La voix venue du passé

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Arwen pilotait la Corvette avec une souplesse presque distraite. Elle aimait bien cette voiture. Elle l’avait choisie parce qu’elle incarnait, à sa manière un peu excessive, le rêve américain. Puisqu’elle avait dû quitter pour quelques temps son duplex de l’Île Saint-Louis pour venir ici, autant jouer le jeu jusqu’au bout. A vrai dire, elle l’aimait encore plus depuis qu’elle avait constaté la joie presque enfantine de Faith lorsqu’elle la conduisait.

Une pointe de nostalgie l’effleura. Elle songea à son Aston Martin DB5, à ces départs matinaux depuis Paris vers sa propriété du Poitou, ou vers un hôtel discret de la côte Catalane, des lacs Italiens, ou d’une capitale oubliée de l’ancien empire austro-hongrois. Toujours seule ou presque… Des routes, des siècles, des visages entraperçus....

Elle avait traversé le temps ainsi, aidant les gouvernants à contrecarrer les manœuvres de Sauron, luttant plus souvent dans l’ombre contre le mal, sans jamais pouvoir le nommer ouvertement. Très rares étaient ceux, et encore seulement dans des temps très anciens où l’on croyait encore aux légendes, qui s’étaient doutés de sa véritable nature. Nul ne connaissait la nature exacte de l’ennemi. Mais presque tous s’accordaient sur un point : son efficacité était redoutable, et sa connaissance des affaires du monde… déroutante. Forcément, lorsque l’on existe depuis… quelques 10.000 ans…

Cette mission à Sunnydale aurait pu être une mission parmi d’autres.

Mais il y avait eu Faith.

Malgré une fortune difficile à imaginer et des missions qui, pour certaines, avaient façonné l’Histoire, Arwen traînait au fil des siècles une solitude profonde, doublée d’une tristesse discrète. Elle n’avait pas d’intimes. Pas de famille. Elle savait qu’elle ne reverrait jamais les siens. Elle s’était condamnée elle-même à être la dernière de son espèce. Elle avait seulement des relations choisies, souvent brillantes : artistes, musiciens, écrivains, philosophes, érudits rencontrés au gré des époques et aussitôt évanouis, engloutit par le temps qui n’avait pas prise sur elle.

Elle avait parfois cédé — assez rarement — à des attirances physiques. Elle y avait trouvé, au mieux, un agréable dérivatif… mais guère d’émotion. Jamais jusqu’alors elle n’avait cédé aux quelques attirances saphiques qui, parfois l’avait émue…

Puis Faith était entrée dans sa vie.

La première fois qu’elle avait aperçu la jeune Tueuse, en patrouille avec Buffy, Arwen avait ressenti quelque chose qu’elle croyait définitivement perdu. Une vibration ancienne. Le soir où elle l’avait ramenée en voiture, puis invitée chez elle, son cœur battait comme celui d’une adolescente imprudente. Elle avait voulu prendre son temps. Ne rien précipiter. Elle craignait d’être maladroite. Elle craignait aussi le temps qui passe si vite, même si elle savait que côtoyer une Elfe prolongeait la vie humaine, Aragorn avait vécu 287 ans… mais moins de trois siècles… ce n’est qu’un battement de cil lorsque l’on est face à l’éternité.

La passion avait balayé toutes ces précautions.

Arwen avait compris alors que la solitude qu’elle dissimulait sous une froideur distinguée, Faith la cachait derrière une révolte provocante. Aussi différentes qu’elles soient, la fille des rues de Boston et la Reine d’un royaume disparu, elles portaient la même blessure, à des millénaires de distance. L’une comme l’autre avaient besoin d’un amour à leur hauteur. Même pour le temps d’un souffle songea-t-elle.

Elle se gara près de l’entrée du souterrain et s’y glissa sans un bruit de ce pas rapide et léger propre aux Elfes.

L’obscurité ne la gênait pas. Elle avançait avec une aisance silencieuse de félin, chaque pas précis, tous ses sens en éveil. Elle marcha longtemps, guidée par une mémoire plus ancienne que les pierres elles-mêmes.

Au bout d’un couloir, elle perçut des voix.

Et au milieu, un timbre qu’elle n’avait pas entendu depuis bien longtemps.

La voix de Guillaume.

Douce. Presque aimable avec son accent Britannique. Et toujours aussi inquiétante.

Arwen tira Hadhafang de son fourreau.

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