Chapitre 22
- Entrez.
Le Comte de Varendel ouvrit la porte et s’effaça pour laisser passer la Duchesse, avant de refermer sans bruit derrière elle.
Son Altesse Méora Ire de Valmyre, vêtue d’un simple costume-pantalon, les cheveux relevés en un chignon bas sur sa nuque, se tenait debout devant la grande fenêtre qui surplombait la cour d’entraînement animée. Les mains dans les poches, elle tournait le dos à Althéa.
- Mes hommages, Votre Majesté.
- Althéa, coupa-t-elle en se retournant. Comment va Dame Yrwen ?
Déstabilisée, la Duchesse s’efforça de reprendre le contrôle de ses émotions. Avec un sourire vide, elle inspira calmement.
- Votre guérisseur a diagnostiqué un empoisonnement magique. Iel m’a conseillé de vous demander directement la permission d’entamer des travaux pour trouver l’antidote.
- Je suis désolée que tu doives gérer cela alors que tu viens juste de rentrer. J'espère que tu as pris le temps de te reposer ces derniers jours. Je souhaite le rétablissement de Dame Yrwen, crois-moi. Ilyen a ma bénédiction pour tous travaux nécessaires.
- Merci infiniment, Votre Majesté.
Un silence pesa. Althéa refusait catégoriquement de croiser les prunelles claires de son ancienne camarade de jeux et encore moi de s'attarder sur le tutoiement trop intime.
— Althéa. Regarde-moi.
La main de la Duchesse se crispa imperceptiblement à son côté, une veine battit fort à sa tempe droite, mais elle n’obtempéra pas.
— J’apprécierais que nos contacts restent professionnels, Votre Majesté. Vous êtes ma souveraine. Je suis votre générale. Nos liens s’arrêtent ici.
Les mots froids quittèrent sa gorge serrée avec difficulté.
Le visage de Méora se tendit, et elle peina à ne pas froncer les sourcils. Elle se détourna vers la vitre. En contrebas, les gardes royaux s’entraînaient, dans un grand fracas d’armes et de cris étouffés par les murs du bureau.
- Duchesse d’Yrwen.
Le soldat en Althéa se redressa immédiatement au ton tranchant de la Reine. L'ambience s'empreint aussitôt de raideur.
- J’ai entendu votre requête et elle sera respectée. De mon côté, j’ai un service à vous demander.
Le retour du vouvoiement aurait dû plaire à la Duchesse, mais il lui fit l'effet d'un coup de poignard dans le coeur.
- À votre service, Votre Majesté, lâcha-t-elle d'un ton rauque.
- Je tiens à former la meilleure garde royale jamais vue. Je souhaite que vous les entraîniez.
- Votre Majesté, j’ai d’autres obligations, je—
- Ce sera une à deux fois par semaine seulement. Je ne vous demande pas de donner tous les cours. J’ai des professeurs tout à fait compétents. Mais vos services ont été extrêmement appréciés ces trois dernières années, et je désire que vous partagiez votre expérience.

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