Le croque-mort qui vit une Reine
En traversant le salon, accompagné d’Alfred qui le reconduisait à la porte, Donan avait croisé une très jolie jeune femme brune, vêtue d’une chemise blanche, ceinturée à la taille, dont émergeait ses jambes musclées. Son corps était sculpté, la musculature puissante mais fine. Elle avait quelque chose de déterminé dans le regard. Elle entra sans frapper dans le bureau d’Arwen. Donan en conclut qu’il devait s’agir de Faith Lehane. Un bel animal, sauvage et sensuel songea-t-il… Derrière la porte qu’elle venait de franchir, sans un regard pour lui, foulant le sol de marbre de ses pieds nus, il pressentait autre chose qu’un bureau : une sorte de royaume étrange.
Il remonta en voiture vidé par son « apéritif » avec Arwen. Il avait conscience qu’il avait évité de terribles ennuis. Dorénavant il ne se risquerait pas à prendre une quelconque initiative sans son aval. En conduisant il se disait qu’il n’en revenait toujours pas de songer qu’elle lui avait assené comme une évidence, que le président n’avait pas autorité sur elle. Et le pire et qu’il la croyait alors qu’il aurait tenu pour folle toute autre personne qui aurait prétendu une telle aberration. En fait, Lady A semblait considérer le président comme… un égal… il songea que cette femme était aussi terrifiante qu’elle était séduisante, ce qui n’était pas peu dire. Il y avait en elle quelque chose qu’il ne pouvait s’expliquer : sa présence avait l’évidence d’un orage d’été, irrationnelle mais incontestable. La réalité était là, lui Daniel Donan, agent du Secret Service, connu pour son courage et son sang-froid, se sentait comme un gamin pris en faute sous le regard pailleté d’argent d’une jeune femme à la sophistication décontractée qui devait avoir au bas mot, quinze ans de moins que lui ! Du moins le pensait-il...
Cela rappela à sa mémoire quelques bruits qui se murmuraient dans les couloirs de la Maison Blanche et qui lui avait alors semblé de l’ordre de la « légende urbaine ». Selon certains employés de la présidence, il y avait, dans le bureau ovale, dans les périodes de crise, des discussions très animées sur des sujets stratégiques majeurs. On prétendait qu’il arrivait que Lady A contredise avec une autorité courtoise mais affirmée, le vice-président ou le secrétaire d’État et plus fréquemment encore l’un ou l’autre des directeurs des agences fédérales.
Pour autant aucun ne s’était risqué à tenter des représailles contre elle, ce qui serait arrivé à tout conseiller, même le plus influent, qui aurait remis en cause, devant le président, les analyses de personnages aussi puissants. On racontait, par exemple, qu’elle s’était opposée de manière très argumentée à Dick Cheney à propos de l’invasion de l’Irak après les attentats du 11 septembre. Elle estimait que, si Saddam Hussein était un effroyable dictateur, sa chute ne ferait que déstabiliser la région et conforter le pouvoir Iranien.
Sa démonstration géopolitique, son analyse historique de la situation au Moyen-Orient montrant une connaissance encyclopédique du sujet avaient même, disait-on ébranlé Colin Powell. S’emparant d’une feuille de papier et d’un crayon elle lui avait expliqué, en mentionnant les unités qui devraient être engagées, le défi insurmontable que représenterait non pas la conquête, mais la prise de contrôle de l’Irak. L’ancien chef d’Etat-Major de l’Armée Américaine était, parait-il, resté pantois devant la maîtrise des questions de défense dont faisait preuve cette femme aux allures de mannequin. Pourtant le président aveuglé par sa haine du dictateur Irakien, avait maintenu l’opération. Il se murmurait qu’il avait plus tard reconnu auprès d’Arwen qu’il avait eu tort de ne pas l’écouter.
Arwen leva la tête en entendant la porte du bureau s’ouvrir et un sourire illumina son visage en voyant Faith s’avancer. Elle sauta sur ses pieds pour la prendre dans ses bras et l’entraîner comme dans un mouvement de valse, lèvres soudées aux siennes. Le baiser passionné se prolongea puis Arwen prit le visage de Faith entre ses mains et plongea ses yeux dans ceux de son amante.
- Bien passé ton rendez-vous, Princesse ? J’ai croisé un type pas mal, mais un peu en mode « croque mort ». Il avait l’air KO.
- J’ai dû remettre à sa place l’envoyé de la Maison Blanche… mon cœur.
Faith eu un petit cri d’enthousiasme.
- Ouah, cool, j’adore quand tu fais « péter tes galons », je te trouve presque flippante… enfin plus sexy que flippante… j’aurais aimé voir ça ! Carrément !
- Mais quelle méchante gamine…
Faith lui répondit en l’embrassant dans le cou qu’elle pouvait aussi être très gentille. Les deux femmes éclatèrent de rire.
- Et pourquoi ? Il avait déconné le « croque mort » ?
Arwen l’embrassa de nouveau.
- Oh il avait lancé une enquête clandestine sur toi… Il te prenait pour une dangereuse tueuse…
- Ben… Princesse, il avait pas tout faux sur ce coup…
- C’est vrai mais personne n’a à chercher à savoir quoi que ce soit avant que je ne le décide, mon cœur… il n’y a que moi qui ait le droit de m’intéresser à tes petits secrets…
Faith reprit un ton sérieux.
- Sans toi, Princesse, je serais vraiment dans la poisse, tu es sûre que tu m’aimes avec toutes les conneries que j’ai faites ? Le regard d’Arwen valait toutes les réponses. Faith reprit son air mutin et lança. Je vais aller voir Cordy pour lui demander de me prêter quelque chose pour te faire honneur ce soir… parce depuis la baston qui a ruiné ma seule jupe potable, ce que j’ai de mieux… c’est ma peau et tu as pas l’air d’accord pour que je vienne à poil…
- Insupportable soupira Arwen se disant, pensée peu elfique mais exquise…, qu’elle profiterait plus tard dans la soirée, et en privé, de Faith « au naturel » …

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