II - Electrocution

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-Ça craint si je mets caissière sous la ligne emploi? chuchota une voix près de moi.

Que c'est drôle d'entendre ce genre de phrases lorsqu'on se trouve dans un bureau strict et guindé. Cela m'a fait sourire immédiatement, je me retournai vers la personne qui m'avait interpellée.

-Et bien non, après tout, si c'est ton boulot, répondis-je d'un ton amusé.

-Oui mais quand même...

Elle détourna ses yeux vers la responsable du cursus qui était exceptionnellement présente dans le bureau des inscriptions à ce moment là. Je saisis immédiatement le véritable sens de la question : il fallait donner bonne impression, même si c'était pour un détail, un détail qui figurerait parmi des dizaines de dossiers.

-Peut-être que vendeuse sonnerait mieux, tu ne crois pas? repris-je alors.

-Bonne idée ! Tu seras en psycho toi aussi?

-Oui, on partagera donc le même amphi dans quelques temps.

Je continuai de remplir avec assiduité mon formulaire d'inscription tout en vérifiant que j'avais bien tous les documents demandés. Avec une certaine fierté, je m'apprêtais à intégrer une faculté prestigieuse, pour étudier les ressorts de l'esprit humain. J'incarnais le parfait cliché de la provinciale débarquant à Paris. Mes yeux naïfs observaient tous les éléments de cet univers impressionnant. Les grands boulevards, la vie urbaine qui ne s'interrompt pas, l'énergie et la nervosité de la foule; tout ceci était exaltant et terrifiant à la fois. Au final, que l'on habite à 30 ou à 100 kilomètres d'une métropole, on ne comprend tout simplement pas le feu qui anime l'épicentre des citadins jusqu'au jour où nous-même nous intégrons ce foyer si particulier.


La personne que je n'avais tout bonnement pas remarqué jusqu'alors se trouvait être une jeune femme, d'a priori 19 ans. Elle était habillée plus au moins comme moi, c'est-à-dire de façon décontractée. La chaleur de l'été excusait volontiers sa jupe en jean et ses convers blanches. Ce qui m'a immédiatement interpellé c'est son incroyable joie, une excitation que seuls quelques individus d'une jeunesse épargnée possède. Ses épais cheveux d'or étincelaient la pièce, ses yeux d'un brun profond pétillaient littéralement et son sourire  beau et grand aurait certainement pu rendre heureux un aveugle. Parce que tout son être rayonnait comme l'immense soleil brûlant de juillet de cette journée.

Après dix minutes, nous sortîmes du bureau et nous nous dirigeâmes toutes les deux vers l’ascenseur pour rejoindre le rez-de-chaussée. Cette faculté ressemblait bien plus à un labyrinthe qu'il n'y paraît. J'avais mis pratiquement une heure pour trouver la bonne zone;  les autres premières années qui comme moi venaient là pour la première fois étaient tout autant perdus. J'avais croisé plusieurs fois les mêmes têtes dans ce dédale de couloirs. Mais évidemment repartir était beaucoup plus simple maintenant.

La jeune femme reçut un appel. Apparemment quelqu'un l'avait rejointe à l'extérieur et l'attendait. De sa voix suave et riante elle répondit qu'elle arrivait.

Rez de chaussée. Les portes s'ouvrèrent. Elle me jeta un dernier coup d’œil et me dit :

-Alors à plus, la pote d'amphi !

- A la prochaine la vendeuse!

Elle sortit avec précipitation de l’ascenseur. Je voyais s'échapper gaiement du bâtiment ce petit feu follet.
Depuis mon déménagement, je crois que c'était bien la première personne qui me donnait vraiment l'impression d'être sympathique. Parce qu'entre la vieille voisine discourtoise en face de mon appartement et le couple qui habite au dessus et qui n'arrête pas de s'engueuler; on ne peut pas dire que le comité d'accueil ait été très agréable. Je pense également que c'était la première fois que je rencontrais ce type de personne, vous savez, quelqu'un d'aussi frappant qu'un éclair au milieu de la nuit.


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