De la peau à l'acier
Les volets restés ouverts laissaient le soleil filtrer au travers du voile fin des rideaux. La chambre avait cette odeur suave et indéfinissable des fins de nuit trop pleines, mélange de chaleur, de peau et de calme retrouvé.
Faith était allongée sur le dos, encore engourdie mais déjà éveillée. Arwen reposait en travers du lit, entièrement nue, la joue posée sur le ventre plat et ferme de la Tueuse. Il régnait ce calme presque irréel des lendemains d’orage, quand tout semble remis à sa place.
A la vue d'Arwen, vêtue, comme elle le lui avait demandé, de ses seuls "Louboutin", Faith avait cru s'évanouir de désir. La tension n'était pas retombée lorsque, après quelques poses des plus suggestives, l'Elfe avait envoyé les prestigieux escarpins à semelle rouge dans un coin de la pièce... Avides l’une de l’autre, les deux femmes n’avaient même pas pris la peine de défaire le lit. La nuit avait été intense, pleine d’audaces mais surtout étrangement tendre. Le genre de nuit qui ne ressemble à aucune autre et qui laisse derrière elle comme un voile de douceur cotonneux, lorsque l’ombre devient un cocon doux et protecteur. C’était comme si la violence du monde extérieur avait été mise en sourdine.
Faith fixait le plafond. Elle souriait, simplement. Elle songeait qu’après une succession de combats, de fuites et de mauvaises décisions, ce sentiment-là — cette plénitude — était totalement inédit pour elle. Presque suspect. Elle sentait la main fine d’Arwen qui remontait lentement le long de ses cuisses, puis ses lèvres qui vinrent se poser sur son ventre, juste assez pour la faire frissonner. La jeune Tueuse inspira, ferma les yeux, puis lâcha dans un souffle :
— Faut que je te dise un truc super sérieux, Princesse. Et j’aimerais que tu évites de te foutre de moi pendant, genre… dix secondes.
Arwen releva le regard. Ses yeux gris bleu pénétrants, vifs et infiniment doux, étaient entièrement tournés vers sa compagne.
Faith hésita une demi-seconde. Presque gênée, comme si ces mots lui brûlaient les lèvres, elle murmura :
— Je t’aime.
Le silence qui suivit ne fut pas lourd. Il était plein, plein de tendresse, plein d’émotion. Arwen se redressa doucement, coulant son corps contre celui de Faith. Elle l’embrassa, lentement, profondément, sans précipitation. Son baiser qui ne cherchait pas à convaincre, mais à répondre mieux que n’auraient pu le faire des mots à cette déclaration qui avait profondément touché l'Elfe. Quand leurs regards se croisèrent à nouveau, Faith sentit sa gorge se serrer.
— Sérieusement, ajouta-t-elle dans un souffle un peu rauque… si je claque aujourd’hui… au moins, j’aurai su ce que c’était. Le bonheur total. Le vrai. Pas la version discount.
Elle se reprit et eu un son clin d’œil canaille qui bouleversait les sens d’Arwen :
— Bon. Ça y est. Fin du moment “midinette émotionnelle”, Princesse. Maintenant, j’espère que tu comptes me faire grimper aux rideaux, parce que sinon j’aurais l’air d’une sacrée idiote.
Un assez, et même très long moment plus tard… les voyant arriver sur la terrasse Buffy eut un léger sourire. Faith avait l’air… tellement différente. Plus légère. Presque comme une collégienne qui aurait découvert un secret trop grand pour elle. Elle ne put s’empêcher de constater à quel point elle semblait bien dans sa peau. Apaisée. Et ça, c’était nouveau.
Elles prirent place autour de la table du petit déjeuner. Faith, parfaitement à l’aise, annonça sans détour qu’elles s’étaient beaucoup dépensées et qu’elle avait une faim de loup. Arwen rosit légèrement et leva les yeux au ciel, faussement choquée.
Xander, pour sa part manqua de s’étrangler avec son café en imaginant ce que cela pouvait signifier…
Arwen se contenta ostensiblement d’un croissant et d’une tasse de thé, et, avec un clin d’œil appuyé, elle déclara qu’elle avait encore des réserves d’énergies.... Mais l’action était proche et elle changea de registre. Son sourire fit place à une expression sérieuse, concentrée.
- Nous aurons très peu de temps lorsque Willow aura localisé Spike. J’ai la conviction que Sauron a déjà pénétré l’esprit de notre amie. Il recevra donc l’information en même temps que nous. Les Uruk-Hai se mettront alors immédiatement en route. Il nous faudra les devancer, sinon ils s’empareront de Spike avant nous.
- Super, on y va tous et on fait le ménage ! Lança Xander, tandis que Cordelia, méprisante, levait les yeux au ciel comme si elle avait entendu la chose la plus idiote que l’on puisse imaginer.
Faith intervint :
- Dis, Princesse, tu crois pas qu’il vaudrait mieux que Willow reste ici ? Si Sauron la cible directement, elle sera plus en sécurité sous la protection d’Angel et d’Alfred. Buffy approuva de la tête, songeant qu’on aurait décidément tout vu, même Faith capable de réfléchir avant de foncer à la castagne.
-Je suis d’accord, acquiesça Arwen et Veruca restera également. Sous sa forme humaine, elle n’est pas préparée à ce qui nous attend. L’intéressée, visiblement soulagée, remercia Arwen d’un regard. Cordelia par contre refusa catégoriquement de rester à l’abri. Elle venait avec ses amies, pas de discussions !
- Je te croyais un peu coincée, en fait, t’es vraiment une super nana, Cordy, lui souffla Faith.
Arwen appela Alfred.
- Vous convoquerez l’agent Donan pour onze heures trente précises. Nous allons bientôt voir, ajouta t-elle en aparté, si cet envoyé de la Maison Blanche est réellement à la hauteur.
Sur ces mots, elle monta dans sa chambre pour revêtir sa combinaison de combat vert sombre. Faith lui emboita le pas, et, toute en cuir noir vêtue, pris son allure de guerrière futuriste. Elles s’embrassèrent longuement avant de redescendre, et Arwen saisit Hadhafang.
Le temps de la volupté était provisoirement entre parenthèses...
La journée, elle, ne faisait que commencer.

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