Chapitre 8 : Lenny
La manifestation est fiévreuse.
Le combat, indispensable.
Humain.
Lenny est ailleurs, mais il répète les mots avec conviction.
Homosexualité. Épidémie. Droits.
Les voix sont aussi dures que les mots scandés.
Le cortège chemine en direction de la place du Carrousel.
Les automobilistes klaxonnent.
L’insatiable battement de la ville est perturbé.
Bien fait !
Lenny sent un picotement dans sa nuque.
Il se tourne.
Son amant de la nuit passée le fixe.
Son visage pincé est révélateur.
Lenny soupire, puis se retourne en brandissant sa pancarte avec force.
Égalité !
—
Le groupe campe depuis quelques minutes devant l’Arc de Triomphe du Carrousel, quand déjà plusieurs estafettes de police arrivent en fanfare.
Les camions vomissent les CRS qui s’alignent.
Les manifestants leur font face, Lenny en première ligne.
Les esprits s’échauffent.
Insultes. Pierres. Briques.
Tout ce qui passe sous la main est une arme contre l’oppression.
Certains ont même apportés des légumes et des fruits pourries.
Liberté !
En quelques minutes, la marche égalitaire s’est transformée en pugilat.
Dans les deux camps, les coups pleuvent.
Matraques. Poings. Pieds.
L’odeur des fumigènes est étouffante.
Mais les revendicateurs ne lâchent rien.
Un mouvement attire l'attention de Lenny.
Une jeune femme se fait molester à terre par deux agents qui s’en donnent à cœur joie.
L’un d’eux écrase ses lunettes.
Un flash.
Lenny serre les dents, bouillonne.
Il fonce dans le tas, frappe de toutes ses forces, endure.
Ses amis viennent à la rescousse.
Les policiers battent en retraite.
Le visage tuméfié, un goût de fer dans la bouche, Lenny et son groupe s’enfuient.
Les derniers courageux se dispersent dans un chaos de poussière et d’usage excessif de la force.
Fraternité ? Mon cul !

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