Un matin de douceur… avant la tempête

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Filtrant à travers les persiennes, un rayon de soleil matinal, vient chatouiller les paupières de Faith. Elle entrouvre les yeux. Non, elle n'a pas rêvé… Elle se lève, en sous-vêtements, s'étire avec une paresse féline. Elle va ouvrir les volets pour laisser entrer la lumière du jour. La vue est splendide. Un parc immense s'étend devant elle, arbres centenaires et végétation luxuriante dans un apparent fouilli de jardin Anglais. Au fond de la propriété, on distingue un étang, qui scintille sous le soleil. L'air est doux, des parfums de fleurs viennent caresser ses narines.

Elle se surprend à fredonner une mélodie, elle tente de retrouver le rythme et les sonorités de ces mots qu'elle ne comprend pas, ceux de l'une de ces chansons Françaises qu’Arwen lui a fait écouter.

La douche, avec ses jets d'eau massants, lui donne l’impression d’être dans un magazine people, marbres chatoyants, robinets étincelants, serviettes moelleuses... Tout cela la ravie mais l'inquiète un peu. Qu'est-ce qu'Arwen peut bien lui trouver ? Avec son passé tumultueux, sa langue acérée, sa violence pas toujours contenue...

Elle n'a aucun vêtement de rechange. Elle hésite un instant, puis s'enveloppe dans un peignoir merveilleusement doux accroché près de la porte. Elle sourit en regardant le vernis noir de ses ongles de pieds. Elle trouve ça cool, rebelle, mais... et si Arwen trouvait ça vulgaire ? Elle se décide tout de même à descendre au salon. Elle rêve d'un grand café fumant, et puis... elle a terriblement envie de la revoir, même si elle craint de percevoir de la déception dans le regard pénétrant de l'Elfe.

Elle sort sur la terrasse. Une image saisissante de beauté la frappe de plein fouet. Arwen, sur un magnifique cheval gris, arrive au petit trot du fond du parc. La lumière du matin fait étinceler ses cheveux sombres qui flottent au rythme de sa monture.

Elle arrête l’animal et saute à terre en souplesse, puis passe les rênes à un palefrenier apparu comme par magie. Elle est éblouissante, sa chemise blanche en coton épais, largement ouverte laisse apparaitre le haut de son soutien-gorge en dentelle... pantalon de cheval ajusté, bottes d'écuyère étincelantes... Faith subjuguée en oublie ses inquiétudes.

- Alors, ma belle, as-tu fait de doux rêves ? Arwen dépose un léger baiser sur ses lèvres, elle en frissonne de bonheur.

- Comme si tu ne savais pas de qui j'ai rêvé, laisse échapper Faith dans un souffle.

Le cheval gris, bouchonné et abreuvé, se promène librement devant la terrasse avec sa grâce aristocratique. Faith le regarde, fascinée par la prestance de la bête. Arwen lance quelques mots doux en Elfique l’animal lève aussitôt la tête, la regarde, remue les oreilles et émet une sorte de léger hennissement amical, comme une réponse.

- Que dirais-tu d'un petit-déjeuner sur la terrasse ? La matinée est si belle.

Avant même que Faith n'ait pu répondre, un maître d'hôtel en veste blanche impeccable surgit et lui demande ce qu’elle souhaite. Il l’appelle « madame » ce qui la surprend. Elle réalise qu'elle a une faim d'ogresse. La tension de la veille, la nuit paisible, l'air frais du matin... tout a contribué à lui ouvrir l'appétit. L'eau lui monte à la bouche.

- Oh ! Euh... Un grand café noir, bien fort. Et... des toasts, beaucoup de toasts. Du bacon, si vous avez. Et des saucisses. Peut-être une omelette ? Ou...

- Des œufs, Madame ? Brouillés, à la coque, sur le plat ? » suggère le maître d’hôtel.

Faith ne peut résister.

- Brouillés ! Avec du fromage, ouai ! Et du bacon bien croustillant !

Arwen la regarde avec un sourire tendre, la joie enfantine et l'appétit vorace de la jeune femme l’attendrissent.

- Pour moi, ce sera un thé Darjeeling, s'il vous plaît, Alfred, un grand verre de jus de cranberry frais, et un croissant. Arwen se tourne vers Faith avec un clin d’œil malicieux tandis que le majordome s’éloigne. Un croissant avec du beurre d'Échiré, c’est incomparable.

Faith la regarde interloquée. Arwen poursuit.

- Échiré, c'est un village en France, dans une très belle région pleine de légendes qui s'appelle le Poitou. J'y possède une ancienne ferme que j'ai restaurée. Nous irons ensemble un jour, après tout ça… c’est un endroit merveilleux pour se ressourcer.

Faith se contente de hocher la tête, incapable de parler, un sourire béat aux lèvres.

- Se promener à cheval dans la campagne, c’est merveilleux... dis-moi ma belle sais-tu monter à cheval ? Demande Arwen.

Faith secoue la tête un peu gênée.

- Euh, non, jamais eu l'occasion... Plutôt les motos volées… enfin dans mon ancienne vie, se reprend-elle, gênée.

Le sourire d’Arwen s'élargit.

- Je t'apprendrai. Il n'y a rien de tel qu'une promenade à cheval au petit matin pour commencer la journée. On se sent profondément en communion avec la nature, avec la vie elle-même. C'est un bonheur tout simple.

Le petit-déjeuner arrive, sur un plateau d'argent. Porcelaine fine et argenterie étincelante, débordent de viennoiseries dorées, de fruits frais coupés, les œufs brouillés se trouvent sous une cloche... Faith se jette sur son assiette avec un appétit féroce.

- Désolée... Je ne mange pas toujours comme ça, hein. C'est juste que... tout est tellement bon.

Le rire frais et cristallin d'Arwen rententit.

- Ne t'excuse pas, profite. Je te trouve absolument ravissante… mignons tes jolis orteils vernis de noir, c'est très... toi.

Faith rit à son tour. Elle dévore encore un croissant, soigneusement tartiné de beurre, et se lève à regret.

- Bon... C'était incroyable. Vraiment. Mais... je vais devoir retourner au motel. Faut que je récupère quelques affaires... tu veux bien que je reste encore un jour ou deux ?

Arwen la regarde, une lueur espiègle dans les yeux.

- Quelques affaires ? Ne serait-il pas mieux de prendre toutes tes affaires ? Et de rendre la clé de cette chambre ?

- Tu... tu veux dire... que je pourrais... rester ici ? Pour de bon ? Avec toi ?

- Seulement si tu t'y sens bien, bien sûr… jusqu'à ce que ma compagnie te lasse…

Faith ne sait que répondre. Elle se jette dans les bras d'Arwen et l'embrasse fougueusement. Arwen lui rend son baiser avec une tendresse passionnée, mais se retire doucement après un instant, les mains sur les épaules de Faith.

- Patience, ma belle... Patience. Il faut laisser l'imagination faire monter le désir. L'attente est un délice.

- Tu me rends complètement folle, tu sais ça ?

- Je l'espère bien. C'est un peu le but… allons donc visiter le reste de la maison.

Arwen l’entraine d'abord dans la pièce immense qui lui sert de bureau. Elle est baignée de lumière, avec de hautes fenêtres qui donnent sur une autre partie du parc. Il y a peu de meubles, mais chacun est une œuvre d’art : une bibliothèque immense en chêne clair court sur tout un mur, remplie de livres, des plus anciens aux dernières nouveautés, avec une prédilection pour l’art et l’histoire. Des éditions originales des oeuvres de Tolkien, dédicacées par l'auteur trônent à la place d'honneur. Quelques fauteuils confortables, une table basse en verre et métal entourée de canapés design et, dans l’angle, un magnifique bureau en bois sombre complètent le décor. Au mur, un seul tableau, un paysage urbain mélancolique et lumineux.

Arwen remarque le regard de Faith fixé sur la toile.

- C'est un Hopper. J'aime beaucoup sa façon de capturer la solitude et la lumière.

- Faith hoche la tête et lâche seulement, c’est beau... et puis ça me parle...

- Arwen désigne le bureau… Et cette table de travail... a appartenu à Ernest Hemingway, un immense écrivain que j'admirais beaucoup. Il avait une force et une fragilité qui me touchaient… mais quel dragueur…

Sur le bureau, trône un ordinateur Apple dernier cri, écran immense, design épuré.

- Un Hopper, le bureau d'Hemingway, je pensais que tu aimais que les trucs anciens mais waouh ! Le Mac dernier cri... Dis donc, princesse, tu serais pas une sorte de... cyber-Elfe ? »

Le rire mélodieux qui enchante Faith retentit de nouveau…

- Cyber-Elfe... Oui, j’aime bien ! Mais tu sais mes pouvoirs télépathiques sont plus rapides et jamais en manque de réseau… là, par exemple je sais à quoi tu penses …

Elle prend Faith par la taille. Leur baiser est plus long cette fois, plus profond. Puis elle se détache avec une expression mutine.

- Tu es inhumaine… pfff et en plus c’est une nana qui me rend dingue. J’aime pas les meufs pourtant...

Arwen rit de nouveau et passe sa main sur la joue de Faith. Ses doigts descendent le long de son cou jusqu'à la naissance de sa poitrine.

- Moi non plus, je n’aime pas les « meufs » … mais il se pourrait que je t’aime… toi…

Faith songe à la la chanson qui lui trotte dans la tête.

- Dis, ce que tu m'as fait écouter hier soir, en français. Ça parlait de quoi, en fait ? C'était très beau... J’arrive pas à me sortir l’air de la tête ?

- Ça s’appelle "La chanson de Prévert"... c’est un grand poète Français… C'est une histoire triste…. un amour qui finit, des souvenirs qui s'effacent comme les feuilles mortes emportées par le vent... et l’indifférence qui apaise la douleur avec le temps…

Arwen lui prend la main, et l'attire vers la fenêtre qui donne sur le parc, elle se met à chantonner…

Avec d'autres bien sûr,

je m'abandonne,

Mais leur chanson est monotone,

Et peu à peu je m'indiffère

A cela il n'est rien à faire…

Elle lui traduit les mots et reprend, légèrement émue.

- Pour nous, ma douce... notre chanson ne fait que commencer de s'écrire…

Les deux femmes restent un long moment, main dans la main à regarder le parc puis Faith pose un baiser dans le cou gracile d’Arwen.

- Bon faut que je m’habille pour aller chercher mes affaires…

Elle monte l’escalier et réapparaît au bout de quelques minutes avec ses vêtements de la veille qu’elle a dû se résoudre à remettre. Arwen est trop grande pour qu’elle puisse lui emprunter quelque chose.

- Dis princesse... Y-a un arrêt de bus dans le coin ? Ou je ferais mieux d'appeler un taxi ?

Arwen s'approche d'un petit vide-poche en marqueterie posé sur une console, saisit les clés de la Corvette et les lui lance avec désinvolture. Faith les rattrape de justesse.

- Un bus, pourquoi faire ? Tu ne l’aime plus ?

- Tu... tu es sûre ? Ta Corvette ?

- C’est… seulement une voiture… et elle me plaît encore plus avec toi au volant…

Aux anges, Faith se dirige vers la porte, son regard est attiré par un cadre en argent posé sur un guéridon. Il contient une photographie en noir et blanc, un peu jaunie par le temps. On y voit Arwen en veste d'uniforme. Elle pose, un léger sourire aux lèvres, à côté d'un homme assez âgé, l’air déterminé, coiffé d'un chapeau de feutre, il fume un imposant cigare. Derrière eux, on distingue un énorme avion militaire.

- C'est qui le type, sur la photo avec toi ? Il a pas l’air commode…

- Ah, lui... C'est mon amant, rétorque Arwen taquine.

Devant l’air déconfit, de Faith, elle pouffe.

Mais elle serait jalouse… je plaisante, ma belle ! C'est Sir Winston Churchill. C’était un homme formidable. Excentrique au possible, parfois difficile à vivre, très difficile… mais doté d'un courage et d'une volonté de fer. Sans lui… l’agité du bunker à Berlin n'aurait probablement jamais pu être vaincu.

- Churchill ? Le chef des Anglais pendant la guerre ? Dit Faith rassemblant ses maigres souvenirs de classe… Wow. Et... toi, tu étais militaire à l'époque ? Avec l'uniforme et tout ?

J’avais intégré une unité très spéciale, le SOE, le Special Operations Executive. J'y avais le grade de Lieutenant-Colonel. Nous menions des opérations de sabotage, de renseignement et de soutien à la résistance dans les pays occupés. Un travail... nécessaire, mais souvent difficile. Et surtout j’avais accès à tous les renseignements, c’est comme cela que j’ai pu trouver comment infiltrer le cerveau d’Hitler et le couper de Sauron. J’ai dû aussi user un peu de mes pouvoirs sur Churchill pour pouvoir être admise dans un service aussi sensible… ça n’a pas été facile car il se méfiait et il avait un mental d’acier. Dis donc, mon Cœur, l'heure tourne… te raconterai ça plus tard. Mais maintenant il faut que tu ailles chercher tes affaires au motel si tu veux être revenue avant que nos amis n'arrivent.

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