Chapitre 19
Aerin inspira, autant pour calmer les battements effrénés de son coeur que pour se donner le courage de parler.
- Dis, Althéa…
- Oui ?
Assis par terre, appuyé sur ses mains, il leva des yeux hésitants vers la celle qui le tenait encore au bout de sa lame.
- On s’bat, c’drôle, tout ça, mais… t’devrais pas gérer les affaires d’ton domaine, voir la Reine et tout le tintouin ? C’pas un reproche, hein, c’juste qu’on est littéralement rentrés aujourd’hui, t’as trois semaines de cheval dans l’cul, ç’fait trois ans qu’on est partis, t’as vu ta mère et ton frère à peine cinq minutes… et la meilleure chose qu’tu trouves à faire, c’me faire mordre la poussière alors que t’fais ça depuis trois ans ?
Il se tut, inquiet de la réaction qu’il allait susciter. Althéa soupira, frustrée, et baissa son épée avant de lui tendre un bras amical pour l’aider à se relever. Si Aerin estimait nécessaire de parler autant, lui le taiseux, c’est qu’il était vraiment inquiet.
- Je sais. Je sais, Aerin. C’est juste… Je suppose que je suis dans le déni. Je vais devoir faire face à la Reine et reprendre en main les affaires de la famille d’Yrwen.
Elle glissa sa lame dans son fourreau et se laissa glisser contre le mur de la maison pour s’asseoir par-terre. Aerin la rejoint.
- Ce n’est pas que je ne fais pas confiance au personnel, mais je suis certaine que certains ont profité de mon absence et de la situation vulnérable de ma famille pour leur en faire voir de toutes les couleurs.
Sa voix se serra, comme si une main invisible l’étranglait.
- Qui plus est, ma mère est empoisonnée et il faut que je me mette à la recherche du scélérat qui a osé lui faire du mal.
Le jeune homme se mordilla la lèvre, réfléchissant profondément.
- On va prendre les choses petit à petit. D’abord, tu as définitivement besoin de repos. Au moins quelques jours pour juste dormir, et ne RIEN faire. Compris ?
- À vos ordres, mon Général.
- Argh, grimaça-t-il, je te laisse les titres et les obligations sociales.
Il lui ouvrit les bras pour une accolade fraternelle. Althéa l’accepta et le serra fort, comme pour s’assurer de la tangibilité de son existence.
- On a combattu des monstres et des sorciers, et survécu à des massacres. Ça devrait le faire.
Aerin la repoussa avec un froncement de sourcils.
- Ne pense pas à ça, Althéa. On est rentrés. C’est fini.
Elle rigola et rangea son épée, mais au fond, elle n’était pas sûre qu’elle en avait terminé avec le sang et la mort.

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