Chapitre 12 - La libération
La nuit tomba et Imahi prit l’air dehors le temps de se retrouver un peu avec elle-même.
Elle prit une pierre et grava des dessins sur le sol. Elle s'était isolée loin de la maison de Sairu. Le cœur était lourd, les mots de Sairu résonnaient encore en elle. Elle comprit qu’elle était la seule à porter ce poids. Celui de son clan Sumaq. Elle fit une tentative de métamorphose, mais la douleur de son cœur la rendit incontrôlable. Les souvenirs du passé émergent un à un dans cette obscurité. Elle constata à un moment l’apparition de sa mère lui chuchotant :
- Imahi, reste forte. Imahi.
Puis plus de bruit.
Elle capta des images de sang, d’autres chatons, sans vie et modifiés.
- La cruauté humaine est décidément sans limite !
Puis elle se vit arrachée à sa mère, placée dans une cage vitrée et des humains autour.
La colère d’Imahi était à son comble.
Elle entendit à nouveau les paroles que ces humains prononcèrent ce jour-là.
- Faisons le test sur ce chaton. Les autres n’ont pas fonctionné ! s'exclama l’un d’entre eux. Celle-là est une bonne candidate. Sa marque à l’air d’être éveillée. Injectez-lui l'anesthésiant. On la laissera après dans cette cage. On verra le lendemain si elle aura tenu le coup de la dose.
- Les autres n’ont pas survécu. On en fait quoi d’eux ? Demanda une voix féminine.
- Tu peux les brûler si cela te chante ou les donner aux corbeaux. Ils sont inutilisables. Ils nous servent plus à rien, s’écria la voix masculine.
- Entendu. Laissons la se reposer.
La rage d’Imahi monta d’un cran et ses marques scintillèrent peu à peu.
- Je vous élimine un à un. Sans vergogne !
Sumira et Taoki s'étaient réveillés suite aux résonances.
- Imahi ! Cria Sumira.
- Reviens à toi, Imahi ! On est là ! Tu n’es plus seule ! Supplia Taoki.
Imahi jeta un regard menaçant vers Sumira et Taoki et se calma soudainement. Elle tomba inconsciente au sol. Taoki et Sumira firent appel à leur métamorphose pour la transporter auprès de la maison Sairu.
Sairu était réveillé, lui aussi, voyant le spectacle de loin, depuis son entrée. Il comprit aussi qu’Imahi était un peu rongé par la douleur de ce qu’elle avait subi.
Tout le monde rentra, Sumira prit le temps de s’occuper d’Imahi et lui posa une couverture sur le corps. Sa silhouette redevint petite et celle de Taoki aussi. Les deux se blottirent contre Imahi et finissent par dormir.
Le jour suivant, Imahi resta un peu isolée.
- Je suis désolée que vous ayez dû faire face à moi, hier soir. Disons que je pensais maîtriser ma souffrance.
- Ne t’inquiète pas Imahi. Nous te comprenons. Personne ne peut rester indifférent à ce qui s’est passé, murmura Sumira.
- Quand tu te sentiras prête à affronter à nouveau ce que tu ressens, n'hésite pas à faire appel à Sairu. Il t’aidera à canaliser ton énergie, répondit Taoki.
- Je dois dire que tu m’as impressionné et je peux aussi comprendre cette douleur. Essayer d’en tirer profit lors de tes combats, ce sera un atout. Quand tu seras prête, rejoins-moi à la cave.
- Taoki et moi, resterons à l’entrée pour surveiller. On veut que tu sois dans les meilleures conditions possibles pour ton entraînement !
- Merci, les amis…
Imahi s'assit à table, prit un bol de céréales.
- Fais comme chez toi Imahi… !
- C’est effectivement surprenant de voir des céréales ici, je pense pas que tu en mange, si ? se demanda Imahi étonnée.
- Ahaha. Ne t’en fais pas. Les humains qui ont habité, ici, par le passé, ont laissé un tas de choses derrière eux mais je me suis permis de faire quelques modifications avec la magie. L’entrée peut bien être petite mais seuls les cœurs sincèrement honnêtes peuvent passer cette porte. J'y ai mis un filtre pour me protéger des voyous !
- Nous commençons par quel exercice aujourd’hui ?
- Celui de la pensée contrôlée. Voyons voir cela d’un peu plus près à l’entraînement.
- La pensée contrôlée ? Je vois.
- J’ai pu constater que tu avais des moments de colère enfouis en toi. Je vais te montrer quelque chose, quand tu me rejoindra en bas.
- D’accord. Je suppose que je viens seule ?
- Taoki et Sumira seront absents dans les premiers jours, le temps que tu t'adaptes à ton nouvel environnement. C’est une mesure de protection. Ils pourront se joindre à nous plus tard.
Sairu descend de son siège et prend le chemin vers la cave.
Imahi finit son bol et suivit aussitôt Sairu.
- Te sens tu prête à affronter ce qui t’attends, ici-bas ?
- Oui, allons-y !
Sairu cantonna des sortilèges chamanes à peine audible pour Imahi. Un grand portail fit son apparition dans la cave.
- Je t’en prie.
Imahi sourit et se jeta dans le portail puis Sairu l’accompagna en fermant le portail derrière lui.
- Nous y sommes. C’est ton lieu d'entraînement. Ici, tu peux te lâcher sans souci. Il est cependant possible que tu sentes un poids dans ton cœur. Cet endroit était prévu pour les pêcheurs qui étaient soumis à la haine et au mal.
- D’accord et concernant la magie ?
- C’est un lieu magique, tu risques de faire face à ce que tu connais depuis petit. Revoir des images qui risquent de te faire perdre raison. À l’époque, on attachait par mesure de sécurité des chaînes aux pattes des pêcheurs. Des chamans se mettent autour du pêcheur pour tenter d’absorber le mal et le faire sortir du corps. Ce temps est révolu, je te fais assez confiance pour que tu t'auto-maîtrises. J’ai foi en toi, jeune fille.
Des images du passé commencèrent à faire surface et envahirent la pensée d’Imahi. Le premier exercice pouvait commencer.
Imahi se trouva agenouillé, les mains plaquées contre les tempes sortant des bruits rauques.
Elle laissa son corps s’exprimer et les marques de son clan commencent à faire leurs apparitions sur son corps. Ses yeux deviennent sombres puis clairs. Ses cheveux flageolaient dans tous les sens et finissaient par étinceler. On pouvait notamment observer le bleu de ses cheveux malgré la teinte noire posée dessus. Son hoodie était ouvert ce qui permettait à Imahi de faire apparaître son collier qu’elle portait autour de son cou. Une dent de requin avec un emblème inscrit. Les ongles de ses mains et pieds prennent une proportion plus prononcée. Ils avaient l’air aiguisés. On pouvait sentir que l'énergie brute s’en dégageait de son corps. Elle était prête à surgir.
- Intéressant. Elle a passé un nouveau stade de colère. Il semble plus maîtrisé cette fois-ci.
Sairu créa des sbires pour attaquer Imahi et voir sa réaction. Quelle fut sa surprise de voir l’agilité qu’Imahi gagnait au fur et à mesure de son état démoniaque.
Imahi les frappa un à un les sbires de Sairu. Il en créa des plus grands et des plus robustes pour tester la limite d’Imahi.
Sans aucune hésitation, Imahi fit appelle a ses sens de chat pour parvenir à ses fins.
Son grognement était inaudible.
Elle guetta des passages de sa mère, victime de la traite humaine et de la manière dont ils l’ont laissée pour morte dans une cage désaffectée.
Elle entend la voix de sa mère :
- Imahi… Imahi sois forte…
Apparaissent ensuite les sons de ses frères et sœurs, vulnérables face aux humains. Ils étaient pris, un à un, par les humains et revenaient défigurés ou saignants après les tests. Certains d’entre eux ne se réveillaient même plus.
Des larmes finirent par couler des joues d’Imahi.
- Je vais tous vous avoir ! un à un, sans remords ! Bande de pourritures !
Sairu sortit l’un de ses plus gros sbirs pour affronter Imahi.
Puis dans un dernier élan, Imahi cogna la tête du géant à coup de poing mais fût décontenancé par la queue de celui-ci qui l'assomma d’un coup et la plaqua lourdement au sol.
- Hm, je vois. Je pense qu’on peut s’arrêter là pour aujourd’hui.
Il s’approcha d’Imahi, voyant que la marque de son clan n’avait pas disparu. Il s'éloigna furtivement de peur qu’Imahi s’en prenne à lui subitement mais elle était dans un autre état. Bien loin de celui qu’elle avait auparavant. L’énergie d’Imahi la quittèrent et elle se laissa tomber.
Sairu souleva Imahi avec sa magie et la posa dans le canapé.
Taoki et Sumira se précipitèrent à son chevet pour voir son état. Imahi dormait paisiblement dans le canapé tel un ange félin.
- Oh je vois que sa marque n’est pas partie ! Qu’as tu fait d’elle, Sairu ? S’étonna Sumira.
- Elle se repose à présent. Elle a réussi haut la main le premier test.
- Est ce que sa marque va disparaître ? Demanda Taoki.
- Je pense que sa marque a été scellée par un individu dont je ne connais pas le nom. En tout cas c'était bien joué de sa part. Imahi a brisé le sceau au moment de l’exercice.
Seiru prit une gorgée de thé.
- Je pense qu’il est possible qu’elle s’adapte à ses marques, maintenant visibles. Faudrait voir si elle se rappelle de qui aurait scellé la visibilité de sa marque. Je dois vous mettre en garde que je ne connais pas encore sa vraie puissance.
- Elle a en tout cas tout mon respect ! S’exclama Sumira
- Comment ça “pas sa vraie puissance ? Interrogea Taoki.
- Sa haine rongeait peu à peu son énergie. D'où elle se sentait probablement fatiguée. Et qu’elle se vidait rapidement de son pouvoir. C’est quelque part aussi une bénédiction mais faut se l’avouer que sa puissance est du jamais vu !
- Tu crois qu’une fois qu’elle saura canaliser sa puissance, elle pourra faire face à Moraï ? Demanda Taoki inquiet.
- Il y a des chances mais Moraï est redoutable. Durant notre réunion clandestine j’ai appris que Moraï absorbait leurs pouvoirs et les fit tuer ensuite. Il a décimé pas mal de clans de cette façon, c’est juste affreux.
- Je crois en Imahi ! Riposta Sumira.
- Moi aussi Sumira. On va faire de notre mieux pour la soutenir, elle peut compter sur nous !

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