XXII-
Je ne me suis pas éteinte, je ne me suis pas dispersée dans l’atmosphère. A peine réveillée, je sentais un vif mal de crâne, le lutin malicieux logeant dans mon cerveau s'amusait à tirer mes orbites vers l'intérieur.
Dans un effort héroïque, j'ouvrai les paupières et jetai un coup d’œil vers le réveil placé sur la table de chevet de l'autre côté du lit. 10h30.
Je me fichais de l'heure mais je ne me fichais pas de la présence de Charlène à mes côtés. Elle dormait toujours, elle semblait être bercée agréablement dans les bras de Morphée à en croire son petit rictus au coin des lèvres.
J'aurais pu continuer à la contempler ainsi un moment encore, peut-être même une heure durant, mais c'était prendre le risque de créer une habitude : ce matin elle était là, mais le jour d'après?
En essayant de faire le moins de bruits possible, je me redressai et basculai pour sortir du lit le plus discrètement qui soit. Mon sommier et mon fessier me trahirent. J'entendis un léger gémissement émaner de la muse derrière moi. Je me retournai et la vis le visage enfoncé dans l'oreiller, un œil à moitié clos et l'autre caché derrière une mèche de cheveux.
-Hum...Bonjour.
-Bonjour Ça va? Tu as envie d'un café? demandai-je doucement
-Je veux bien, oui.
-Toujours noir sans sucre?
-Toujours.
Je me levai et regagnai la cuisine. Là, j'entamais le plus agréable de mes rituels : insérer des grains de café dans un vieux moulin des années 1920 et les moudre vivement. C'est vrai, le grincement de ces particules n'était pas des plus agréables, mais l'odeur qui se dégageait elle, était incomparable.
J'attendis que la cafetière vrombisse et bercée par ses ronrons, je m'adonnais à une autre habitude fétiche : je restais debout, le nez pratiquement collé à la baie vitrée, je perdais mon regard dans le paysage urbain à la recherche du moindre détail significatif. Mon plaisir perdurait lorsque je pouvais me servir une grande tasse et déguster le délicieux breuvage énergisant.
Ce matin là, pour la première fois depuis plus d'un an, je m'étais réveillée chez moi, à côté de quelqu'un pour qui j'avais de puissant sentiments sibyllins.
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