Chapitre 27
Rentrée à la Maison d’Yrwen, Althéa s’installa à son bureau pour ouvrir sa correspondance. Les lettres s’empilaient devant elle, venues de tous horizons.
Ses nouvelles obligations allaient occuper une bonne partie de son temps, et elle devait en consacrer le plus possible à abattre la montagne de paperasse qui l'attendait.
Avec étonnemment, elle parcourut les livres bien tenues, couverts d'une petite écriture fine et lisible et n'y releva aucun retard.
On frappa à la porte.
- Votre Altesse.
- Grégory. Je t’attendais, entre.
Un homme âgé pénétra dans la pièce. Vêtu sobrement, ses longs cheveux noirs striés de mèches blanches étaient retenus par un simple lien doré et noir aux couleurs de la Maisonnée. Son visage ivoire et ses yeux en amande reflétaient une vie de service.
La Duchesse s’avança et lui tendit la main. Il s’inclina pour l’embrasser, mais elle l’en empêcha et serra la sienne.
- Je souhaite te remercier pour ton travail pendant mon absence. Nos finances sont à jour, et tu as géré ma correspondance avec brio.
- Je n’ai fait que mon travail, Votre Altesse.
- Tu as fait preuve d’une loyauté à toute épreuve, félicita-t-elle chaudement.
Il redressa légèrement le menton, avec une fierté discrète.
- J’en fais mon honneur, Votre Altesse.
- Si d’autres occupations ne te retiennent pas, j’aimerais que tu restes avec moi pour m’aider à reprendre en main les dossiers de mon domaine. Dis-moi tout ce que tu penses utile.
- Je suis à votre disposition, Votre Altesse.
- Assieds-toi, Grégory.
La jeune femme et le vieux serviteur s'installèrent l'un à côté de l'autre au bureau qu'il avait probablement occupé plus qu'elle.
- J’ai reçu un compte rendu de l’association paysanne du domaine. Les vaches sont malades.
- Oui, j’en ai eu vent. J’ai fait envoyer nos meilleurs vétérinaires.
- Parfait. Pour l’aide matérielle, nous pouvons leur envoyer de quoi subvenir aux besoins de leurs familles pour l’hiver.
- Les moissons ont été bonnes. J’ai donc déjà fait acheminer le nécessaire afin de pallier le manque de viande.
Althéa hocha la tête avec un soupir de soulagement. Il avait son rôle à coeur.
- Ensuite, le Comte d’Hermine me propose d’investir dans ses mines de rubis. Ton avis ?
- J’ai fait enquêter. Ce scélérat n’a rien. Il enfume ses partenaires.
- Entendu. Dans ce cas, transmets le contenu de l’enquête au ministre de la Police. Il se chargera de l’affaire.
Penchés sur leur travail, la jeune femme et son employé ne virent pas le temps passer. Ce ne fut que lorsqu’une servante apporta une collation qu’Althéa réalisa qu’il était déjà minuit passé.
- Je t’ai retenu bien longtemps, mon cher Grégory. Tu dois être épuisé. Va donc te reposer.
- Vous êtes sûre, Votre Altesse ?
La Duchesse observa sans mot dire les rides et les cernes marquées de l'homme.
- Oui.
Il s’inclina, s’excusa brièvement et quitta la pièce d'un pas lourd. Il boitait, sa hanche devait le faire souffrir.

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