Chapitre 10
Althéa enveloppa la silhouette frêle dans un drap de bain moelleux et la déposa sur le lit fraîchement changé avant de l’aider à enfiler une chemise de nuit propre.
- Comment vous sentez-vous, Mère ?
La Dame d’Yrwen esquissa un sourire. Sur ses joues pâles fleurirent deux roses légères.
- Beaucoup mieux, ma douce, merci infiniment.
- C’est normal, Mère.
- Comment vas-tu ?
Althéa se tendit à la question. Il lui était bien plus facile de se concentrer sur la malade que de lui conter ses aventures guerrières et leur odeur de douleur et de mort.
- Je suis de retour, je vais pouvoir me reposer.
- Tu sais bien que ce n’était pas ma question, objecta la mère, lucide quant à la tentative d’évitement de sa fille.
- Tout va bien aller maintenant que je suis là, Mère. Je vais reprendre les affaires de la maison en main.
- Tu sais que tu peux tout me dire, mon ange.
- Oui, Mère, je sais. Mais il y a certaines choses qui méritent de rester dans le silence et de ne jamais être converties en mots.
Un éclair de souffrance traversa son visage et vieillit d’une seconde ses traits durcis par les combats, avant même qu’elle n’ait atteint l’âge adulte.
La Douairière le saisit au passage, mais l’expression dans les yeux de sa fille la dissuada de n’en rien dire. Elle ferma les yeux.
- Dormez bien, Mère, souffla Althéa, son attention entière fixée sur le visage blême de celle qui n’était plus que l’ombre de ce qu’elle avait été.
Des murmures étouffés détournèrent son attention : les médecins étaient arrivés. Elle s’arracha à la vision trop humaine d’une mère au seuil de la mort.
- Prenez soin d’elle, intima-t-elle aux servantes.
Le visage fermé, elle quitta la pièce à grands pas et s’arrêta dans le couloir. Mal à l’aise sous son regard dur, les trois médecins se tenaient là, baissant les yeux pour éviter le sien.
- Messieurs.
Les bras croisés, la Duchesse s’appuya contre le mur, croisant ses bottes ferrées devant elle, l’air menaçant. Les trois hommes, d’une soixantaine d’années, avalèrent difficilement leur salive, se retenant de ne pas trembler ni fuir comme des lapins.
L’un d’eux tenta de parler, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Le second éructa un son qui tenait plus du gémissement que de la parole. Quant au dernier, il pâlit si fort qu’il dut se retenir à son collègue pour ne pas s’effondrer.

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