Douceur du matin, menaces des ombres

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Bien qu'éveillée Arwen avait gardé les yeux mi-clos et observait Faith endormie, le visage apaisé, ses cheveux sombres étalés sur l'oreiller… Elle admirait les muscles fins et nerveux, ce charme piquant qui l'avait séduite dès le premier regard.

La jeune tueuse se retourna et leurs regards se croisèrent avant que leurs lèvres ne se joignent. Plutôt habituée à assouvir ses désirs dans des étreintes un peu brutes qui la laissaient frustrée et vide, elle découvrait avec Arwen une tendre sensualité. Après une douche partagée, prétexte à de nouveaux jeux, Arwen avait passé un kimono de soie orné de motifs de fleurs et d'oiseaux, tandis que Faith s'était à nouveau enveloppée dans le luxueux peignoir éponge qu'elle avait trouvé la veille.

Elles allaient sortir de la chambre lorsqu’Arwen trébucha, elle s’appuya au mur et sembla saisie d’un étourdissement. Elle se pris la tête entre les mains. Faith se précipita pour la soutenir.

- Ça va Princesse ?

- Oui… oui… ce n’est rien ma chérie… c’est quand j’utilise mes pouvoirs Elfiques… je puise dans mes forces vitales… et hier soir, ce combat... j’ai un peu forcé. Elle se redressa semblant avoir récupéré.

- Cette nuit non plus, Princesse, tu ne t’est pas ménagée… c’était… Waouh…

Arwen la pris dans ses bras et l’embrassa tendrement.

- Ça c’était merveilleux mon cœur…

Arwen resta encore un moment immobile, calée contre le mur, elle ferma les yeux, Faith la regardait inquiète. Elle voulut cependant garder un ton léger.

- A ton âge, Princesse, il faut te ménager… tu n'est plus une gamine de 3000 ans !

- Mon adorable sale gosse dit Arwen qui reprenait des couleurs et se redressa. Ça y est, ça va mieux, une journée un peu cool et il n’y paraitra plus. Et pas un mot de ça aux autres.

Main dans la main, elles rejoignirent le Scooby Gang, installé autour de la grande table en teck de la terrasse. L'ambiance était particulièrement joyeuse, manière pour chacun de chasser les émotions de la soirée précédente. Seul Giles manquait à l'appel. Il arriva un peu plus tard, d’un pas lent, le visage pâle et les traits tirés, sous les regards hilares et les sourires en coin du reste du groupe.

Arwen alla à sa rencontre avec un sourire compatissant.

- Mon cher Rupert, vous semblez avoir quelques difficultés ce matin. Venez donc vous asseoir. Un peu de thé ? Mais d’abord peut-être un remède elfique ? Elle l’accompagna jusqu'à la table… Je suis sincèrement désolée si je vous ai entraîné hier soir dans des excès. La merveilleuse liqueur des Pères Chartreux peut être... redoutable.

- Chère Arwen... ce fut un moment... mémorable. Absolument mémorable. Mais, ce matin, ma tête semble vouloir se désolidariser de mon corps.

Arwen s'éclipsa un instant et revint avec une toute petite fiole en cristal ouvragé qui contenait un liquide clair et parfumé. Elle en versa une unique goutte dans la paume de sa main et, avec des gestes doux et précis, massa habilement les tempes de Giles. Celui-ci ferma les yeux, et presque aussitôt, son expression se détendit, les élancements qui martyrisaient sa tête s'évanouissaient comme par magie.

- C’est incroyable... C'est... Qu'est-ce que c'est ?

- Les herbes venues de la Lothlórien, mon cher Rupert, ont des vertus parfois... merveilleuses. Un peu d'Athelas et quelques autres secrets de nos jardins…

Alfred apparut sur la terrasse, digne. Sa veste blanche impeccable était, à peine déformée sous l’aisselle par ce qui était probablement la crosse d'un revolver de gros calibre.

- Madame, un certain agent Donan, du Secret Service, demande à vous voir en particulier. Il dit que c'est urgent. Madame.

Une lueur de satisfaction brilla dans les yeux d’Arwen.

- Merci Alfred, faites-le installer dans mon bureau. Dites-lui que j'arrive dans quelques instants.

Elle but une dernière gorgée de thé, déposa sa tasse et se dirigea vers la maison.

Donan était arrivé à Sunnydale la veille au soir. L'antenne locale du Secret Service, prévenue en catastrophe par Washington, lui avait fourni une berline banalisée et les clés d'une suite réservée dans le meilleur hôtel de la ville – un établissement qui, Donan le constata rapidement, n'arrivait pas à la cheville d'un Holiday Inn correct. Conformément aux instructions pour le moins inhabituelles du Conseiller à la Sécurité Nationale, il ne s'était présenté à aucune autorité locale. Il devait d'abord prendre contact avec "Lady A", qui lui donnerait ses instructions sur la conduite à tenir et sur d’éventuelles collaborations. Donan avait demandé au conseiller s’il devait lui rendre compte du déroulement de sa mission. A sa grande stupéfaction, celui-ci lui avait répondu de ne le faire que si Lady A lui en donnait l’ordre… c'était du jamais vu.

Il avait aussi appris, par "radio couloir" de la Maison Blanche, que Lady A avait toujours catégoriquement refusé la moindre rémunération, sous quelque forme que ce soit, pour ses mystérieux services auprès de la Présidence. L'étrange conseillère occulte du Président n'était donc manifestement pas motivée par l'appât du gain. En observant la splendeur discrète mais évidente de la demeure où il venait d'être introduit, Donan se disait que l'argent devait être la dernière de ses préoccupations.

Costume sombre impeccable, cravate Club de Yale nouée serré, Donan attendait dans le bureau luxueux, assis dans un profond fauteuil en cuir devant la table basse en marqueterie. Il se demanda combien d'années de son traitement il lui aurait fallu pour s'offrir ne serait-ce que cet ensemble de salon. Le maître d'hôtel lui avait apporté une cafetière pleine d'un breuvage odorant, une carafe de jus de fruits fraîchement pressés et quelques viennoiseries qui auraient pu sortir d'une pâtisserie parisienne.

Il se dit que ce « maître d'hôtel », devait être un sacré client. Il avait remarqué la bosse discrète qui déformait légèrement sa veste de service parfaitement coupée et hésitait entre le .44 Magnum de l'Inspecteur Harry ou un bon vieux Colt 1911, un peu « vintage » mais toujours efficace. En tout cas, il sentait l'ancien des forces spéciales à plein nez. Navy Seals ? Delta Force ? Non, pensa Donan, pas le style américain. Légion Étrangère française ? Spetsnaz ? Un commando israélien du Mossad ? Non plus. Avec un très bon instinct affûté par des années de protection rapprochée, Donan pencha plutôt pour un Britannique. Il opta mentalement pour les Royal Marines, ne se trompant que de peu…

Il se demandait comment il fallait s'adresser à Lady A. Il avait pu échanger quelques mots totalement anodins avec elle, une ou deux fois, dans les couloirs de la Maison Blanche. Naturellement, sa beauté, mais plus encore sa prestance, l'avaient impressionné. Ses tailleurs sobres étaient d'une élégance raffinée et discrète. Ce qui lui avait particulièrement plu, c'est que contrairement à beaucoup de visiteurs du Bureau Ovale, souvent bien moins importants qu’elle, Lady A était toujours d'une courtoisie exquise, charmante même. Elle ne manquait pas d’avoir un mot aimable et un sourire, pour ceux qu'elle croisait. Pourtant, elle en imposait tellement, par sa simple présence, qu'elle n'incitait absolument pas à la familiarité. Devait-il utiliser son nom de code et l'appeler "Lady A" ? Ou un plus protocolaire "Lady Undómiel" ? Il opta finalement pour un simple "Madam", prononcé sur le ton respectueux qu'utilisent les militaires pour s'adresser à un supérieur hiérarchique.

Alors qu'il terminait un nouveau croissant comme il n'en avait jamais goûté de sa vie, Arwen entra dans la pièce. Donan mit une fraction de seconde à réagir avant de sauter sur ses jambes et de se mettre instinctivement au garde-à-vous.

- Madam, shift leader Donan, Secret Service, à vos ordres Madam.

Avec sa mise beaucoup plus décontractée qu’à la Maison Blanche, kimono de soie ne cachant rien de ses jambes parfaites, pieds nus, cheveux flottants sur les épaules, la maîtresse des lieux dégageait même dans cette tenue matinale une classe et une autorité naturelle.

Arwen eut un sourire charmant et, d'un geste, l'invita à s'asseoir, puis s'installa gracieusement en face de lui. Donan, intimidé comme un adolescent, attendit qu'elle parle la première. Il sentait son parfum léger, un mélange subtil de fleurs rares d'une fraîcheur presque forestière.

Mon cher Donan, je suis heureuse que ce soit vous qui ayez été désigné pour venir m'aider ici, à Sunnydale. Je vous apprécie. J'ai eu l'occasion de remarquer votre discrétion et votre professionnalisme à Washington.

Donan fut surpris qu'elle l'ait remarqué parmi les dizaines d'agents du Secret Service qui gravitaient autour du Président. Elle poursuivit.

- Il se passe ici des choses... inquiétantes. Très inquiétantes.

- En effet, Madam. J'ai cru comprendre que cette ville connaissait un taux de violence et de criminalité anormalement élevé. Ce matin encore, en venant ici, j'ai entendu à la radio que deux personnes avaient été découvertes atrocement massacrées dans leur jardin. Un règlement de compte entre trafiquants de drogue, sans doute ? La région semble propice à certains trafics transfrontaliers.

- Les narco-trafiquants n'y sont absolument pour rien. Et si cela avait été le cas, croyez-moi, je ne me serais pas installée ici pour si peu. Il existe à certains endroits dans le monde, Capitaine, et à Sunnydale en particulier, des forces obscures bien plus anciennes et bien plus inquiétantes que quelques criminels avides de dollars. Ce qui a massacré ce jeune couple... était un loup-garou. Je suis malheureusement arrivée trop tard.

Donan crut d'abord à une métaphore pour décrire la sauvagerie du tueur.

- Je comprends, Madam. Un tueur en série d'une brutalité bestiale, opérant de manière cyclique peut-être ?

Arwen secoua doucement la tête.

- Non. Un loup-garou. Un lycanthrope. Un homme capable de se transformer en une bête féroce et sanguinaire les nuits de pleine lune. Et pas un loup-garou ordinaire, d'ailleurs, car celui-ci, j'aurais pu m'en charger seule sans difficulté. Celui que nous avons affronté hier soir était... envoûté. Poussé par une volonté extérieure. Sans l'amie qui m'accompagnait, il aurait pu me surprendre mais, heureusement, elle lui montra sa main, il ne m'a que légèrement blessée.

Donan se demanda un instant si cette Lady A ne se moquait pas de lui, ou si elle n'était pas tout simplement folle. Mais la jeune femme lui paraissait d’un sérieux absolu.

- Vous n'êtes qu'au début de vos découvertes, mon cher Donan. Remettez en cause toutes vos certitudes, tout ce que vous pensiez savoir sur le monde. Car il y a des lieux, Sunnydale en est un, où la réalité dépasse la fiction la plus débridée… Vous allez rencontrer des démons, bien sûr. De toutes sortes... Et des vampires... ceux-là ne sont généralement pas trop dangereux, du moins pour moi... je vous conseille cependant d'avoir un crucifix avec vous... Elle le regarda fixement. Sunnydale, est ce que certains initiés appellent... une Bouche de l'Enfer. Un point de convergence pour les forces obscures.

*****

Au volant de sa voiture, Donan, atterré tentait de digérer ce qu’il venait d’entendre. Loups-garous, démons, vampires, Bouche de l'Enfer... C'était du délire pur et simple. Et pourtant... cette Lady A avait l'oreille du Président des États-Unis, et de tout ce qui comptait à Washington. Elle était écoutée et respectée par de nombreux responsables étrangers de tout premier plan. Et puis, il y avait surtout en elle quelque chose d'indéfinissable qui l'incitait, même contre toute raison, à prendre au sérieux ce qu’elle disait. Sa mission à Sunnydale s'annonçait bien plus étrange et sans doute bien plus dangereuse qu'il n'aurait jamais pu l'imaginer. Il s'était arrêté sur la route dans une boutique de souvenirs et avait acheté un petit crucifix qu'il avait glissé dans sa poche en se moquant de lui-même.

Il se sentait à la fois groggy et traversé d'une excitation presque juvénile. Après lui avoir parlé de l'attaque du loup-garou, Arwen avait évoqué un affrontement avec une horde de créatures dont la description glaçait le sang. Elle lui avait brossé un tableau de Sunnydale comme un épicentre de phénomènes... anormaux.

Il roulait maintenant en direction du poste de police local. Arwen lui avait ordonné de se présenter aux autorités et de dire que sa mission officielle était de collaborer avec elles en raison de l'importance et de la nature particulière de la criminalité dans la ville. Arwen considérait, qu'il valait mieux que la présence de Donan soit connue, plutôt que la police du coin ne l'apprenne par hasard, ce qui aurait pu les inciter à creuser le sujet.

Durant leur entretien, Donan avait parlé de sa brève conversation téléphonique avec le Sergent Miller, lui révélant qu'il l'avait connu à l'école de police. Cela avait beaucoup amusé Arwen, qui lui avait alors raconté en pouffant, la tentative d'arrestation avortée et la déconfiture du policier lorsqu’elle lui avait passé le Directeur du FBI. Donan avait levé les yeux au ciel en songeant à la nouvelle idiotie de son ancien collègue. Il avait tout de même signalé à Arwen, par acquis de conscience, que Miller lui avait parlé au téléphone d'une certaine Faith Lehane, qui lui paraissait "extrêmement suspecte" et potentiellement liée à des activités criminelles.

Lorsqu’il avait mentionné ce nom, à sa grande surprise, Arwen avait éclaté d'un rire cristallin. Puis, sans la moindre gêne, elle lui avait expliqué que Faith était sa compagne. Devant son air étonné, elle avait toujours avec la même aisance aristocratique, mis les points sur les "i".

· C'est ma petite amie, mon amante, si vous préférez. Elle s'amusait de l'air interloqué de Donan dont les sourcils s'étaient haussés jusqu'à la racine de ses cheveux... Elle avait eu un sourire charmant et un peu espiègle... Vous n'êtes pas choqué ?

· pas du tout… absolument pas, Madam avait précipitamment répondu Donan, avec une parfaite mauvaise foi. Il avait songé fugacement que ces Européens étaient décidément très... décadents.

Avec malice, comme si elle lisait dans ses pensées, Arwen lui avait dit.

· Tant mieux, mon cher Donan, l'amour vrai ne saurait être décadent, il est, c'est tout.

Arwen lui avait ensuite demandé d'avoir l'œil qui traîne, d'observer, de prendre la température de la ville et qu'elle le contacterait pour lui donner des instructions plus précises. Elle avait ajouté, avec un sourire qui le désarma complètement, de laisser tomber le "Madam" et l'appeler simplement Arwen. Il n’avait pu s’empêcher, bien qu'il n'ait jamais vraiment nourri le moindre espoir de séduire l'inaccessible Lady A, d’éprouver une petite déception en apprenant que le cœur de ce fantasme vivant était pris…

Perdu dans ses pensées, il se gara devant le poste de police de Sunnydale, un bâtiment municipal d'une banalité affligeante qui contrastait violemment avec le luxe et le mystère de la demeure d'Arwen. Il coupa le contact, prit une profonde inspiration, et se prépara à affronter la bureaucratie locale.

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