Chapitre 20
Les yeux fixés au plafond de sa chambre, Althéa parcourait les volutes compliquées des détails qui y avaient été peints. Elle en avait pris l'habitude quand enfant, elle s'amusait à reconnaître les différentes créatures qui évoluaient aux murs de la chambre d'enfants.
Fidèle à sa promesse, elle avait respecté les quatre jours de repos imposés par Aerin.
Ce n’était rien face à trois ans de massacre, et les cauchemars qui perturbaient son sommeil lui laissaient peu de répit.
Elle se redressa pour attraper une fiole de verre sur sa table de nuit. À la faible lueur dispensée par une bougie, son contenu scintillait d’un vert émeraude.
- Pas le choix, grimaça-t-elle.
Elle avala une gorgée de la mixture amère qui lui permettait de se reposer plus paisiblement et ferma les yeux, aussitôt emportée dans les bras de Morphée.
- Althéaaaaaaaa
Une enfant aux cheveux roses coiffés en deux tresses parcourait les allées d’un jardin à sa recherche. La guerrière d’une huitaine d’années retenait son souffle, dissimulée dans un buisson.
Le son des appels s’éloigna, et elle tendit l’oreille pour savoir dans quelle direction son amie la cherchait et ainsi se cacher du côté opposé.
- Ne bouge pas !
La gamine rieuse l'agrippa par la manche de sa tunique alors qu’elle s’apprêtait à s’enfuir.
- Je t’ai trouvée. C’est à toi de me chercher alors !
La scène se métamorphosa. Althéa avait quinze ans. Les larmes aux yeux, elle attendait impatiemment d’être reçue par la princesse pour lui faire ses adieux et intégrer l’Académie.
La porte restait résolument fermée.
- Méora… S’il-te-plaît… Laisse-moi entrer…
Un silence buté lui répondit. Le froissement d’une jupe contre le bois du battant lui indiqua qu’elle était là mais refusait de lui ouvrir.
- Je t’en prie…
Sa gouvernante la prit par le bras pour l’entraîner vers la cour et la poussa dans la voiture sans se soucier qu’elle ne se débatte.
Enfouie au fond de son siège, le coeur brisé, elle reniflait misérablement.
Althéa s'éveilla en sursaut. Elle essuya rageusement les larmes qui coulaient encore sur ses joues, et insulta intérieurement ses souvenirs de lui faire revivre ses cauchemars.
Un rayon de soleil tombait sur ses draps froissés. Elle glissa les doigts sur l'arc-en-ciel qui s'y dessinait.
Sa mère allait mieux, certes, depuis qu'elle était de retour, et peut-être aussi grâce à l'intervention d'Ilyen, mais elle devrait faire face à la Reine tôt ou tard pour obtenir des recherches plus avancées.
- Par tous les Dieux...
Elle se leva et tira la sonnette pour appeler son majordome.
- Envoyez une demande d'audience à Sa Majesté, et préparez mes vêtements de cour, ordonna-t-elle.

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