« Onze heures trente... précises »

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Donan se réveilla d’excellente humeur. Le genre d’humeur rare qui vous fait accepter sans maugréer la lumière trop franche du matin et le réveil un peu trop matinal. La soirée de la veille avait été… très réussie. Debbie était charmante, drôle avec un esprit vif. Elle se tenait sur un équilibre subtil entre audace et réserve, il ne s’agissait pas qu’elle passe pour une femme « facile », rien de moins attirant ! Un exercice délicat, mais parfaitement maîtrisé… et très efficace pour accrochers sa cible.

Il lui avait parlé de sa mission. Il s’était persuadé, oubliant les procédures du service, ce qui ne lui ressemblait pas, que la qualité de collaboratrice de la police locale de Debbie, l’autorisait à cela… Il ne lui avait tout de même pas tout révélé. Il avait éludé le rôle réel d’Arwen dans les hautes sphères du pouvoir, avait tu sa visite au Trou du Hobbit, et surtout, sans doute par amour propre, la mise au point ferme — pour ne pas dire l’engueulade glacée — qu’il y avait reçue. Il avait fini par lui parler de la relation entre Arwen et Faith Lehane.

La révélation de cette liaison avait surpris Debbie, sans la choquer le moins du monde.

- Faith gay ? Ça alors j’aurais pensé à tout sauf à ça ! Mais Lady Undomiel a un tel charme qu’elle doit pouvoir séduire absolument qui elle veut. Enfin, je suis ravie pour ma copine Faith, jusque-là, elle avait une tendance, incompréhensible pour une aussi chouette fille, à enchaîner les aventures avec des types nuls. Je suis vraiment heureuse qu’elle ait trouvé quelqu’un de bien.

Décidément s’était dit Donan, les meurs sont plus libres en Californie qu’à Washington… ou peut-être simplement moins hypocrites… Il avait hésité un instant puis avait parlé de ses soupçons et de son enquête clandestine sur les deux femmes.

Debbie avait eu une moue légèrement contrariée.

- C’est vous le professionnel, Dan, je ne suis qu’une petite secrétaire dans une petite ville… mais, je vous l’ai dit, je pense que vous-vous trompez complétement. Faith est quelqu’un de bien et je ne parle même pas de Lady Undomiel. En plus, vous faites ce que vous voulez, mais si jamais elle apprend ce genre d’initiative, elle risque de ne pas apprécier du tout. A mon avis, elle n’est pas du genre à aimer qu’on se mêle de ses affaires. Et, vous savez, elle semble avoir de très hautes relations. Alors, comme je vous aime beaucoup - elle avait repris son sourire charmeur – je vous conseille d’être très prudent.

Donan songea que Debbie ne se doutait pas à quel point elle avait raison quant à la réaction d’Arwen… Il assura Debbie qu’il suivrait son conseil.

Ils s’étaient séparés tard, sur un nouveau baiser ambigu et suffisamment prometteur pour empêcher Donan de trouver rapidement le sommeil. Il avait fini par s’endormir bien après minuit, l’esprit encore délicieusment occupé.

Malgré cela, il avait respecté sa routine et s’était levé tôt : quinze kilomètres de footing, douche froide, petit-déjeuner rapide. Il était en train de s’habiller quand on frappa à la porte. Un coup sec. Net.

Par réflexe : Donan glissa son Glock dans sa ceinture, dans le bas du dos, et ouvrit lentement en prenant soin de ne pas se placer dans une éventuelle ligne de tir. Il se détendit... à moitié... devant lui se tenait Alfred.

Raide, cheveux ras. Costume bleu marine impeccable, cravate régimentaire nouée serrée. Même en civil, l’ancien sergent-major des SAS avait l’air d’être en uniforme.

Alfred se mit au garde-à-vous avec juste ce qu’il fallait de nonchalance pour bien marquer qu’il ne faisait que respecter l’étiquette.

— Monsieur. L’appellation réglementaire claqua. Froide. Celle qu’on utilise pour s’adresser un officier, même lorsque l’on estime qu’il manque encore d’expérience. Lady Undomiel vous ordonne de vous présenter au rapport à onze heures et trente minutes précises.

Il insista très légèrement sur le mot précises, avec ce ton particulier des sous-officiers chevronnés : respectueux, mais sans la moindre indulgence. Celui qu’on réserve à un supérieur qu’on juge… perfectible.

Donan ne risqua aucune question. La séance de la veille avec Arwen lui avait servi de leçon…

Alfred, son message délivré, demanda — réglementairement — la permission de disposer. Puis, sans attendre de réponse, il tourna les talons, salua d’un simple coup de menton, et disparut dans le couloir.

Donan referma la porte lentement.

Onze heures trente... Précises.

Il soupira.

La journée promettait d’être… carrée.

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