Apéritif au "Trou du Hobbit"
Pour une fois, Faith regardait avec satisfaction ses maigres affaires qui, bien rangées dans la grande armoire en bois précieux de sa nouvelle chambre, semblaient avoir un aspect presque luxueux. Au motel, tout traînait en vrac dans son sac ou par terre. Ici elle avait ressenti un besoin d'harmonie.
En petite culotte et soutien-gorge de dentelle noire – son ensemble le plus sexy, réservé aux grandes occasions qui ne s'étaient jamais vraiment présentées – elle réfléchissait sérieusement à la tenue qu'elle allait mettre. Avant, la question ne se posait même pas : jean noir, t-shirt d'un groupe de heavy metal, et basta. Mais là... elle voulait faire honneur à Arwen, lui montrer qu'elle pouvait être autre chose qu’une jolie brute en cuir. Elle finit par opter pour sa seule tenue un peu "chic" : une jupe en lin rose pâle, assez courte sans provocation, et un simple chemisier blanc qu'elle noua à la taille. Elle se maquilla avec plus de légèreté qu'à son habitude, un simple trait de khôl pour souligner ses yeux et un peu de gloss sur les lèvres. Elle nettoya le vernis noir de ses orteils et opta pour un ton rose pâle trouvé là – elle avait décidé de rester pieds nus parce qu'elle trouvait ça plutôt sexy…
Dans la salle de bain elle découvrit un flacon d'eau de toilette à l'étiquette sobre et élégante… Chanel N°5. Elle s'en aspergea généreusement.
- Numéro cinq... Cinq sur cinq, ma belle.
L'odeur était exquise, un sillage floral et poudré, à des années-lumière des eaux de Cologne bon marché qu'elle utilisait parfois. Toute pimpante, elle se sentait fraîche et presque... classe, elle descendit au salon, puis se dirigea vers la terrasse où devait être Arwen.
*****
Lorsque Faith apparu sur la terrasse, le visage d’Arwen s'illumina d'un large sourire. Elle s'avança vers elle et la prit dans ses bras.
- Tu es absolument ravissante, ma chérie... Vraiment... Si tu continues à me faire cet effet, je crains de te faire subir les derniers outrages avant même l'arrivée de nos amis.
Faith qui commençait à apprécier le jeu de séduction d’Arwen l’embrassa fougueusement puis recula d’un pas…
- Oui… mais il paraît que l’attente rend ça encore plus délicieux…
Arwen rit doucement, le regard brillant de désir…
- Hmm… tu apprends vite… les jeux de l’amour courtois… tu en aurais fait tourner des têtes à la cour d’amour d’Aliénor d’Aquitaine…
- C’est qui ça… une de tes ex ?
- Je n’ai pas d’ex… femme du moins, adorable sale gosse jalouse… Aliénor c’était une très grande Dame au XIIème siècle… elle a été deux fois reine et mère de trois rois dont le fameux Richard Cœur de Lion. Ma maison du Poitou se trouve dans ce qui était son Duché. Un jour je l'accompagnais avec sa suite, nous nous sommes arrêtés à un endroit que j'ai trouvé ravissant, elle était déjà très âgée et était venue remettre une charte communale à la cité de Niort. C'était en 1203... Il y a quelques années je suis revenue à cet endroit, une maison y avait été construite, je l'ai achetée. Je crois que l'ancien propriétaire n'en est pas encore revenu de la somme que je lui ai donné... lorsque je suis venue le voir, il m'avait dit qu'il ne la vendrait jamais... et puis... elle eu un petit rire.
- Houla, c'est compliqué, qu'est-ce que c'est une Charte ? Richard Coeur de Lion, lui je connais j’ai vu le dessin animé !
- Il faudra peut-être que je te raconte deux ou trois autres choses sur lui, mon cœur…
C’est alors qu’un bruit de moteur se fit entendre dans l'allée suivi de voix joyeuses. Le Scooby-Gang déboulait…
Cordelia déboucha la première sur la terrasse. Elle s'arrêta net. L'allure de la propriété était au-delà de ses pires appréhensions – ou de ses rêves les plus fous. La maison familiale des Chase, pourtant considérée comme l'une des plus luxueuses de Sunnydale, ressemblait désormais à ses yeux à une simple cabane de jardin : L’humiliation absolue.
Son regard de "fashion victim" avertie passa aussitôt au crible la tenue d'Arwen. Ok… décontraction et luxe absolu. Le genre de pièces qui coûtent plus cher que ma garde-robe entière mais qui ont l'air de ne pas y toucher. Noté. Ma robe fuchsia évite le désastre du "trop". Mais à côté d'elle... j'ai l'air d'une meringue un peu engoncée. Elle a une prestance, une façon de se tenir... C'est inné… C’est terrifiant !
Elle se dit que ses relations futures avec Arwen allaient définir, ni plus ni moins, toute sa vie sociale à venir. Puis son regard tomba sur Faith, qui se tenait à côté de l'Elfe, un peu décoiffée mais rayonnante. Et Faith... Faut admettre, même avec sa jupe rose un peu improbable, elle a une sacrée allure quand elle est à côté d'Arwen. Elles... elles vont bien ensemble, en fait. Ce qui veut dire que Faith Lehane, la paria, vient de changer de statut social. Elle est passée de "zéro absolu" à " très influente" avec son Elfe richissime et surpuissante. Donc, Faith est une cible prioritaire. L’esprit de Cordelia continuait à fonctionner à toute allure car l’enjeu était bien plus grave que toutes les apocalypses… Et ce couple... gay, inter-espèces... C'est tellement tendance ! Tellement avant-gardiste ! Les fréquenter ostensiblement, être vue avec elles, ça va ajouter à mon image ce petit parfum de scandale chic et tolérant qui fait fureur dans les meilleurs cercles. Parfait !
Elle se demanda un instant si, pour être vraiment au top de la tendance... elle ne devrait pas avoir une aventure avec une femme ? Juste pour voir ? Pour le cool factor ? Non. Décidément, j'aime trop les garçons. Encore que... face à des avances d’Arwen et pour rendre Xander fou… j'aurais probablement eu du mal à résister. Bon, le problème ne se pose pas, l'Elfe a fait son choix, un choix complètement bizarre, mais bon. La nouvelle Faith, la petite amie officielle d’Arwen, doit impérativement devenir ma meilleure amie, c’est une question de survie sociale. D’ailleurs, elle va avoir besoin de conseils pour son look et là, c’est ma partie…
Comme un général ayant arrêté son plan de bataille, Cordelia se sentait maintenant sereine. Ce Sauron, dont Giles n'arrêtait pas de parler, pouvait bien venir ; cela ne la préoccupait pas.
Elle s'avança vers Arwen avec son sourire le plus charmeur, l'opération "Séduction Sociale d'une Elfe et de sa Tueuse d'Amie" était engagée, Cordelia comprenait ce que Eisenhower avait ressenti le 5 juin 1944… à ceci près qu’elle ne se souvenait plus trop de qui était Eisenhower…
Ce fut un assaut de mondanités. Elle proposa à Arwen et à Faith une myriade d'activités "absolument incontournables" à Sunnydale et dans les environs – les boutiques branchées, les soirées les plus sélectes, les événements caritatifs où il fallait être vu… Elle fut plutôt bien accueillie. Arwen, amusée par son énergie et ses questions parfois totalement décalées sur la vie d'une Elfe la trouvait plutôt sympathique et amusante. Faith, appréciait, elle, le côté "sans filtre" de Cordelia. Bien sûr, son obsession pour les mondanités et le statut social l'agaçait un peu, mais elle se souvenait que dans les moments de crise, Cordelia, malgré ses jérémiades, n'avait jamais vraiment flanché et avait fait preuve d'un courage inattendu et puis, surtout, elle ne lui avait jamais fait la morale...
Les autres membres du Scooby Gang s’approchaient, impressionnés par les lieux. Giles, avait soigné sa tenue : costume de campagne en lin clair, la cravate en soie nouée avec ce qu’il fallait de désinvolture, l'air d'un gentleman farmer anglais prêt pour une garden-party. Ses yeux s'écarquillèrent comme ceux d'un enfant devant un sapin de Noël en apercevant à l’intérieur, les meubles anciens, les antiquités, les tableaux de maîtres et les rangées de livres précieux.
Son regard fut aimanté par un sabre, exposé en place d'honneur sur un support mural dans le salon, visible depuis la terrasse. Il entra dans la pièce et s'approcha de l’arme, les mains jointes derrière le dos, l'air presque recueilli.
- Arwen... Est-ce que... Est-ce que ce serait possible que cette lame soit... Hadhafang ? Le sabre d'Idril, transmis à Elrond, votre père ?
- C'est bien lui, Rupert. Un héritage parfois très utile. Elle s'approcha et décrocha délicatement l'arme. Tenez, prenez-le.
Giles, les mains tremblantes, sortit précautionneusement le sabre de son fourreau. La lame légendaire, parfaitement conservée, sembla s'éveiller sous la lumière du soleil, dégageant un très léger halo bleuté, signe de sa nature elfique. Il reposa précautionneusement l’arme à sa place et ils ressortirent sur la terrasse où le groupe bavardait.
Xander et Willow observaient Faith, qui se tenait près d'Arwen et ils avaient du mal à dissimuler une certaine hostilité mêlée de méfiance. Xander n'avait pas oublié la nuit torride qu'il avait passée avec la Tueuse, suivie d'un rejet qui lui avait laissé un souvenir cuisant. Il la trouvait toujours aussi dangereuse et imprévisible. Willow, quant à elle, ne lui faisait absolument pas confiance. Le meurtre de l’adjoint Finch l’avait choqué et elle la soupçonnait d’avoir d’autres secrets à cacher.
Oz entra le dernier, traînant un peu les pieds. Il lança un regard noir à Arwen et fit clairement la tête. L'Elfe s'en aperçut mais n'en fit pas cas, se disant intérieurement que le loup-garou, revenu à sa forme humaine, n'avait probablement guère apprécié la démonstration d'autorité de la veille. Elle songea avec une pointe d'amusement qu'il aurait dû s'estimer heureux qu'elle n'ait pas procédé à la manière un peu plus... expéditive... des Nains, qui avaient coutume de trancher la tête des loups-garous récalcitrants avec une lame d'argent, sans autre forme de procès.
Oz était profondément vexé. Même s'il se refusait à tuer des humains sous sa forme de loup, il appréciait secrètement la crainte respectueuse qu'il suscitait chez ses amis, et même chez Willow. Il pensait que cette aura de dangerosité lui permettait de la dominer subtilement, malgré son intelligence vive et ses dons de sorcière grandissants. Avec la manière dont Arwen l'avait soumis, son image de bête indomptable venait d'en prendre un sacré coup.
Buffy, s'approcha et embrassa chaleureusement Arwen sur les deux joues, puis fit de même avec Faith. C'est dingue de voir Faith comme ça... apaisée, presque rayonnante, pensa-t-elle. Arwen est vraiment incroyable. Je l'admire profondément, même si je ne comprends pas encore tout ce qu'elle est. J'espère juste que Faith se rend compte de la chance qu'elle a. J'espère qu'elle ne va pas tout gâcher en replongeant dans ses vieux démons. Ce serait tellement... dommage.
- Commençons par prendre l’apéritif, que puis-je vous offrir ? Proposa Arwen. Je vous aurais bien proposé un Bloody-Mary, vous savez ce cocktail rouge sombre que je buvais au Bronze l’autre soir… et que Buffy a peut-être pris pour… autre chose… mais, Rupert, je crois que vous aimerez plutôt cet excellent whisky irlandais. Je l'affectionne particulièrement. C’est un Redbreast de vingt-et-un ans d'âge, je crois qu'il vous plaira.
- Il est super bon lança Faith !
Arwen se servit elle-même un verre bien tassé du même whisky. Xander, voulant jouer les connaisseurs et impressionner la galerie, se rengorgea.
- Je prendrai la même chose que Monsieur Giles et... Arwen. Un homme, un vrai !
Buffy, Willow, Faith et Cordelia optèrent sagement pour une sangria blanca, magnifiquement présentée avec des fruits frais et des feuilles de menthe, qui semblait encore plus exquise et rafraîchissante que celles qu'elles auraient pu déguster à Barcelone. Oz, lui, se contenta d'un verre d'eau, qu'il but d'un trait, l'air toujours aussi maussade.
Tandis que Giles et Arwen savouraient leur whisky avec une lente délectation, échangeant quelques mots sur les notes de dégustation, Xander engloutit une large lampée de son verre. Il s'étouffa aussitôt, pris d’une quinte de toux, le visage écarlate.
- Oh, Xander, quelle surprise ! Toi qui as l'habitude de descendre des litres de bière bas de gamme, tu ne tiens pas un simple whisky ? C'est pathétique. Tu devrais peut-être te contenter d'un jus de pomme, ça correspondrait mieux à tes capacités, lança Cordelia…
Oz restait silencieux, presque hostile. Lorsque Willow, s'inquiéta de le voir si morose et lui demanda doucement si tout allait bien, il la rabroua. Arwen, sans en avoir l'air, n'avait rien perdu de l'attitude du jeune homme et se dit, sans s'en inquiéter outre mesure, qu'il faudrait tout de même garder un œil sur ce loup-garou un peu trop susceptible.
Giles, accepta un autre whisky qu'Arwen lui servit avec un sourire. Il commençait à se sentir merveilleusement euphorique, les mots lui venaient plus facilement, il était totalement sous le charme d’Arwen. Pour un peu il lui aurait demandé une mèche de ses cheveux comme Gimli à Galadriel.
Xander, prudent et un peu verdâtre, avait décliné la seconde tournée. Il se sentait déjà passablement étourdi par la puissance d’un breuvage auquel il n'était pas habitué.
Un peu à l'écart, Buffy et Faith bavardaient, complices, comme de vieilles amies qui se retrouvent.
- Sérieusement, Faith... je suis super heureuse de te voir comme ça. Tu... tu es vraiment jolie quand tu es heureuse. Ça te va bien.
- Whoa, Summers ! Arrête de me draguer comme ça, ok ? Mon cœur est déjà pris, et c'est du sérieux !
- Je ne savais même pas que tu avais un cœur, Lehane ! Rétorqua Buffy hilare…
Quelques jours, quelques semaines auparavant, une telle remarque aurait pu dégénérer en dispute, voire en bagarre. Aujourd'hui, elle ne provoqua que des rires.
Cordelia, déroulait son plan de bataille et, s'était jointe à la discussion entre Arwen et Giles, qui devisaient maintenant sur les mérites comparés de Keats et Shelley. Elle tentait de les suivre sur ces terrains qui lui étaient, assez peu familiers. Heureusement pour elle, le whisky avait suffisamment égayé Giles pour qu'il ne s'offusque pas de ses interventions parfois naïves, et Arwen semblait toujours aussi amusée et charmée par la vitalité et l'aplomb de la jeune femme.
Giles eut tout de même un mouvement de tête désespéré lorsque Cordelia, ne put s'empêcher de poser la question qui la tourmentait depuis qu'elle avait vu Arwen…
- Excusez ma curiosité, mais votre pantalon... il a l'air si simple, et pourtant, il est d'une élégance folle ! C'est quelle marque ? Où peut-on trouver des merveilles pareilles ?
- Ah, ce pantalon... C'est typique du Pays Basque, une région entre la France et l'Espagne. On en trouve facilement là-bas, mais ils sont souvent assez mal coupés, un peu grossiers. J'ai la chance d'avoir trouvé un petit artisan près de Biarritz qui me les taille sur mesure dans des toiles de très grande qualité.
- Biarritz ! Sur mesure ! C'est le rêve absolu !
- Si cela te fait plaisir, Cordelia, je pourrais t’en prendre un à l'occasion de ma prochaine commande. Il suffit que j'ai tes mesures.
La jeune femme manqua de s'évanouir de bonheur. Un pantalon basque sur mesure ! C'était au-delà de ses espérances les plus folles. Elle remercia Arwen avec une effusion qui fit sourire tout le monde excepté Oz, qui continuait de bouder dans son coin.
C’est alors qu'Alfred, le majordome, s'approcha.
- Madame... le déjeuner est servi, Madame.

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