L’Etoile se souvient et veille...
Après le départ de Donan, Arwen resta un long moment, seule dans son bureau. Sa nuque reposait sur le dossier profond du fauteuil en cuir, les pieds posés sur la table basse, elle s'octroyait un moment de détente. Elle sentait combien elle avait besoin de récupérer. Immobiliser les deux tueuses, puis maîtriser le loup-garou et enfin le combat acharné de la veille l’avait vidée plus qu’elle ne voulait le montrer. Il fallait vraiment qu’elle recharge ses batteries avant de pouvoir de nouveau utiliser pleinement ses pouvoirs.
Un léger sourire aux lèvres, elle s’abandonna à la rêverie. Il y avait si longtemps... si incroyablement longtemps qu'elle n'avait pas senti son cœur vibrer de cette manière, ni savouré cette chaleur délicieuse qui envahissait tout son être. En vérité, après des siècles de veille, de combats et de deuils silencieux, elle croyait cette part d'elle-même éteinte. Elle n’imaginait pas être capable de ressentir à nouveau cette fulgurance, ce sentiment tellement... déstabilisant. Elle avait aimé, passionnément, autrefois, il y a si longtemps… Elle s’était ouverte à des passions humaines, elle avait perdu un peu de cette distance, de cette réserve propre aux elfes. Et puis, avec la douleur de la perte, son renoncement à quitter la vie, elle avait retrouvé ses attitudes lointaines, sa réserve un peu hiératique.
C’est alors qu’une silhouette, un visage entrevu une nuit dans l'ombre d'un cimetière californien, l'avait bouleversée. Ce soir-là, après avoir bloquée l’attaque des deux Tueuses, elle était restée un long moment dissimulée derrière les arbres. Malgré son épuisement, le pouvoir psychique de blocage était l’un des plus vorace en énergie, elle avait senti son cœur endormi battre à une cadence oubliée, ou peut-être jamais connue. Elle avait dévoré du regard cette jeune femme à la beauté sauvage, à l'énergie brute qui se débattait avec une fureur désespérée pour se libérer. Dans cette rage, dans cette vulnérabilité farouche, Arwen avait perçu comme une étincelle indomptable qui l'avait fascinée et qu'elle n'osait nommer.
Et puis il y avait eu toute la suite... jusqu’à cette nuit merveilleuse, communion des corps et des âmes qu'elle ne croyait plus possible depuis Cerin Amroth. Mais supporterait elle une nouvelle fois la douleur lorsqu'elle serait de nouveau seule face à l'éternité ? Elle chassa cette pensée sombre. Elle se surpris à murmurer pour elle-même, seulement pour le plaisir d’entendre ce prénom…
- Faith...
Elle sentit une présence et releva la tête. Faith la regardait, appuyée contre l'encadrement de la porte, un sourire moqueur aux lèvres, les bras croisés sur la poitrine.
- Alors, Princesse ? On parle toute seule maintenant ? C'est un nouveau hobby elfique ou seulement l’âge ?
- Viens ici, insolente… répondit Arwen d’une voix emplie de tendresse.
Faith s'approcha et Arwen l'attira à elle.
- Si c'est pour parler de toi, mon Cœur, alors oui, j'espère bien parler toute seule, et à toi, et au monde entier, tout le temps.
Bien que profondément émue par ces mots, que nul ne lui avait jamais dit, Faith, fidèle à son personnage… pinça légèrement la joue d’Arwen…
- T'es vraiment un cœur d'artichaut, hein ? Une vraie midinette sous tes airs de grande dame millénaire.
Arwen eu un petit rire tendre…
- Et toi, décidément la plus exquise des sales gosses.
Arwen se sentit revigorée par la présence pétillante de sa compagne… Elles regagnèrent la terrasse. Giles, qui avait péniblement retrouvé ses esprits grâce au baume miraculeux était assis à la table. Carnet et stylo en main, il s’efforçait de rassembler les données du problème « Sauron ». Le digne observateur arborait une mine un peu honteuse. Le Scooby Gang, avec une certaine ironie, lui avait raconté par le menu les événements épiques de la soirée précédente, insistant particulièrement sur son sommeil profond et ses ronflements sonores pendant que la maison était assiégée. Arwen voulut le réconforter.
- Rupert, ne vous en faites pas. Après un tel festin et de telles libations, même un guerrier du Gondor aurait succombé…
Faith, s'était assise à côté de Cordelia sur un autre canapé, un peu à l'écart d'Arwen. Elle ne voulait pas donner le sentiment que ses liens avec l'Elfe lui donnaient préséance sur les autres. Elle se pencha à l'oreille de Cordelia et murmura une plaisanterie sur la capacité de Giles à « tenir le coup face aux démons de l'alcool ». Cordelia, toute à cette nouvelle amitié, devenue, qui l'eût cru, une relation des plus prestigieuses, gloussa bruyamment.
Giles se tourna vers les deux jeunes femmes, l'œil sévère, une remarque acerbe sur le respect dû à son état post-traumatique au bord des lèvres. Mais Arwen, avec son sourire le plus charmeur, lui prit doucement le bras.
- Ne leur en veuillez pas, Rupert. Faith est une gamine insupportable, je le lui ai dit... pour mon malheur, j’en suis follement éprise… Et j'ai bien peur qu'elle ne donne le mauvais exemple à notre chère Cordelia.
Faith tira la langue et Arwen lui répondit par un clin d'œil. Il s'ensuivit un éclat de rire général qui détendit totalement l'atmosphère. Mais Arwen repris, l’air grave.
- Assez rit, ce qui s'est produit hier soir est extrêmement sérieux. Il est maintenant clair qu'Oz, sous sa forme de loup, bénéficiait de l'appui direct de Sauron, puisqu'il était accompagné d'une compagnie d'Uruk-Hai. De plus, il paraissait envoûté, beaucoup plus fort, plus agressif et plus malin que d'ordinaire. Je crains que son esprit ne soit, au moins partiellement, sous l'influence directe de celui de Sauron.
- Des Uruk-Hai... Des loups-garous possédés... Sauron... songea Buffy, décidément, la situation ne s'arrange pas. Elle devient même de plus en plus compliquée. Je me demande s'il est possible, pour une Tueuse, de prendre un ou deux siècles sabbatiques. Juste pour souffler un peu…
- Bah, finalement, on s'en est bien sortis, non ? On a réussi à repousser ces nouveaux machins sans trop de casse, à part l'épaule de Faith et la sieste de Giles, lança Xander avec une assurance feinte.
Arwen repris la parole.
- Certes, Xander, les Uruk-Hai n'étaient pas très nombreux cette fois-ci. Une simple escouade de reconnaissance. Mais imagine un instant que nous ayons à faire face à quelques centaines, voire quelques milliers d'entre eux. L'affaire serait, je vous l'assure, bien plus compliquée. C'est d'ailleurs en prévision de ce genre de situation que j'ai demandé un renfort. Un agent du Secret Service, est arrivé ce matin à Sunnydale. Je l'ai personnellement demandé au Président. Le cas échéant, nous pourrons recourir au soutien des autorités fédérales. Elle marqua une pause et se tourna vers Buffy. Et enfin... je tiens à dire que l'ignoble créature connue sous le nom d'Angelus est définitivement morte et enterrée. Et je suis heureuse, de compter le noble vampire Angel, avec sa belle âme, parmi nos compagnons d'armes. Avec Cordelia, ils ont sauvé celle que j'aime, jamais je ne pourrai leur exprimer suffisamment ma gratitude.
Angel, qui se tenait un peu à l'écart, sous l'ombre d'un auvent, pour s'abriter du soleil matinal qui commençait à monter, se leva et s'inclina avec respect, tandis que Buffy, laissait échapper un gros soupir de soulagement.
Pourtant Arwen restait pensive, seule Faith le sentit et s’approcha d’elle.
- Ca va Princesse, tu as l’air toute songeuse ?
- Oui, oui, ça va… mais je me demande… enfin il est trop tôt pour en parler… il ne faut pas faire de suppositions à la légère...
Faith la regarda intriguée mais respecta le silence de l’Elfe.

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