XIX- Je te vois enfin
Aux confins de la nuit, comme à l'approche de la mort, les gens ont tendance à se confier plus aisément, Charlène n'échappait pas à cette règle.
J'ai hésité un instant. J'avais encore une bonne marque rouge sur la joue, j'étais fatiguée et il m'aurait été impossible de supporter un nouvel affrontement ou un nouveau jet de venin (de sa part comme de la mienne d'ailleurs).
A peine a-t-elle tressailli quand elle a entendu la porte s'ouvrir dans son dos.
Elle s'est retournée, et là, très clairement, dans une seconde qui me marquera à jamais, j'ai compris que le masque tombait.
Elle était vêtue d'un jean délavé et d'un sweat à capuche gris rembourré. Elle avait dû enfiler n'importe la première tenue confortable qui lui passait sous la main, et sauter dans sa voiture après un délai de questionnement interminable. Terminé la créature à la puissance sexuelle infinie. Terminé notre étrange jeu érotique.
Sans un mot, je l'ai invitée à me suivre dans mon loft, je l'ai conduite dans la chambre, elle s'est étendue de tout son corps dans mon grand lit. Son visage posé sur l'oreiller, moi la scrutant, comme avant. Car, c'était l'un de nos rituels autrefois.
Nombre de ses confessions, nombre de ses considérations m'ont été faites sur un lit confortable, nos faces cajolées par le rembourrage d'un coussin. La nuit permettait en effet d'avouer bien des secrets.
J'attendais simplement à présent qu'elle déverse sur moi les trésors et les horreurs de sa vie, qu'elle m'explique enfin sans détours ses dessins les plus sombres. Égoïstement, je désirais par-dessus tout qu'elle s'excuse enfin pour l’échec de notre relation passée.
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