Chapitre 14

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Dans l'esprit du lieutenant Lokwa subsistait encore un fragment de doute. Rien de plus normal, au vu de sa nature pessimiste.

Une incertitude qu'il n'essayait même pas de cacher, jetant des coups d'œil nerveux à Zaïre qui, curieusement, semblait sûr de son coup.


Un embarras qui fut de courte durée, puisque soudain, une Rolls-Royce Phantom noire, encore plus belle en vrai, venait de faire son entrée dans la cour.

Tout le monde s'extasiait encore dessus, quand de cette merveille descendit un jeune homme d'une vingtaine d'années.

Il était beau comme un prince, vêtu d'une veste sur mesure aussi noire que sa Rolls-Royce. Ses lunettes de soleil cachaient ses beaux yeux. En voilà un visage familier que les journalistes reconnurent aussitôt.

Ils l'encerclèrent rapidement telle une meute autour d'une proie. De loin, Zola et Lokwa observaient ce spectacle :

— Monsieur Simba, avez-vous quelque chose à voir dans l'assassinat d'Alicia Muya ? Pourquoi n'avez-vous pas coopéré avec la police ?

Telles étaient les questions qu'ils pouvaient entendre de loin.
Avant tout, Allan enleva délicatement ses lunettes à quatre cents dollars, dévoilant ainsi ses beaux yeux trempés de larmes.

Puis, racla tendrement sa gorge avant de prendre enfin la parole :


— Allons, messieurs ! Calmez-vous, je vous prie ! Je sais que vous avez beaucoup de questions. J'essayerai d'y répondre du mieux que je le pourrai.


Le mot d'ordre avait été entendu. Le silence s'installa, les caméras et les micros étaient aux aguets, prêts à capter le moindre pixel, le moindre son.


— Avant tout, sachez que depuis hier, moi ainsi que toute ma famille avons... été... choqués, et j'insiste sur le mot, choqués, de constater l'absurdité des propos non fondés de la presse, selon... selon lesquels j'aurais quelque chose à avoir avec le meurtre... avec le meurtre d'Alicia. Sachez que cela n'est que pure machination. Jamais, au grand jamais, j'aurais pu lui faire une chose pareille. Ceux qui ont eu la chance de la connaître savent que c'était une personne... incroyable. Dieu sait combien... combien je l'aimais.


Il avait à peine fini qu'une journaliste prit la main.


— Monsieur Simba, si vous l'aimiez autant que vous le prétendez, pourquoi n'avez-vous pas fait signe de vie depuis tout ce temps ?


Sa question était plus pertinente, plus embrassante. Elle ne cherchait pas à porter des gants. Elle voulait simplement la vérité, la vraie, pour sa consœur, partie trop tôt.


Allan se tut un moment, repensa à cette question que lui et ses avocats avaient anticipée. Malgré tout, ses beaux yeux eurent une réaction surprenante à laquelle il ne s'était préparé.

Ils rougirent soudain, commencèrent à picoter et laissèrent même échapper un liquide alcalin qui parlait désormais sur ses joues.


« Chez les Simba, montrer ses sentiments en public était prohibé. »


C'est ce que les parents apprenaient aux enfants dès la petite enfance. Toujours garder les apparences. Faire taire ses émotions.

Ceux qui transgressaient cette règle étaient considérés comme des lâches, comme des moins que rien. Crier en public, c'était une mauvaise idée.

S'énerver, l'était encore plus. Pleurer, c'était la pire des réactions.


Mais le mal venait d'être fait. Allan avait craqué. Ses larmes l'avaient trahi, laissant tout le monde stupéfait.


« Je rêve ou il est en train de chialer ! » cogita la journaliste.


Très vite, il baissa la tête, sortit son mouchoir de poche et essuya les larmes de ses yeux aveuglés par les interminables flashes des appareils photo.


Telle l'éponge nettoie la vitre, ce geste anodin emporta tout le chagrin qui l'étouffait. Il se sentit immédiatement apte à poursuivre :


— Écoutez, c'est... c'est assez simple. Si j'ai décidé de faire profil bas, c'est parce qu'Alicia ne voulait pas me présenter à ses proches ; en tout cas, elle ne se sentait pas encore prête. Vous savez, elle sortait d'une relation compliquée quand on s'est rencontrés. Elle avait complètement perdu toute confiance aux hommes. Alors, quand elle m'a avoué qu'elle ne se sentait pas prête, disons que j'ai… j’ai tout de suite accepté la situation.
— Monsieur Simba, insista-t-elle, je tiens de sources sûres que vous étiez absent à ses obsèques. Pourquoi avez-vous refusé d'honorer sa mémoire ? Comment expliquez-vous une telle distance ?
— Voyez-vous, si je ne me suis pas présenté devant ses proches, si j'étais absent à son enterrement, c'est parce que je voulais à tout prix respecter sa volonté jusqu'au bout. Je sais que cela peut paraître difficile à accepter, mais c'est comme ça. Aimer, c'est aussi respecter la volonté de l'autre, même si cela nous brise le cœur. Mais hélas, grâce à vous, je n'ai pas pu tenir mon engagement. Merci à vous les gars.

À peine finit, un autre journaliste enquêta :


— Pourquoi n'avez-vous pas collaboré avec la police ?


Une autre question anticipée à laquelle, cette fois-ci, il répondit aisément.


— Eh bien, pour ce qui est de la police, sachez que je ne voyais guère en quoi mon apport aurait été utile pour arrêter le meurtrier. Très vite, son assassin a été arrêté et traduit en justice. J'avoue avoir fait preuve de peu de discernement sur ce point-là et je m'en excuse. Mais depuis hier, une nouvelle chance s'est offerte à moi lorsque j'ai été cité à comparaître. Celle de s'assurer que justice soit faite. Je jure donc en toute conscience et selon le respect strict de la loi de faire ce qui est juste en témoignant devant la barre. Merci à vous, ça sera tout !
— Mais monsieur Simba...

Allan s'en alla sans prêter attention aux questions supplémentaires qu'ils comptaient lui poser.

Il se dirigea immédiatement vers la porte d'entrée du tribunal, heureux d'avoir traversé cette épreuve. Optimiste sur la suite des événements.

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