Chapitre 3 : Martin
La lumière rouge l’enveloppe, rassurante.
Dans la petite salle de douche de sa chambre de bonne, Martin développe ses clichés de la veille.
Dans son walkman : Nocturne en si bémol mineur op. 9 n°1 de Frédéric Chopin.
Il n’écoute pas vraiment.
La musique l’isole.
Dans le bac de révélateur, une image apparaît.
Une vision heureuse : des sourires fragiles, deux âmes libres.
Son cœur se serre.
Et moi ?
Il suspend la photo au-dessus du miroir et croise son reflet. La pénombre devient soudain oppressante.
Mais il ne peut pas sortir.
Pas encore.
Il s’assoit sur les toilettes, retire ses lunettes pour se frotter les yeux.
Soupire.
—
Lorsqu’il quitte enfin la pièce exigüe, une clameur monte de la rue.
Il ouvre la petite fenêtre qui donne sur les toits de la capitale. Au loin, la tour Eiffel le toise, majestueuse et intimidante.
« Quatorze heure… Louvre… manifestation… »
Les mots sont indistincts, sourds, mais la curiosité le pique.
Il se laisse tomber sur son lit, la photo entre les mains.
Les visages sont beaux. Les corps sont agréables.
Sa main droite glisse dans son caleçon.
Il se mord les lèvres.
Ses yeux se ferment et le fantasme se joue.
Rapide. Gênant.
Son regard s’attarde sur le plafond blanc.
Une larme s’échappe.
Il retourne à la salle de douche.
Ni déçu.
Ni satisfait.
—
Quatorze heures.
Martin s’installe sur son banc des quais du Louvre.
Sur le pont des Arts, un attroupement enfle.
Les panneaux ne sont pas encore brandis.
La liesse est encore tiède.
Soudain, un visage se détache de la nuée.
Une peau métissée. Un crâne rasé. Des yeux brillants.
Sous le blouson de cuir noir, il devine les contours d’un corps fin.
Un jean sale et troué.
Des bottes hautes usées.
Son cœur s’emballe.

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