L’ombre de l'Etoile et le sourire de Debbie
Debbie, la jolie secrétaire du Chef de la Police de Sunnydale, se sentait toute chose. Cet agent Donan du Secret Service, arrivé tout droit de la Maison Blanche, avait de l'allure, une prestance qui la changeaient agréablement des flics un peu rustres de Sunnydale. Bon, tous n'étaient pas des caricatures à la Miller, mais quand même... Donan était grand, athlétique, les cheveux courts poivre et sel coupés avec une précision militaire. Son costume sombre était parfaitement ajusté à sa silhouette affûtée. Elle le trouvait diablement séduisant. Et ça tombait plutôt bien, elle venait tout juste de larguer son petit ami du moment…
Par chance, le Chef Thompson n’était pas encore revenu de son briefing hebdomadaire chez le maire, le très étrange Wilkins. Cela avait laissé le temps à Debbie d'offrir un café à l'envoyé de Washington. Bonne inspiration, elle avait mis ce matin cette petite robe vert d'eau qui lui allait si bien... Elle babillait joyeusement, expliquant à Donan les quelques endroits agréables de Sunnydale, insistant sur les restaurants et les bars qui, elle l'espérait, pourraient lui donner envie de l'y inviter. De temps à autre, elle passait distraitement une main dans ses boucles blondes soyeuses, un geste irrésistible, d'après ses copines.
Donan, encore tout chamboulé par les révélations d'Arwen, restait un peu distant, ce qui ne faisait qu’attiser les efforts de Debbie. Il trouvait tout de même que cette jeune femme, avec ses grands yeux verts pétillants et son carré court dynamique, était très mignonne. Ce n'était certes pas la beauté fascinante et presque irréelle d'Arwen, mais elle lui semblait humaine, plus accessible, plus rassurante que l'impressionnante Lady A. Il se dit qu'il serait sans doute agréable de pouvoir l'inviter à sortir un soir, et il se demandait comment s'y prendre, car malgré son assurance professionnelle, Donan était d'une nature plutôt timide avec les femmes.
Thompson arriva enfin, l'air fatigué et préoccupé. Il salua brièvement Donan et le fit entrer dans son bureau. Il se laissa tomber lourdement dans son fauteuil.
- Bienvenue Shift Agent Donan... Asseyez-vous, je vous prie. Dites-moi ce qui amène un ponte de Washington comme vous dans notre paisible petite ville de Sunnydale ?
Donan sourit intérieurement d'être qualifié de "ponte".
- Monsieur, les autorités fédérales, et plus particulièrement le Bureau, s'inquiètent du taux de criminalité et de la nature de certains incidents qui se produisent ici, à Sunnydale. Ma présence vise à évaluer la situation et à offrir le soutien de nos services si nécessaire.
- La criminalité à Sunnydale... Remarquez j’aime mieux ça… J'avais pensé un instant que c'était encore pour cette histoire d'hier matin. Celle qui, par la faute d'un imbécile, m'a valu une engueulade mémorable du Directeur du FBI en personne
- Je ne suis pas au courant de cet incident spécifique, Monsieur.
- Bien sûr que non... répondit Thompson qui n'en croyait pas un mot. Enfin, si vous êtes ici pour la criminalité, les huiles de Washington ne vont pas être déçues. Un meurtre abominable a encore été commis la nuit dernière. Un couple, dans leur jardin. On aurait dit l'œuvre d'une bête sauvage. Ou de plusieurs. Il reprit d’un ton agacé… D'ailleurs, puisque les "huiles" veulent tant enrayer la criminalité ici, j'aimerais bien comprendre pourquoi on m'a ordonné, ce matin même, de clore une grosse affaire. Le meurtre sauvage de l'adjoint au maire Finch, il y a quelques mois. J'avais une suspecte. Une piste sérieuse. Et paf ! Dossier classé. Ordre d'en haut. Dites-moi, Donan, vous connaissez une certaine Arwen Undómiel ? Lady Undomiel... Elle semble elle aussi graviter autour de la Maison Blanche.
Donan choisit de rester évasif.
- J'ai en effet eu l'occasion de croiser Madame Undómiel à Washington, oui. Mais je ne saurais vous dire quel est son rôle exact.
- Cette mystérieuse personne, figurez-vous, habite depuis quelque temps la plus belle propriété de la région, ici à Sunnydale. Et c'est très probablement elle qui a fait bloquer mon enquête. Sans doute pour protéger une certaine Faith Lehane, une jeune femme de très mauvaise réputation, et qui était ma principale suspecte dans l'affaire Finch. Franchement, je ne vois pas ce qu'une personnalité comme Madame Undómiel, si tant est qu'elle soit ce qu'on dit d'elle, peut bien faire avec une petite frappe comme cette Lehane.
Donan, qui savait maintenant ce qu'Arwen "faisait" avec Faith Lehane, se garda bien de commenter… Le Chef reprit.
- Enfin... tout cela ne me concerne plus, ou presque. J'ai bientôt l'âge de la retraite. Une retraite tranquille, j'espère. Alors, les histoires de cette ville, ses meurtres bizarres, ses disparitions, et les protections occultes de certaines de ses habitantes... je ne vais plus trop mettre mon nez là-dedans. Qu'ils se débrouillent. Thompson marqua une pause. …excusez-moi. Je suis parfois un peu... bourru. Un reste de mes jeunes années. J’étais sous-lieutenant au 1st Cavalry, au Vietnam. Une sale blessure au genou a mis fin à ma carrière militaire et m'a conduit, allez savoir pourquoi, dans la police, puis à me retrouver chef dans cette ville... étonnante. On voit des choses ici, des choses qui vous usent.
Donan trouva soudain le Chef Thompson beaucoup plus sympathique. Il respectait profondément les vétérans du Vietnam, ces hommes qui avaient traversé l'enfer.
- Je comprends, Monsieur. Et ne vous excusez pas. Vous avez le droit d'être à cran. Et pour ce qui est de moi, soyez assuré que vous n'avez aucun coup tordu à craindre de ma part. Je suis ici pour observer, comprendre, et éventuellement aider si mes supérieurs le jugent nécessaire. Pas pour créer des problèmes supplémentaires. Et vous avez bien raison de ne pas vouloir vous mêler outre mesure des affaires de Madame Undómiel ou de ses... proches. Y compris, et je dirais même surtout, cette jeune femme, Faith Lehane, quelle que soit sa réputation sulfureuse. Croyez-moi, c'est un conseil d'ami.
- Bien d'accord sur ce point… on se comprend...
- Pour en revenir à des sujets plus... terre à terre, j'ai connu l'un de vos hommes à l'école de police, il y a quelques années. Un certain Frank Miller.
Le Chef Thompson leva les yeux au ciel avec une expression de profond désespoir.
- Miller ! Ne m'en parlez pas ! Si vous connaissez ce crétin alcoolique et borné, alors vous devez comprendre l'un des principaux problèmes quotidiens que doit subir le malheureux chef de la police de Sunnydale ! C'est à cause de lui, que j'ai eu des ennuis avec Washington ! Figurez-vous que ce triple idiot n'a rien trouvé de mieux que de débouler comme un cow-boy en furie chez Madame Undómiel, de bousculer son majordome – un ancien des SAS Britanniques, d'après ce que j'ai cru comprendre, un type qui aurait pu le massacrer les mains attachées dans le dos et avec un cure-dent – et de menacer d'arrestation Madame Undómiel elle-même, ainsi que cette Faith Lehane ! Vous vous rendez compte ?
- Déjà à l'école, Miller avait un don exceptionnel, quasi surnaturel, pour s'attirer les pires ennuis sans même en avoir la moindre conscience. Il n'a visiblement pas changé.
Donan se leva.
- Je vais commencer mon évaluation, Chef. Merci pour votre accueil.
- C'est moi qui vous remercie. Et... à propos de Miller... aussi crétin soit-il, et Dieu sait qu'il l'est, c'est le pire que je connaisse... mais si vous le connaissez déjà et que vous supportez l'idée de le subir encore un peu, il pourrait probablement vous donner quelques informations intéressantes sur les bas-fonds de Sunnydale. Il est tellement fouineur et indiscret que parfois, sans même s'en rendre compte, il tombe sur de bonnes informations. Un écureuil aveugle trouve parfois une noisette, comme on dit.
Thompson raccompagna Donan jusqu'à la porte de son bureau. Debbie, la secrétaire, qui avait manifestement attendu ce moment, gratifia le capitaine de son sourire le plus éclatant.
- Si vous avez besoin de quoi que ce soit – informations, contacts, un bon café – vous pouvez avoir totale confiance en Debbie. Elle est très efficace et connaît bien la ville. Adressez-vous à elle pour toute chose dont vous pourriez avoir besoin.
Donan acquiesça, remercia le Chef, s'efforçant de dissimuler à quel point il appréciait cette suggestion.

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