alors qu'il avait largement le temps de s'en débarrasser ?


Par ces interrogations mûrement réfléchies qui n’avaient même pas effleuré son esprit, Lokwa vit sa conviction ébranlée. Il n'était plus si sûr de la culpabilité d’Hugo Malanda. Mais sa fierté, mal placée, était trop grande pour l'admettre :


— En effet, vu sous cet angle, j'avoue que c'est très étrange… Et puis merde, cela ne change rien aux faits ! Et les faits prouvent que c'est lui le meurtrier, point barre ! De toutes façons, l'enquête est bouclée et c'est maintenant à la justice de prendre le relais. S'il est innocent, comme tu le dis, je ne doute pas qu'il sera libéré. Mais, dans le cas contraire, ça sera la prison. Le vin est déjà tiré, Zaïre, il faut le boire. À ta santé, mon vieux.
— Je ne sais pas pourquoi, mais il… il m'a paru sincère.
— Alors, on va dire que c'est un excellent menteur. Tu t'en bales un peu trop à mon avis. C'est juste un cas classique du meurtrier qui se victimise, comme on en voit tous les jours.


En silence, Zola se leva, prit ses clefs et se dirigea vers la sortie. Lokwa le connaissait tellement qu'il avait une idée de ce qu'il comptait faire :


— Je peux savoir où tu comptes aller ?
— Bah… !
— Laisse-moi deviner, tu t'en vas remuer ciel et terre pour trouver une preuve qui innocenterait Hugo, n'est-ce pas ?
— En effet, John, répondit-il l’air peu enthousiaste. Vu qu'il nous a donné son alibi, la moindre des choses serait d'aller vérifier, tu ne crois pas ?


Lokwa resta planté là, méditant ce qu'il devait faire. Il avait donc le choix entre demeurer dans sa position ou l'aider à innocenter Hugo Malanda.

Bien qu'il croyait toujours en la culpabilité de ce dernier, il avait une confiance quasi aveugle en l'instinct légendaire de Zola.

Rien que pour cela, il lui proposa son aide :


« Peut-être qu’on trouvera quelque chose, qui sait ? »


Et son côté pessimiste prit rapidement le dessus :


« De toute façon, plus vite on ne trouvera rien, plus vite on tournera cette page », songea-t-il.


Et Zola et Lokwa se séparèrent. Zaïre Zola s'en alla dans ce fameux hôtel sur la 18ᵉ Rue, à la recherche de la moindre personne qui confirmerait l'alibi de celui-ci. Mais personne ne l'avait vu. Personne se souvenait de lui, sauf le réceptionniste.

Sans l'ombre d'une hésitation, il confirmait lui avoir loué une chambre aux alentours de dix-neuf heures en compagnie d'une jeune femme. La trentaine, portant des lunettes de soleil et un chapeau bob, comme si elle voulait éviter d'être vue. C'était ça, la bonne nouvelle.


Mais celui-ci ne pouvait aucunement confirmer qu’Hugo avait passé toute la soirée dans sa chambre. La raison étant simple : sa manie de regarder son feuilleton préféré à la télé pendant ses heures de travail tout en somnolant par moments. C'était la mauvaise nouvelle.


Son témoignage et la proximité de l’hôtel avec la résidence d'Alicia n'aidant en rien Hugo, Zaïre Zola en ressortit énervé, désespéré. Il appela pressamment son coéquipier, parti enquêter dans ce fameux bar cité par Hugo lors de son interrogatoire.

Il espérait ainsi que lui, au moins, aurait trouvé quelque chose :


— Dis-moi que tu as trouvé quelque chose, mon vieux !
— Affirmatif.


Zola était tellement content qu'il sursauta et voulut illico en savoir plus :


— Qu'est-ce… qu'as-tu découvert exactement ?
— Qu’Hugo ne nous a pas complètement menti en fin de compte, puisque le barman confirme l'avoir vu. Il l'aurait ensuite vu partir aux alentours de dix-huit heures avec, je cite : « une bombe brune vêtue d'une jupette en cuir. Voilà qui confirme ses dires. Mais…
— Cela ne nous avance en rien. La question, c'est celle de savoir s'il a passé toute la nuit à l'hôtel comme il le prétend. Et la seule personne qui puisse y répondre, c'est cette fille. C'est la seule qui peut nous confirmer s'ils ont passé toute la soirée ensemble. Elle est son alibi.
— Tiens, en parlant d'alibi, qu'as-tu trouvé de ton côté ?


Déçu, Zola se contenta de gratter la barbe :
— Rien.
— Comment, ça rien ! Le barman dit qu'il est reparti avec une bombe. Tu m'entends, Zaïre ? Une bombe ! Si cette fille est si jolie que ça, alors, quelqu'un l'a forcément remarquée à un moment donné.
— Euh… !
— Et que veut dire ce « euh » ?
— Eh bien, disons que cet immeuble est… comment dire… peu recommandable.
— Je… je ne suis pas sûr de comprendre, là.
— Tu sais bien, John. Le genre d'immeuble fréquenté par des hommes qui, dans le but d'assouvir certains besoins, ramènent des prostituées dans leurs chambres, avec la bénédiction du propriétaire, bien sûr. Vois-tu, John, des jolies filles, ce n'est pas ce qui manque ici.
— Alors, petit génie, on fait quoi maintenant ? On n’a rien, mon vieux.
— Je vais demander à Roland de passer voir Hugo et le réceptionniste pour le portrait-robot.
— Et ensuite ?


Zola resta là sans savoir quoi dire, même lui était un peu dépassé.


— Tu es là, Az ? s'acharna Lokwa.
— Rentre chez toi, John, on arrête là.

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