Chapitre 8
Le frère et la soeur gravirent main dans la main l'escalier qui menait du rez de chaussé au premier étage, véritable monument de marbre rose doré.
Eryndor s'arrêta devant une simple porte blanche, décorée de motifs floraux.
- Maman ne va pas très bien, prévint-il, la main sur la poignée. Tu risques de ne pas beaucoup la reconnaître.
Althéa déglutit péniblement et ne put que hocher la tête en réponse.
Elle pénétra lentement dans la pièce assombrie par les volets fermés, qui ne laissaient passer qu’un filet de lumière.
Il y planait une forte odeur de plantes médicinales et de sueur, et une atmosphère lourde de maladie.
Le jeune homme referma en silence la porte derrière la guerrière. Restée seule, la jeune femme hésita une seconde.
Elle ne craignait ni le combat ni la mort, ni la boue sanglante des champs de bataille, ni même la torture atroce.
Mais ici, debout au pied du lit de celle qui lui avait donné la vie, elle était démunie. Elle n’entendait que la respiration sifflante de la Dame clouée au lit.
- Mère ?
Seul le silence lui répondit. La Duchesse vint s’asseoir sur le bord du couvre-lit, et entremêla ses doigts à ceux cadavériques de sa mère. Cette dernière eut un léger mouvement et entrouvrit les yeux.
- Althéa ?
La jeune femme se mordit la lèvre pour ne pas réagir à la voix cassée et faible, si éloignée de l’assurance et de la santé passée de la Grande Dame.
- Oui, Mère. Je suis de retour.
- Ma fille… Ma petite fille…
Des larmes glissèrent sur les joues d’Althéa.
- Maman…
- Ne repars pas… s’il te plaît…
- Promis, maman.
La malade referma les yeux, la respiration plus calme, et se rendormit, trop faible pour parler plus longtemps.
Après quelques minutes de silence, la jeune femme se leva et ferma les rideaux autour du lit pour maintenir l’obscurité et la chaleur.
Puis elle ouvrit la fenêtre et les volets en grand, pour renouveler l’air de la chambre. Une grande bouffée fraîche dissipa les vapeurs de potions médicinales.
Elle se rendit ensuite à la table qui supportait les différentes fioles aux couleurs diverses, et, les sourcils froncés, entreprit de les examiner et de les sentir une à une.
Il y en avait trop, et trop compliquées. Certaines étaient clairement inutiles.
Tirant un petit carnet de sa poche, elle prit des notes et se promit de demander des comptes aux médecins sur la condition de sa mère et les traitements mis en place.
Enfin, elle tira sur le cordon de la sonnette. Quelques minutes plus tard, un toc-toc léger la fit se tourner vers la porte.
Elle ouvrit. Un homme d’une trentaine d’années, en uniforme de domestique de la famille d’Yrwen, se tenait devant elle.
De taille moyenne, il avait les yeux légèrement étirés vers les tempes et un teint ivoire. Ses cheveux coupés courts étaient d’un noir sombre et brillant.

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