L'utilité d'un vampire
Spike se redressa lentement. Il sortit assez dignement du sarcophage et fit face à Arwen. Il était lucide et résigné, les provocations étaient devenues dérisoires. Dans quelques instants, il ne resterait de lui qu’un peu de poussière. Il se demanda ce qu’il ressentirait lorsque la lame bleutée d’Hadhafang s’enfoncerait dans son cœur.
- Fais vite, dit-il simplement.
Arwen esquissa un léger sourire et rengaina son sabre.
- Mais, cher Guillaume… je n’ai pas encore décidé si j’allais te tuer.
Spike cligna des yeux. Ce n’était pas prévu. Il était absolument certain que sa non-vie touchait à sa fin.
- Tu… envisages vraiment de ne pas me tuer ? demanda-t-il, incrédule.
Oh, bien sûr, j’ai très envie de débarrasser le Monde d’un monstre aussi ignoble que toi, répondit Arwen avec une légèreté presque aimable. Mais tout dépendra de toi. Ou plutôt… de ton utilité.
Spike fronça les sourcils.
- Je t’écoute.
- Un peu de patience… D’abord Guillaume. Où as-tu été élevé ? Je sais bien que tu as transformé ta mère en vampire avant de la trucider… Mais tout de même, que penserait-elle de toi ? Que tu sois un sadique, je peux le comprendre, le monde est plein de choses ignobles. Mais que tu laisses tes invités debout, ça c’est un manquement à l’étiquette la plus élémentaire !
Spike songea, une fraction de seconde, à lui répondre qu’il ne les avait jamais invités. Mais sa situation restait très précaire et il jugea préférable de garder prudemment profil bas. Avec un léger soupir, il indiqua, d’un geste vague, un ensemble de canapés étranges, d’un goût douteux, mais finalement assez confortables.
- Installez-vous, dit-il.
- Bien, on progresse dit Arwen. Maintenant la courtoisie la plus élémentaire est que tu nous offre quelque chose. Mais je te préviens : si tu t’avises de nous servir du sang, ou seulement d’en boire devant moi, je t’arrache les canines pour m’en faire un collier. Importable évidement mais intéressant pour mon cabinet de curiosités. Tu as la réputation d’avoir de remarquables vieux Portos. Et, j’ai beau y réfléchir, je ne te vois pas d’autres qualités…
Spike sentit sa fin reculer d’encore un pas. Peut-être de deux. Il se hâta d’aller chercher les bouteilles.
Donan, lui, n’en pouvait plus. Il était au bord de la rupture nerveuse, il ne put se retenir et se tourna vers Arwen.
- Madame… je vous en prie. Est-ce que vous pourriez me dire qui, ou… ce que vous êtes ? Je n’ai jamais vu… ça. Et je commence sérieusement à me demander si je n’ai pas des hallucinations.
Faith lui donna une bourrade amicale.
- Accroche-toi, Dan tu vas halluciner. Franchement, tu t’es bien battu. Tu mérites d’en savoir plus.
Elle se tourna vers Arwen.
- Tu ne crois pas Princesse ?
Arwen approuva d’un signe de tête. Pour la première fois elle appela Donan par son prénom.
- Daniel, Faith a raison, vous avez gagné ma confiance… vous allez connaitre mon secret et peut-être comprendrez-vous mieux certaines choses. Ou plus du tout… A ce moment-là, peut-être daignerez-vous enfin obéir à mes ordres.
Donan eut un sursaut et protesta de sa parfaite obéissance. Il s’interrompit en s’apercevant du regard pétillant d’Arwen qui semblait beaucoup s’amuser.
- Oui, Daniel, ne vous ai-je pas demandé de m’appeler par mon prénom ?
Faith se pencha vers Donan et lui souffla à l’oreille.
- Je crois que tu es adopté Daniel !
Arwen fit un clin d’œil à sa compagne et se tourna vers Giles.
- Rupert, seule votre érudition et vos talents de pédagogue permettront d’expliquer ma nature à notre ami.
Ravi, le bibliothécaire se racla la gorge et se prépara avec gourmandise à un de ces longs récits dont il avait le secret.
Spike, lui, s’affairait sous l’œil goguenard du Scooby Gang. Evidemment Faith et Cordelia ne se privaient pas de commenter ses « talents » de garçon de café... Il serrait les dents.
Il songeait à une chose, une seule : combien il aimerait les retrouver seules… loin d'Arwen.

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