Chapitre 18: Conseil de guerre

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Cardinal Britius

Lundi 4 du mois de Mai de l’an de grâce 1205 AE.

Palais royale de la famille Corvinus, hauteurs de la ville de Fressons ; durant la prière des Nones

Royaume du Corvin

Le cardinal Britius siégeait, impassible, au conseil de guerre. Dominant l’assemblée de sa seule présence il observait les joutes verbales dans lesquelles les nobles s’étaient lancés. Après s'être querellés sur les décisions à prendre, ils se disputaient à présent l’honneur des meilleurs affrontements à venir. Désespéré à la vision de cette foule chahuteuse, Britius ne pouvait cacher plus longtemps son impatience. Le roi Léonard, qui se faisait désirer, était maintenant grandement en retard. Le conseil de guerre avait établi ses quartiers dans l’une des plus vastes salles du palais royal. La large pièce était dominée par un lustre central et la lumière du jour éclairait la salle par les imposants vitraux. Les cartes du royaume recouvraient la table principale de la pièce. Symboles de troupes et coupes de vin se livraient bataille à sa surface. Les nobles du Haut Corvin avaient en grande partie fait le déplacement, les quelques maisons nordistes loyales à Anaïs avaient payé de leurs vie l’égarement dont elles avaient fait preuve durant le dernier banquet royal.

Le brouhaha incompréhensible des nobles s'arrêta net lorsque les lourdes portes d’entrée s’ouvrirent en un long grincement. Le roi Léonard, suivis de ses gardes, s'invita enfin aux délibérations. Tels deux statues des héros d'antan, Hagen et le champion royal encadraient leur suzerain. L'Église du Haut Corvin avait réaffirmé sa place depuis les récents événements. Le cardinal avait soigneusement chassé les détracteurs au sein du clergé local et avait réaffirmé ses services au Saint Patriarche des Sauveurs. Britius jouait un jeu dangereux et il le savait. Si l'Église apprenait ses affaires au Haut Corvin, il ne tarderait pas à être excommunié. Voir brûlé pour de telles manigances mais, rusé comme à son habitude, il avait soigneusement prévu le déroulé des événements. Des inquisiteurs parcouraient déjà le royaume et le cardinal les faisait épier avec minutie. Le roi, reconnaissant du soutien, avait élevé Britius au rôle de conseiller royal et avait même fait d’Hagen l’un de ses champions.

Les plans du cardinal se déroulaient correctement. Tissant sa toile, il s’était maintenant assuré de la loyauté des seigneurs du Haut Corvin. Mais, plus important, il avait su se montrer irremplaçable aux yeux du roi Léonard. Toutefois, il était irrité par le déroulement de la nuit du banquet, par manque de dévotion ou de force, ses sympathisants n’avaient pas réussi à mettre la main sur la fille de feu le roi et sur son frère bâtard. De nombreux seigneurs qui leur étaient loyaux avaient pris la fuite et dès lors la guerre n'avait pu être évitée.

Léonard, s’étant avancé dans la pièce, était maintenant le centre de l'attention. Examinant les cartes avec attention, il regarda ses seigneurs avec le regard pesant de sa fonction.

— Mes seigneurs, je vous remercie de votre présence, je sais que certains d’entre vous auraient préféré rester avec leurs hommes pour se préparer à ce qui nous attend, mais nous devons d’abord nous accorder sur la marche à suivre.

Ayant maintenant toute l'attention de l'assemblée, il s’approcha de la plus grande des cartes, avant de continuer.

— Le bâtard Folcard a pris les armes au nom de sa sœur et il nous menace plus que jamais. Les seigneurs du Bas Corvin ont rallié la bannière d'Anaïs et ils renforcent leurs positions avancées. Nous ne pouvons pas leur laisser plus de marge, mes seigneurs.

Les nobles, comme en totale contradiction avec leurs agissements précédents, faisaient preuve de retenue face à leur roi. Ils se gardaient de répondre hâtivement. L’un deux, sensiblement expérimenté à ce type d’entretien, prit la parole.

— Mon roi, l’armée de Folcard se rassemble non loin du bourg de Roussons. Il a déjà un fort contingent avec lui. Sa sœur, elle, est plus au sud. Elle a établi ses quartiers dans la ville portuaire de Périssier. Elle envoie hommes et ressources à son frère. Si nous tardons trop, le bâtard royal représentera une trop grande menace.

Ayant fini son exposé sommaire, le seigneur continua:

— Mes forces sont déjà en route pour Roussons. Charles, mon second fils, attend vos ordres à la capitale et se tient prêt à amener tout renfort que vous nous confierez.

— Toujours aussi efficace, mon cher Evrard, reprit Léonard, souriant.

Le cardinal, silencieux jusqu'à maintenant, jugea le moment opportun pour entrer en scène.

— Evrard Gaillot est un de nos plus fidèles soutiens. Il a fait preuve de ses talents lors de la guerre contre le royaume d’Elba. Je suis heureux de pouvoir compter sur un vétéran comme lui pour la campagne à venir. Cependant, je suis soucieux d’une chose... Votre fils Charles avait des liens avec les traîtres d’Ambroise. Pensez-vous que votre fils saura faire passer le royaume avant ses sentiments ?

Courroucé par de tels jugements, le seigneur Evrard reprit.

— Mon cadet est un homme d’honneur, je l’ai éduqué comme tout fils de la maison Gaillot et il saura agir comme le digne fils qu’il est. La maison d’Ambroise s’est égarée en soutenant une fausse reine et je ne laisserai pas une telle chose arriver à ma maison.

— Bien, dit Britus en arrêtant le discours suffisant d’Evrard. Un seigneur de votre envergure devrait savoir qu’avec l’implication dont je fais preuve pour le royaume et la guerre à venir, je me dois d'être sûr de l'allégeance de nos combattants.

— En effet, mon bon Cardinal, dit Evrard en faisant un signe de tête respectueux.

Voyant les choses se calmer, le roi reprit la parole.

— Bien, mes seigneurs, la situation est telle que nous ne pouvons laisser les hommes d’Anaïs agir librement. Si les premières troupes menées par la maison Gaillot et Doria se portent au combat de l’ennemi, nous ne pouvons les laisser seuls. Je vais dépêcher une partie de notre armée. Le cardinal Britius, dans sa grande générosité, met à disposition sa garde personnelle. Avec autant d’hommes à combattre, Folcard ne saurait tenir. Evrard, tu accompagneras ton cadet avec les renforts.

Les seigneurs présents saluèrent la décision de leur suzerain avant qu’il ne reprenne.

— Nos renforts comprendront donc les troupes des Vistel, Montanie, Cresso ainsi que de leur bannerets. À cela, mon cher Hagen ajoutera un contingent de manteaux pourpres qu’il dirigera lui-même.

À l'annonce de son nom, le colosse pourpre baissa la tête en signe de respect. Puis le roi reprit la parole.

— Concernant les traîtres que nous avons à déplorer dans le Haut Corvin, qu’en est-il?

S’éclaircissant la voix, le cardinal se leva avant de s'adresser à l’assemblée.

— Les quelques familles que nous avions listées comme favorables à Anaïs ont, pour la plupart, été éliminées. Cependant, malgré notre application à la tâche, quelques misérables ont pu s'échapper durant les affrontements. En parlant de la maison d’Ambroise, je dois dire que nous avons réussi à tuer le seigneur et sa femme, nous avons emprisonné le cadet de la famille. Il n’a opposé que peu de résistance et il est maintenant entre les mains du frère Pie. Malheureusement, nous avons perdu la trace du successeur de la maison. Mes limiers sont sur ses traces, mon roi.

— Vous avez réussi à vous attacher les services du redoutable frère Pie , cardinal, je suis ravi.

— L’inquisition n'a pas la mainmise sur tous les hommes qualifiés. Par les temps qui courent un un hommes disposant des talents du frère Pie saura être utilisé avec justesse pour notre cause.

— J’ose espérer que vous retrouverez vite les traces du fuyard. Pour votre prisonnier, je pense que frère Pie saura le faire changer d’avis concernant la marche à suivre.

— En effet, mon seigneur.

Britius savait que même le plus acharné des combattants ne saurait tenir tête aux tenailles du frère Pie.

- Si c’est tout, mes seigneurs, vous avez vos ordres. Que les sauveurs bénissent notre sainte œuvre et que nos opposants tremblent.

À ces mots, le roi prit alors congé de l’assemblée et la salle se vida petit à petit.

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