Chapitre 13
Ilyen lâcha brusquement la paume de la Douairière d’Yrwen avec une grimace de douleur et se pencha en avant, une main plaquée contre sa poitrine.
Iel murmura un enchantement et les cloques qui couvraient la main avec laquelle iel avait tenu.e sa patiente disparurent.
Althéa agrippa sa dague si fort que ses jointures blanchirent.
- Alors ?
Le.a guérisseur.se leva le bras pour demander quelques secondes et reprit son souffle.
- Il s’agit d’un empoisonnement, lâcha-t-iel enfin après quelques intolérables secondes d’attente.
La sentence tomba comme le tranchant d’une hache fendant le cœur d’un chêne séculaire. La Duchesse lâcha son arme, qui rebondit sur le sol dans un cling sonore. Le bruit fit sursauter Dame Myriana, dont le visage avait pris une teinte grise.
- Prenez garde à vos paroles, mage Ilyen, car vous en ignorez les conséquences, siffla la Duchesse.
Le mage inclina la tête, parfaitement sérieux. Une veine bleue battait rapidement à sa tempe.
- Il ne s’agit pas d’un empoisonnement ordinaire, Votre Altesse, mais d’un poison forgé par magie. La seule personne en possession de l’antidote est celle qui a lancé le sort.
Althéa serra les dents et poussa sa dague du bout du pied avant de la remettre dans sa gaine, les doigts tremblants d’une colère à peine contenue.
- Je retournerai tout Kaer Lumeris, et même le royaume d’Asteryn, s’il le faut. Mais je jure que je trouverai ce scélérat, et qu’il paiera pour son crime, mère. Je vous en fais le serment sur la tombe de Père.
Ilyen prit une inspiration calme.
- Je peux peut-être faire quelque chose pour vous, vos Altesses. Avec du temps, des moyens et beaucoup de soins, je pourrais peut-être briser le sceau…
- Ne promettez rien que vous ne serez pas capable d’accomplir, Ilyen. Il s’agit de la vie de ma mère, pas d’une expérience pour assouvir votre passion de la magie, gronda Althéa.
L’aura d’Ilyen se fit plus dense, comme si l’air lui-même devenait lourd et vibrant, presque palpable.
- Je suis ici par dévotion envers Sa Majesté. Elle m’a confié la vie de Dame Myriana, et je ne compte pas la traiter comme un rat de laboratoire. J’ai mon honneur, Votre Altesse — même s’il ne répond sans doute pas au même code que celui d’un soldat. Et ne croyez pas que je me laisserai accuser ou écraser sans combattre.
La voix douce et légèrement tendue de la Douairière intervint, brisant le combat de regards des deux jeunes gens.
- Calme ton ire, ma fille. Je me fie à la sagesse de la Reine, et je me suis préparée à mourir depuis bien longtemps, ma petite. Si les services du mage peuvent alléger mes derniers moments, pour que je puisse profiter de mes enfants avant de rejoindre votre père, je n’en serai que plus reconnaissante.

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