Chapitre 9

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  • Ma Dame, que puis-je pour vous ?

Incliné à demi, le regard respectueusement baissé, l’homme attendait ses ordres sans oser lever les yeux vers elle.

  • Redresse-toi.

Il obéit sans un mot.

  • Fais envoyer les médecins de ma mère. Et apporte de quoi lui faire sa toilette.
  • Oui, Ma Dame.

Il recula de quelques pas, s’inclina, puis s’éclipsa aussi vite qu’il était venu.

Althéa n’eut pas à attendre longtemps. Déjà, deux femmes apparaissaient dans l’encadrement de la porte, poussant un petit chariot chargé du nécessaire de toilette.

Elles portaient la robe bleu clair et le tablier blanc à froufrous des servantes de la Demeure ; leurs cheveux étaient tirés en un chignon serré, maintenu par une résille immaculée.

  • Nous voici, Ma Dame.
  • Allez faire couler un bain. Et veillez à ce qu’il soit à la bonne température.

Efficaces et silencieuses, elles s’affairèrent aussitôt. Remontant leurs manches sur leurs bras hâlés par le soleil, les mains tannées par le travail, elles préparèrent la salle de bain attenante avec une précision presque rituelle.

Le visage d’Althéa s’adoucit lorsqu’elle se pencha vers le lit.

  • Mère…
  • Ma douce enfant… murmura la Douairière d’une voix éteinte.
  • Je vais vous laver, Mère.

Avec une infinie précaution, Althéa souleva dans ses bras le corps fragile, à moitié endormi, qu’elle n’aurait confié à personne — à aucun prix.

Aidée par les gestes sûrs et délicats des servantes, elle la déshabilla, serrant les dents à la vue de la maigreur maladive qui avait remplacé les rondeurs familières de jadis.

À cet instant, elle n’était plus la fille. Elle était une femme forte, brutalement confrontée à son impuissance face à la maladie.

Elle fit glisser une éponge douce sur la peau brûlante de fièvre. Peu à peu, le corps se détendit dans l’eau tiède, sous ses gestes attentifs.

  • La chaleur vous convient-elle, Maman ?
  • C’est parfait… merci.

Des larmes perlèrent aux yeux d’Althéa tandis qu’elle passait le savon sur les côtes saillantes de celle qui l’avait mise au monde et élevée avec un amour sans réserve.

  • Ma chérie… souffla la Douairière en portant une main tremblante à sa joue.
  • Mère…
  • Ne pleure pas, mon petit canard…

La voix se voulait apaisante, malgré la fatigue.

  • Je m’en veux tellement de vous avoir laissée si longtemps… Vous avez dû tellement souffrir sans moi, sans que je sois là pour prendre soin de vous…

La Douairière secoua doucement la tête.

  • Tu protégeais notre pays. Tu ne peux pas t’en blâmer.
  • Mais…
  • Chut…

Un sourire pâle étira ses lèvres.

  • Tu es de retour. C’est tout ce qui compte désormais. Le passé n’a plus d’importance. Ce sont tes pas à venir qui donneront sens à ce qui a été.

Althéa ferma les yeux un instant, la joue posée contre la sienne, et laissa enfin couler ses larmes en silence.

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