Les malheurs du sergent Miller

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L’arrivée de Faith sur le parking du motel, au volant d'une Corvette de collection, ne passe pas inaperçue. L'hôtelier, suspicieux, la regarde descendre du bolide avec des yeux ronds. Il se demande comment cette fille un peu louche qui louait une chambre au rabais pouvait soudainement réapparaître dans un tel équipage. Il est tenté d'appeler immédiatement la police mais l’aura de violence qu’elle dégage l’incite à attendre qu’elle ait tourné les talons. Et puis il se murmure qu’elle serait mêlée au meurtre de l’adjoint au maire… il n’a pas envie de finir avec un pieu planté dans la poitrine. Un frisson le traverse tandis que Faith lui jette un regard noir en passant devant lui.

Elle monte rapidement dans sa chambre. Il ne lui faut pas longtemps pour rassembler ses « richesses », quelques vêtements usés et des babioles sans valeur, dans son sac de sport élimé. Elle redescend régler sa note en liquide, sous le regard toujours soupçonneux de l'hôtelier, qui tente de lui sourire aimablement mais ne parvient qu’à un rictus. Elle sort sans un regard pour ce qui a été, bien trop longtemps, son refuge.

Elle ouvre la portière de la Corvette et sent une main sur ses fesses. Elle se retourne, un type à l'allure répugnante lui lance avec un sourire mauvais.

- Alors, ma jolie, on fait un tour tous les deux avec ton beau carrosse ? Tu dois avoir des trésors cachés à me montrer...

Voilà le monde glauque dont elle ne veut plus. Sa botte à la pointe ferrée fauche l’homme à l’entrejambe. Il s’effondre dans un hurlement de douleur. Elle se prépare à le massacrer, elle a envie de mettre son visage en charpie. Mais, elle pense à Arwen et parvient à maîtriser sa rage.

- Dégage de là, sale cafard, si je te revoie je te règle ton compte pour de bon.

Elle démarre tandis que l’homme continue de gémir faiblement. L'hôtelier, n’a pas perdu une miette de la scène et il se félicite de sa prudence. Cette fille est vraiment dangereuse. Il se précipite sur le téléphone, compose le 911, tout en essayant de voir dans quelle direction est partie la Corvette.

Faith sent l'adrénaline retomber. Elle regrette un peu la violence de sa réaction. Elle a hâte de retrouver Arwen. La seule présence de l’elfe la lavera de toute cette crasse. Elle espère simplement qu’elle ne lui en voudra pas de son accès de colère. Elle ne remarque pas la voiture de police qui l'a prise en filature.

Elle retrouve la maison avec un merveilleux sentiment de bien-être. Arwen est toujours dans son bureau, penchée sur son ordinateur sur l'écran duquel s'inscrivent des reproductions de parchemins écrits dans un langage étrange.

- C'est du Vieux Norrois, une langue Scandinave ancienne répond Arwen à la question muette de Faith... Te voilà revenue, ma belle… tu me manquais déjà… Tout c'est bien passé dans ton ancien palais ?

- Ouais, cinq-cinq, sans souci. Bagages bouclés, note payée. Prête pour une nouvelle vie… enfin un petit incident mais rien de grave…

Arwen choisit de ne pas approfondir…

L'Elfe a le don d’allier décontraction et chic parfait, pantalon de toile ajusté d'un rouge brique savamment délavé, chemise bleue clair en chambray portée flottante, manches retroussées. Comme à son habitude elle a envoyé ses mocassins valser dans un coin de la pièce. Faith remarque le vernis corail vif qui met en valeur ses orteils. Visiblement cette Elfe millénaire maîtrise parfaitement le look bohème sophistiqué de ce début de XXIème siècle...

Le bruit strident d'une sirène de police, suivi d'un crissement de pneus brutal. Vient troubler la sérénité ambiante. Une voix masculine un peu vulgaire retentit mêlée à la distinction Britannique de celle d’Alfred, le majordome.

Arwen fronce les sourcils et se demande qui vient les importuner. Elle soupçonne un lien avec le « léger incident » dont lui a parlé Faith…

Quelques instants plus tard, on frappe discrètement à la porte du bureau. Le majordome, toujours impeccable, entre, l'air légèrement contrarié.

- Madame, c’est un policier, Il insiste pour voir... Madame Faith, Madame.

Sans attendre la réponse, une caricature de policier américain – bedonnant, l'air suffisant – bouscule le maître d'hôtel, sans réussir toutefois à le faire bouger d’un pouce, et entre d'un pas lourd dans le bureau. Il se dirige d'un air menaçant vers Faith.

- Faith Lehane ?

Elle n'en mène pas large. Elle ne connaît que trop ce policier… le Sergent Miller, réputé à Sunnydale pour sa brutalité et sa bêtise. Et avec son permis de conduire qui lui a été retiré depuis des lustres... elle sent les ennuis arriver. Et puis il y a l’affaire de l’adjoint…

Le policier l’attrape brutalement par le bras…

- Allez, ma jolie, on va faire un petit tour au poste. Et commence par vider tes poches. On m'a signalé une voiture de sport volée et une altercation suspecte au motel du coin. Ça te dit quelque chose ? On pourra aussi en profiter pour discuter de l’adjoint au maire… j’ai idée que tu sais des choses…

Arwen s'est interposée. Son expression est glaciale, ses yeux gris-bleus semblent soudain plus menaçants que des lames. Elle plonge son regard dans celui du policier.

- Retirez immédiatement votre main de cette jeune femme, Sergent.

Le policier, surpris d’être appelé par son grade, avec ce ton de commandement qu’utiliserait un officier supérieur, a un mouvement de recul instinctif. Il se sent malgré lui mal à l’aise. Cette femme lui en impose et ça le met en rage. Faith en profite pour se dégager.

Miller ne veut pas céder… pas face à deux « bonnes femmes » …

- Écoutez, Madame, je ne sais pas qui vous êtes, mais cette fille va m'accompagner au poste pour interrogatoire. C'est la loi.

- Non, rétorque Arwen sans élever la voix.

Miller est un peu déstabilisé mais il ne va pas reculer devant cette snobinarde qui a besoin d’une leçon.

- Si vous vous interposez, je vous embarque aussi pour obstruction à la justice !

- Je ne pense pas, Sergent. Vraiment pas. Elle a un rire bref.

Miller s'avance comme pour l'arrêter, mais il s'interrompt. Arwen n’a pas fait un geste, mais une sorte d'aura de puissance semble émaner d'elle. Les étranges paillettes de ses yeux scintillent bizarrement. Elle compose un numéro sur le téléphone de son bureau.

- Lady Arwen Undomiel, passez-moi le directeur, je vous prie… En réunion ? Dites-lui que c’est moi et que c’est urgent. J’attends.

Le policier blêmit considérablement. Il craint une connexion à très haut niveau… cette femme connaîtrait elle le chef de la police, ou même quelqu’un chez le Maire ou le gouverneur ?

L’attente n’a pas duré longtemps… on passe aussitôt la communication à Arwen.

- Christopher, cher ami, comment allez-vous ? Oui, je suis à Sunnydale pour quelque temps... pour ce que vous savez. Je suis un peu ennuyée. J'ai là un Sergent Miller du commissariat local qui a fait intrusion chez moi et qui importune une de mes amies... il a même parlé de m’arrêter aussi… oui c’est très drôle mais assez rit maintenant il m’ennuie. Pourriez-vous m’en débarrasser avant que je ne règle le problème moi-même de manière... préjudiciable... Merveilleux. Merci beaucoup. Je vous le passe.

Avec un sourire cruel, Arwen tend le combiné au policier, qui le prend d'une main tremblante avant de se liquéfier sur place en comprenant qui est son interlocuteur et que celui-ci est visiblement très remonté. Miller balbutie des "Oui, Monsieur le Directeur", "Bien sûr, Monsieur le Directeur", "Mes respects, Monsieur le Directeur".

Décomposé il rend le combiné à Arwen qui raccroche puis se tourne vers Miller et laisse simplement tomber d’un ton méprisant :

- La porte est là.

Piteux Miller, s'esquive sans un mot, d’autant plus qu’Alfred, le majordome qu’il a bousculé se tient maintenant derrière lui et qu’il remarque que l’homme a une carrure et un regard qui ne lui disent rien qui vaille. En sortant il lance tout de même un regard plein de haine à Faith.

Celle-ci, les yeux ronds, n’en revient pas.

- Mais... c'était qui, ton pote au téléphone ?

- Christopher ? Oh, c’est le Directeur du FBI. Une relation de travail... J'ai pensé que ce serait moins... salissant... que de pulvériser ce Sergent Miller à travers la pièce ce qui aurait causé des tas de complications administratives… la paperasse m’ennuie…

Faith reste bouche bée, elle fait sortir le Directeur du FBI de réunion… Juste comme ça pour moi… Un peu honteuse, elle avoue alors à Arwen…

- Euh... Princesse... C'est peut-être un peu de ma faute, tout ça. Mon arrivée en Corvette au motel, et puis... j'ai eu une petite altercation avec un type sur le parking. J'ai été un peu... agressive, enfin pas mal agressive… bon il est vivant mais pas en bon état... Je suis désolée si ça t’a causé des problèmes.

- Arwen lui fait un clin d’œil… je me doutais un peu d’une histoire dans ce genre… ne t’inquiète pas ma chérie, il n'y a absolument aucun mal à rabrouer un minable dans les seuls termes qu'il est capable de comprendre ! Crois-moi, lorsque je chevauchais avec les Rohirrim, j'ai parfois dû employer un langage très... imagé et même écraser quelques nez pour me faire respecter de certains guerriers un peu trop entreprenants.

- Euh… c’est pas le nez que je lui ai écrasé, répond Faith.

Arwen la prend dans ses bras.

- Ne t'inquiète pas. Surtout reste comme tu es. C'est aussi ce qui fait ton charme. Cinq-cinq comme tu dirais »

Mauvaise journée…

Le Sergent Miller venait de passer l'une des pires, non la pire, journée de sa carrière, et probablement de sa vie. Il avait quitté la propriété d'Arwen en bouillonnant de rage et d'humiliation. Lui qui pensait faire un coup d'éclat ! En prenant en chasse cette fille, cette espèce de paumée de Faith Lehane, au volant d'une voiture de sport qu’elle ne pouvait qu’avoir volée, il s'était imaginé en héros, recevant les remerciements émus des propriétaires. En plus, il soupçonnait cette fille d’avoir trempé dans l’assassinat de l’adjoint au maire, il se disait que c’était une bonne occasion pour la cuisiner.

Et puis, tout était allé de travers. Loin de le féliciter, la femme qui semblait être la maîtresse des lieux, cette créature d'une beauté et d'une assurance insolentes, avait pris la défense de la suspecte. Et lui, comme un idiot, s'était laissé emporter. Son ressentiment profond envers les femmes, surtout les belles femmes, celles qui le toisaient toujours, avait explosé. Sa haine, avivée par son récent divorce où son ex-femme l'avait plumé et ridiculisé, avait pris le dessus sur toute prudence.

Il avait cru pouvoir l'intimider, elle qui incarnait cette haute société qu'il exécrait mais devant laquelle il se montrait d'habitude si obséquieux. Mais cette fois, la hargne avait été plus forte.

À la réflexion, elle lui paraissait même dangereuse, d'une manière qu'il n'arrivait pas à définir. Et même l'autre, la paumée ! En y repensant, elle n'avait pas l'air d'une petite frappe ordinaire. Un corps athlétique, sculpté pour le combat, et son regard... il avait croisé des regards de tueurs, mais le sien exprimait une violence difficilement contenue qui lui glaçait le sang rétrospectivement.

Et pour couronner le tout, cette Arwen Undomiel, « Lady Arwen Undomiel » connaissait le Directeur du FBI en personne ! Il n’était pas près d’oublier la remontée de bretelles Fédérale qu’il avait subi. Il frappa violemment du poing le tableau de bord de sa voiture de patrouille, enrageant de son impuissance. Il avait voulu jouer au cow-boy, et il s'était fait moucher… par une femme. C’est à cet instant précis, que la radio de bord crépita.

- Sergent Miller, répondez. Sergent Miller.

- Miller, j'écoute !

- Miller, le Chef vous attend dans son bureau. Immédiatement. Interrompez votre patrouille et présentez-vous sans délai.

Miller sentit une sueur froide couler le long de son dos.

- Le Chef. Sans délai. Ça sentait de plus en plus mauvais pour lui. Très, très mauvais.

Il fit demi-tour brutalement, sirène hurlante, l’estomac noué par une angoisse grandissante. La journée n'était pas finie, et il craignait fort que le pire soit encore à venir.

La colère du Chef Thompson

Frank Thompson, le chef de la police de Sunnydale, était un homme bourru mais, en général, calme. Là il arpentait son bureau dans un état de colère noire. Les veines de son cou saillaient, son visage était rouge brique. À cause de cet abruti fini de Miller, il venait de subir une engueulade homérique du Directeur du FBI en personne.

Il songeait à cette Lady Arwen Undómiel... rien que le nom, surement un nom d'emprunt, sonnait comme celui d’une héroïne de roman de fantasy, et elle l'intriguait au plus haut point. Il l'avait rencontrée une fois, lors d'un cocktail organisé par le maire. Elle avait été charmante, mais avec cette politesse distante d'un souverain qui daigne accorder quelques instants d'attention à un de ses sujets. Elle avait acheté la plus belle propriété de Sunnydale, une sorte de manoir colonial qu'on aurait plutôt attendu en Géorgie. Et elle avait payé comptant, sans discuter, une somme exorbitante.

Elle se disait « spécialiste des civilisations anciennes », une sorte d'archéologue ou d'historienne indépendante, et paraissait bénéficier de moyens financiers quasi illimités. Sa beauté était d'une perfection intimidante. Elle était fascinante et totalement inaccessible, comme une statue de déesse grecque qui serait descendue de son piédestal.

Le Chef Thompson songea tout d'un coup à un détail qui l'avait frappé lorsqu'il avait discrètement tenté de se renseigner sur elle : son majordome, un homme très « comme il faut », était un ancien sous-officier des redoutables SAS Britanniques. Quel dommage que ce type n'ait pas rossé cet imbécile de Miller ! Le sergent avait apparemment osé le bousculer pour entrer, totalement inconscient de ce qu’il avait en face de lui : une machine à tuer à la retraite… enfin soi-disant à la retraite…

Le peu d'informations qu'il avait réussi à glaner sur Lady Undomiel n'avait fait qu’épaissir le mystère et l'avait également fortement incité à ne pas creuser davantage. C'était trop gros, trop étrange, ça sentait les affaires de renseignement à très, très haut niveau, le genre de dossier où un modeste chef de la police d'une petite ville comme Sunnydale n'avait absolument pas intérêt à mettre son nez. Il avait classé l'affaire mentalement sous "Ne Pas Toucher – Danger de Mort Professionnelle".

Et voilà que cet abruti alcoolique de Miller, avec son flair légendaire pour se fourrer dans les pires situations, débarquait là-bas en jouant les gros bras ! Thompson se laissa tomber lourdement dans son fauteuil et secoua la tête avec désespoir. Comme s'il n'avait pas déjà assez de travail et de soucis inexplicables : les séries de meurtres et de disparitions non élucidés, dont l’assassinat sauvage de l’adjoint au maire auquel cette fille, Faith Lehane – la suspecte qui se trouvait justement chez Lady Undómiel – semblait mêlée de près ou de loin, sans que toutefois jamais rien n'ait pu être prouvé formellement.

Et maintenant, ce que le Directeur du FBI, dans une colère froide lui avait laissé entendre à propos de la femme mystérieuse... ne faisait qu'attiser ses craintes au-delà de ce qu'il avait pu imaginer. Ce n'était plus du "gros dossier", c'était… et bien, il ne trouvait pas le mot.

On frappa timidement à la porte du bureau. Thompson hurla d’entrer tout en se carrant dans son fauteuil avec l’expression d’un bouledogue dans sa niche.

La porte s'ouvrit sur Miller blême, en sueur, qui tentait de rectifier sa tenue déjà passablement chiffonnée. Derrière lui, Debbie, la jolie secrétaire du Chef, qui avait toujours détesté le sergent et ses blagues répugnantes, arborait un sourire narquois et triomphant. Miller déglutit difficilement et se prépara à affronter la tempête qui s'annonçait.

Le sergent Miller sur le grill

Thompson ne se leva pas et n’ordonna pas à Miller de s'asseoir. Il le laissa planté devant son bureau, dans un garde-à-vous approximatif, nageant dans la sueur qui dégoulinait abondamment sur son front et son cou. Un long, très long silence s'installa, seulement troublé par le tic-tac de l'horloge murale. Le Chef se contentait de fixer Miller avec une expression de profond mépris.

Et puis, la tempête se déchaîna. Thompson explosa. Sa voix, ordinairement grave et posée, monta dans les aigus. Il hurla une litanie d'injures, émaillées d’hypothèses sur la conception de Miller par ses parents, en des termes impossibles à retranscrire... Tous les noms « d'oiseaux » y passèrent et le chef s’interrogea sur l’appartenance du sergent à l'espèce humaine. Miller aurait voulu disparaître sous le plancher, s'enfoncer dans les limbes. Il n'osait même pas ciller, encore moins protester.

Thompson retrouva enfin un semblant de calme, mais sa respiration restait haletante et sa voix rauque.

- Sinistre crétin... Avez-vous la moindre, la plus infime, la plus microscopique idée du pétrin intersidéral dans lequel vous vous êtes fourré ? Dans lequel vous nous avez fourrés ?

- Chef... Je... Apparemment, cette femme... elle connaît le Directeur du FBI... Mais je ne pouvais pas savoir, Chef ! Comment aurais-je pu...

Le Chef bondit hors de son siège avec une agilité surprenante pour sa corpulence et se planta à deux centimètres du visage de Miller. Bien que plus petit que son subordonné, il le dominait de toute sa fureur. On aurait dit le sergent instructeur du film Full Metal Jacket.

- Le Directeur du FBI ! Le Directeur du FBI, Miller, c'est presque une bonne nouvelle à côté de ce que je viens d'apprendre sur votre "Lady Arwen Undómiel of Lothlórien" ! Vous savez qui c'est, triple idiot ? Anoblie par la Reine d'Angleterre en personne ! Amie personnelle de l'ancien Président français Giscard d'Estaing ! Elle a ses entrées à Moscou et à Pékin aussi facilement qu'à Tel Aviv ou au Vatican ! Il marqua une pause, savourant l'effroi qui se peignait sur le visage de Miller, avant de lui asséner, en apothéose, le coup de grâce.

- Et ce n'est pas tout, espèce d'incapable ! Elle a un accès illimité au Président ! Oui, au Président des Etats-Unis, pas du club de football de Sunnydale, abruti ! Pour vous donner une petite idée, Miller, le 11 septembre 2001, elle a été l'une des toutes premières personnes que le Président a appelées ! Et il s'est entretenu très longuement avec elle ! Vous comprenez ça, Miller ? VOUS COMPRENEZ CE QUE ÇA VEUT DIRE ?

Miller était livide, au bord de l'évanouissement. Implacable le chef reprit.

- Alors maintenant, écoutez-moi bien, Miller. Si jamais Lady Undómiel décide de porter plainte pour votre comportement de brute incompétente, non seulement votre carrière est terminée, pulvérisée, atomisée, mais vous avez de très fortes chances d'aller moisir une bonne dizaine d'années dans un pénitencier fédéral particulièrement bien choisi pour les abrutis de votre espèce, du genre où il vaut mieux éviter de ramasser sa savonnette dans la douche ! Ou peut-être même de gagner un billet simple, sans retour, pour Guantanamo ! Ça vous dirait, des vacances à Cuba, Miller ?

Les yeux bovins de Miller s’emplirent de terreur.

- Mais... Chef... Je n'ai commis aucune faute... aucune infraction qui pourrait justifier une... une condamnation...

Le Chef eut un sourire mauvais, et cracha.

- Oh, ne vous inquiétez surtout pas pour les charges, Miller. Si cette femme le demande, je vous garantis que le FBI et la CIA sauront faire preuve de toute l'imagination nécessaire pour constituer votre dossier. Ils trouveront. Croyez-moi, et s’ils ne trouvent pas ils inventeront… Maintenant... Il désigna la porte d'un geste impérieux... SORTEZ DE MON BUREAU ! ET DISPARAISSEZ.

Miller sortit du bureau en titubant, sonné comme s'il venait d'affronter Mike Tyson sur un ring pendant douze rounds. Ses jambes tremblaient, son esprit était vide.

Thompson se laissa retomber dans son fauteuil, épuisé, toujours furieux. Il avait besoin d'un verre. D'un très grand verre.

Au trou du Hobbit

« Le Trou du Hobbit », c’est ainsi qu’Arwen avait baptisé sa propriété californienne, en hommage plein d'affection aux quatre Hobbits héroïques qui avaient joué un crucial lors de la guerre de l’Anneau, l’ambiance était beaucoup plus douce. Arwen et Faith étaient enlacées, sur un canapé d'extérieur en teck, face au parc, une carafe de thé glacé parfumé à la menthe à portée de main.

Faith, la tête langoureusement posée sur l'épaule d'Arwen, pouffait encore de rire en revoyant la mine déconfite et terrifiée du Sergent Miller. Le téléphone sonna discrètement à l'intérieur du salon. Un instant plus tard, le majordome, toujours aussi impeccable, apporta le combiné téléphone sans fil à Arwen.

- Madame, le Directeur Rourke souhaite vous parler, Madame.

- Cher ami, merci de me rappeler... Oui, tout est rentré dans l'ordre... Non, non, n'allez pas plus loin pour cet imbécile de Sergent. Je pense que la leçon a été amplement suffisante... Arwen laissa passer un instant, elle jeta un regard à Faith. Par contre, il y a une autre affaire regrettable… la mort de l'ancien adjoint au maire de Sunnydale... oui, celui retrouvé dans un entrepôt, un pieu dans le ventre... Ce serait bien qu’elle soit clôturée… définitivement… auteur inconnu… Parfait, merci beaucoup, je pense d’ailleurs que c’était un malheureux accident ou plutôt un dommage collatéral… Elle regarda à nouveau Faith qui se recroquevilla un peu sur le divan... J'apprécierais que vous me teniez informée des besoins de ses proches. Je ferai le nécessaire s'il y a lieu. Et bien entendu, je tiens à un anonymat total concernant l’aide que je pourrais leur apporter. Enfin, je pense qu'il serait bien que le Président décore ce malheureux à titre posthume pour services rendus à la communauté... J'en toucherai un mot à George. Vous vous chargez de régler cette malheureuse affaire avec l’Attorney General ? Excellent. Merci encore, Christopher. À très bientôt.

- Tu... tu savais pour l'adjoint ? Et... c'est fini ? Comme ça ? Mais pourquoi tu n'as pas demandé que ce flic, Miller, soit viré ? Après ce qu'il a fait...

- Ma chérie, m’acharner sur un minable comme ce sergent serait indigne de mon rang, et du tien aussi désormais. Il n’oubliera pas la leçon. Quant à l'adjoint... Il arrive parfois, lors d’un combat que des innocents soient victimes. C’est terrible mais lorsque l’on se bat on sait que ça peut se produire.

Faith repris d’une voix un peu étranglée.

- Tu... tu ne m'en veux pas ?

- Non, mon cœur. Tu ne l’as pas voulu mais l’important est de ne jamais s'y habituer… et aussi de savoir que tu peux absolument tout me dire, je suis toujours de ton côté… ça me fait penser qu'il faudra aussi que nous réglions le petit problème de ton permis de conduire...

- Euh... oui,Princesse, j'aurais du te le dire... et en plus tu vas arranger ça aussi ?

Arwen la regarda avec une infinie tendresse et repris en lui passant la main dans les cheveux.

- Evidemment, la CIA sait faire de merveilleux documents officiels... Nous aurons sans doute à parler de beaucoup d'autres choses encore, toi et moi... lorsque tu seras prête…

Faith sentit une légère pointe d'inquiétude. Elle a tant de choses sur la conscience, tant d'erreurs, de noirceur... comme son alliance avec le Maire Wilkins, par exemple… elle murmure à l’oreille d’Arwen.

-Tu es merveilleuse… Buffy, Giles et les autres n’ont pas réagi comme toi… pourtant j’aurais vraiment eu besoin d’aide... Remarque j’ai été garce j’ai essayé de mettre ça sur le dos de Buffy et puis, il y a le conseil… ils vont débouler un de ces jours.

Arwen pose un baiser très doux sur sa tempe.

- N'en veux pas à tes amis, ils n'ont pas pas réagit comme moi… d’abord... parce que je crois que je suis en train de vraiment tomber amoureuse de toi… et puis je me bats depuis tellement longtemps que je peux comprendre certaines choses… quand au conseil je m’en occuperai, elle marque un temps d’arrêt. Laissons tout cela pour l’instant, ce sera… pour les confidences sur l’oreiller… pour l’instant j’ai envie d’un très long baiser…

Affaire classée

Au même moment, au poste de police de Sunnydale, le Chef Thompson raccrochait son téléphone, le visage encore un peu pâle mais soulagé. L’entretien avec le bureau de l’Attorney Général des Etats-Unis avait été bref, sans appel. L'affaire Faith Lehane et l'incident chez Lady Undómiel étaient clos. Définitivement. Le classement de l'enquête sur le meurtre de l'adjoint au maire l'ennuyait un peu – il n'aimait pas les affaires non résolues et puis il était sûr qu’ils auraient fini par coincer cette fichue fille – mais globalement, il s'en était bien sorti. Et cet abruti de Miller aussi, par la même occasion…

Le Chef songea avec un sourire ironique que pour une fois, l'instinct de flic borné de Miller avait vu juste : cette Faith Lehane était probablement la meurtrière de l’adjoint. Mais Miller ne saurait jamais à quel point il avait été, pour une fois, perspicace.

Il se leva, étouffa un rire désabusé. Il se dirigea vers une grande armoire métallique, en sortit le dossier "Meurtre – Adjoint au Maire Finch" et y inscrivit en travers de la couverture, d'une écriture rageuse : "CLASSÉ – NON ÉLUCIDÉ". Il le glissa dans une enveloppe barrée d’une inscription « Top Secret » qu’il cacheta soigneusement. Il n’avait plus qu’à attendre la visite qui lui avait été annoncée d'un représentant du ministère de la justice auquel il remettrait le tout. Le collaborateur de l’Attorney Général avait été clair, rien ne devait rester à Sunnydale. Officiellement le dossier avait été égaré.

Le sergent Miller ne désarme pas

Miller avait passé une bonne partie de la journée à errer sans but précis au volant de sa voiture de patrouille, un goût amer dans la bouche. Il n’arrivait pas à tourner la page. Il faut dire que son humiliation avait fait le tour du poste plus vite qu'une traînée de poudre. Cette garce de Debbie, y avait largement contribué, se délectant de raconter avec force détails la déconfiture du sergent et l’engueulade mémorable qu’il avait subi. Comme il était cordialement détesté par la plupart de ses collègues, il ne pouvait guère compter sur un quelconque soutien.

Lorsqu'il était revenu au commissariat, la tête basse, un des adjoints du Chef, froid et distant, lui avait appris sèchement que "Madame Undómiel avait été magnanime" et qu'aucune suite ne serait donnée à l'incident. Cette nouvelle l'avait tout de même rassuré. Puis l'adjoint avait ajouté, comme une information secondaire, que l'enquête sur la mort de l'ancien adjoint au maire Finch était désormais classée et toute investigation désormais interdite par décision de l’Attorney Général des Etats-Unis. Cette dernière information l'avait mis en rage. Il espérait, secrètement, pouvoir, un jour, prendre sa revanche sur cette maudite Faith Lehane : la coincer pour ce meurtre, l’envoyer en prison et peut-être même éclabousser sa protectrice. Et voilà que cette mince perspective de vengeance se fermait aussi. Sans doute l’effet d’une nouvelle intervention de cette fichue Lady Undomiel.

L’incroyable puissance de cette femme hautaine l’obsédait. Il éprouvait pour elle une haine d'autant plus vive qu'elle était impuissante. Contre toute raison, il voulait en savoir plus, peut-être trouver une faille. Il songea qu'il avait connu un type, il y a bien longtemps, à l'école de police. Un certain Donan. Un premier de la classe, intelligent, bien né, tout son contraire. Ce Donan avait réussi à intégrer le Détachement de Protection Présidentielle du Secret Service. Ce n'était pas un ami – Miller n'avait pas d'amis, seulement quelques compagnons de beuverie occasionnels. Mais il avait eu l'intelligence, à l'époque, de se montrer très respectueux, presque servile, envers ce type dont il sentait instinctivement le potentiel. Il pouvait tenter de l'appeler. Au pire, Donan l'enverrait paître.

Le shift leader Donan, du Secret Service fut effectivement surpris de recevoir un appel de ce Sergent Miller dont il ne gardait qu’un souvenir plutôt vague et assez mitigé. D’un naturel courtois, il décida de lui faire bon accueil, curieux de ce que pouvait bien lui vouloir ce flic d'une petite ville paumée de Californie.

Miller avait rangé au fond de sa poche sa jalousie envers ce type qui dirigeait une équipe de la sécurité présidentielle alors que lui croupissait comme simple sergent dans un bled paumé. Il se montra particulièrement obséquieux.

- Monsieur ! Quel plaisir de vous entendre ! C'est Miller, Frank Miller, nous étions ensemble à l'école de police, vous vous souvenez ? Après quelques flatteries pour tenter de se concilier les bonnes grâces de Donan, Miller reprit. Voilà Monsieur... J'ai eu affaire aujourd'hui à une femme... très étonnante. Une certaine Arwen Undómiel. J'ai cru comprendre qu'elle avait des... relations... à Washington. Peut-être même avec des gens que vous connaissez ?

Donan émit un long sifflement impressionné.

- Arwen Undómiel ? La fameuse « Lady A » … Tu l’as croisée, elle ? Miller, mon vieux, si tu comptes la draguer, je te conseille de renoncer tout de suite et de changer de continent. Tu joues dans une catégorie qui n'est même pas sur la même planète que toi ou moi.

- Non, non, rien de tout ça, Monsieur. C'est juste... professionnel. Elle est... qui exactement ?

Donan reprit d’un ton grave.

- Écoute, Miller... Pour te donner une idée, si tu vois cette femme traverser ton bled... Sunnydale, c'est ça ? A 200 km/h dans une de ses voitures de luxe, en grillant tous les feux rouges, et même si elle te klaxonne pour que tu dégages plus vite, le mieux, le seul truc intelligent que tu aies à faire, c'est de te ranger sagement sur le bas-côté, de baisser les yeux et de faire comme si tu n'avais absolument rien vu. Tu piges ?

- Compris, Monsieur... Mais... elle fait quoi, exactement, à Washington ? Quel est son rôle ?

Donan réfléchit.

- Officiellement ? Je ne sais pas précisément. Et crois-moi, je ne tiens pas particulièrement à le savoir.

Miller se sentit vexé, il pensait que Donan ne voulait pas lui répondre.

- Allez, Monsieur... Entre flics, en souvenir de l'école... »

Donan repris avec fermeté.

- Non, Miller, je suis sérieux. Je ne connais pas ses attributions exactes ni la nature des missions qu'elle remplit. Ce que je sais, c'est que c'est du niveau du Président lui-même et du premier cercle, le plus restreint qui soit. Le Vice-Président Cheney, le Secrétaire d'État Powell... sans doute le Chef d'État-Major des Armées et les directeurs du FBI, de la CIA et de la NSA. Et c'est à peu près tout.

- Pas les autres collaborateurs du Président ? demanda Miller interloqué.

- Non. Pas à ma connaissance. Et chose encore plus extraordinaire, Miller, et qui te donnera une idée du niveau de ses prérogatives : lorsque le Président s'entretient avec elle, ce qui arrive assez régulièrement, et souvent en urgence, même nous, le Secret Service, devons quitter la pièce. En contradiction totale avec toutes les règles de sécurité présidentielle. Personne d'autre n'a ce privilège. Personne.

- Mais alors repris Miller, son titre de spécialiste des civilisations anciennes... C'est du flan, une couverture ?

- Je ne crois pas, non. J'ai entendu dire qu'un des plus éminents professeurs d'Histoire Ancienne d'Harvard, un ponte mondial dans son domaine, avait discuté avec elle lors d'une réception à la Maison Blanche. Après coup, il a confié au Président qu'elle lui avait appris énormément de choses, des détails incroyablement précis, dans son propre champ d'étude. Le professeur en était encore tout retourné.

- Enfin, elle doit bien avoir un titre, une fonction officielle dans l'organigramme, quelque part !

Donan eut un rire sec.

- Aucun titre. Elle ne figure dans aucun organigramme. Elle n'existe officiellement nulle part, et pourtant, elle est au cœur du pouvoir. Donan commençait à en avoir assez de cette discussion avec ce Miller, dont il se disait qu'il ne s'était vraiment pas arrangé depuis l'école de police. Écoute, Miller, je ne sais pas ce que tu cherches mais je vais te donner un bon conseil, un conseil d'ami. Continue tranquillement ta carrière de policier à Sunnydale. Fais ton boulot, verbalise les mauvais stationnements, arrête les petits délinquants. Mais tiens-toi le plus loin possible de tout ça. Moi-même, officier au Secret Service, je me garderais bien de chercher à connaître le rôle exact de "Lady A" comme on l’appelle dans les couloirs de la Maison Blanche. J'ai envie de poursuivre ma carrière tranquillement, et accessoirement, de rester en vie. Tu saisis ?

Miller raccrocha. Il se laissa tomber sur le siège de sa voiture, sonné. Son désir de revanche relevait du fantasme pur et simple. Il allait devoir digérer son humiliation, ravaler sa haine, et supporter les moqueries narquoises de ses collègues et de cette salope de Debbie.

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