Mission accomplie : échapper à Miller. Mission suivante : survivre à Sunnydale.

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Enfin débarrassé de Miller ! Donan respira profondément, savourant ce court instant de silence avant de se tourner vers l'homme en tenue de chasse qui n’avait pas perdu une miette du spectacle offert par Miller

- Bonsoir, désolé pour le... spectacle. Mon ancien camarade a parfois tendance à être un peu trop... expansif.

L’homme eut un sourire en coin…

- Ouai… et pas très prudent... Pas grave, on le connaît … Je vous ai jamais vu ici vous ? Comme ça vous travaillez pour le président ?

Donan eut un petit rire…

- Oh, de très loin… comme quelques milliers de fonctionnaires fédéraux… mon ami veut toujours faire le malin… Je vous offre un verre ? Et à vous aussi, patron ? Pour me faire pardonner le dérangement…

- Voilà qui est parler !

Le patron s’approcha à son tour.

- Avec plaisir. Et puisque ce bois-sans-soif de Miller est enfin parti, je crois qu'on peut sortir quelque chose d'un peu mieux... et dégagez-moi votre soda, on est pas dans une pharmacie !

Il se pencha sous le comptoir et en sortit une bouteille dépourvue de toute étiquette.

- Un vieux Bourbon ! Vous trouverez pas ça dans le commerce. C’est quelque chose que je garde pour les connaisseurs. À votre santé, l’ami. Et bienvenue à Sunnydale. Vous allez voir, on ne s'ennuie jamais ici.

Donan sourit. Peut-être que sa « virée » allait s’avérer moins inutile qu’il ne l’avait cru. Mais il fallait jouer serré s’il voulait en apprendre un peu plus sur les mystères de cette drôle de ville.

Donan, un peu inquiet, goûta le Bourbon, craignant un tord-boyaux mais le breuvage était délicieux. Il commença par échanger quelques banalités avec le chasseur qui s'appelait Chuck et le patron, Rob. Les deux hommes semblaient le jauger pour savoir s'ils pouvaient se fier à lui. Il décida de ne pas précipiter les choses. S'il les braquait, il n'apprendrait rien, et il était convaincu qu'ils avaient envie de lui raconter quelque chose. Il avait bien remarqué le regard échangé par les deux hommes lorsque Miller délirait sur les récents crimes. Il avait le temps, encore plus de deux heures avant de passer prendre Debbie. Rob offrit à son tour sa tournée de Bourbon, et Chuck lui lança un regard interrogatif. Rob eut un imperceptible signe d'acquiescement. Donan sentit que c'était gagné. Chuck bu une gorgée et prit la parole.

- J'ai écouté cet imbécile de Miller, à propos du meurtre de la nuit dernière... Il laissa sa phrase en suspens, observant la réaction de Donan qui se garda de dire quoi que ce soit, laissant le silence faire son œuvre. Ouai… moi... j'ai vu des choses… pas des élucubrations d’ivrogne. Il marqua une pause, but une nouvelle gorgée puis reprit. Je rentrais tard, avec mon 4x4. J'avais été à la chasse, loin dans les collines, j’aime bien, y a jamais personne. Je suis passé devant la propriété de La Duchesse.

Donan réalisa aussitôt qu'il s'agissait d'Arwen. Chuck lui expliqua, avec un sourire, qu'ils l'avaient surnommée ainsi parce qu'elle avait l'allure d'une grande dame, "comme dans les films", avec sa façon de se tenir et ses manières. Il expliqua que lorsqu'il avait ralenti pour marquer le stop au croisement avec la route qui menait au hameau où avait eu lieu le meurtre, il avait entrevu une bête. Une espèce d’ombre massive qui avait traversé la route comme un éclair, disparaissant dans les bois.

- J’ai pas peur des bêtes sauvages... J'aime les bois, j’en ai vu d'autres. J'ai arrêté mon 4x4, j'ai pris ma petite copine… ma Marlin 44.40, et je suis descendu. J'ai fait quelques pas dans la forêt, et je l'ai vue. Elle humait l'air, le museau levé. J'ai voulu m'approcher pour assurer mon tir, mais au dernier moment, elle m'a senti. Et elle est partie. À une vitesse incroyable. Il vida son verre d’une traite, comme pour se donner du courage avant de reprendre. Je l'ai manquée. Ecoutez-moi bien, j’ai chassé à peu près tout ce qu’on peut chasser… mais jamais vu un tel animal. La taille d’un ours. Pas un grizzly, non, un simple ours brun. Mais beaucoup plus puissant, plus massif. Ça ressemblait à un loup… mais ce n'en était pas un. Pas comme ceux qu'on connaît. A un moment, j’ai eu l’impression qu’il courait sur ses pattes arrière… et son regard… j’en ai encore froid dans le dos. Je suis pas une mauviette… mais j'avoue... j’ai pas osé le suivre. Je me suis tiré vite. Et vous savez quoi ? J’ai pas envie de savoir ce que c’était…

Donan repensa aux paroles d'Arwen : "un loup-garou envoûté"… non, je deviens dingue songea-t-il. Chuck continua, il avait envie de se confier.

- Mais un truc est sûr. La petite Lehane... Faith Lehane... elle n'y est pour rien, à mon avis. Cette fille, c'est pas un ange, sûr... pour l'adjoint au maire, je ne sais pas. Mais pour ce dernier meurtre... je crois pas.

- Et penser que « La Duchesse », aurait pu tremper là-dedans, y-a que ce crétin de Miller pour avoir une idée aussi idiote. Ajouta Rob. Je l’ai croisée, une fois, « La Duchesse »... Elle se montre pas beaucoup. Elle m'a salué très poliment... Elle est d'une beauté presque irréelle. Mais il y a chez elle quelque chose d'intimidant que je sais pas définir. Elle est pas menaçante, non. Mais elle en impose. Je vous assure, il ne me serait jamais venu à l'idée de la siffler ou de l'aborder, même saoul. C’est vraiment une Dame. L’admiration se devinait dans sa voix.

- Ouai dit Chuck, une grande Dame, comme dans les légendes… Et si j’étais Miller j’éviterais de parler mal d’elle. Ici il y a des choses bizarres… et dangereuses. Faith Lehane... celle-là, c'est autre chose. Un joli brin de fille, oui. Mais elle respire la violence. Un corps affûté pour le combat. Elle non plus, je n'aurais pas osé lui manquer de respect. Mais là, je sais pourquoi…

Donan était pensif, les paroles de Rob sur Faith Lehane le troublaient. "Respire la violence", "corps affûté pour le combat"... Et cette Arwen, cette étrange conseillère présidentielle, qui la disait son amante, qui la protégeait, qui la défendait. Donan se dit qu'il allait falloir qu'il en sache plus sur cette Faith. Serait-il possible qu'elle ait abusé Arwen ?

Se pouvait-il que Miller ait senti quelque chose ? Il songea à la formule du chef Thompson sur les écureuils… Arwen, malgré sa puissance, pouvait-elle être manipulée par une âme sombre ? Et dans quel but ? Il termina son Bourbon. Il devait agir. Discrètement. Il avait des ressources. Des bases de données fédérales, des contacts. Il allait lancer une enquête sur Faith Lehane. Pas une enquête criminelle, non. Une enquête de profil. Comprendre qui elle était, son passé, ses schémas de comportement. Il avait besoin de savoir si Arwen était en danger, et si, à travers elle, on ne cherchait pas à atteindre le Président… Et même Arwen, qui était-elle ? Elle paraissait avoir une trentaine d’années mais, sa présence, sa manière de parler, son assurance, son autorité étaient étranges chez une aussi jeune femme. Comment imaginer qu’elle soit déjà une diplomate aux réseaux planétaires, qu’elle puisse influencer le président des Etats-Unis ? Était-elle une de ces figures de la Silicon Valley jouant avec des technologies encore inconnues du grand public… avec son élégance bohème mais parfaite et très étudiée, elle n’en avait pourtant pas le style et faisait plutôt penser à une artiste Européenne telle qu’on se les imaginaient à Hollywood… Face à elle, il avait toujours ce sentiment étrange d’être percé à jour, il se dégageait d’elle un magnétisme qui n’était pas seulement dû à sa beauté qui la rendait aussi intimidante qu’attirante. Inaccessible. C’est le seul mot qui lui vint.

Il jeta un dernier regard à Chuck et Rob, qui avaient repris leur conversation sur la chasse, et se leva. Il avait rendez-vous avec Debbie, et il espérait que cette soirée lui offrirait un répit, un retour à une normalité : une lumière simple et joyeuse, même temporaire, avant de plonger plus profondément dans les mystères de Sunnydale.

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