Chapitre 28
Un verre d’alcool mordoré à la main, les bottes négligemment posées sur son bureau, Althéa observait pensivement le liquide brillant.
Ce n’était pas la fatigue qui lui manquait pour se décider à aller dormir, mais l’entrevue avec la Reine la préoccupait plus qu’elle ne voulait se l’avouer.
« J’ai appris la maladie de Dame d’Yrwen, comment va-t-elle ? »
Elle avait lu une réelle inquiétude sur ses traits, et c’était précisément à cause de cette émotion qu'elle avait refusé le tutoiement et les questions amicales.
Elles n’avaient plus dix ans.
La Duchesse repoussa son verre avec un soupir frustré et se mit à faire les cent pas dans son bureau. Maître des élèves séniors de la Garde personnelle de Sa Majesté. Un titre dont elle se serait bien passée.
Incapable de tenir en place, elle rejoignit ses quartiers, troqua sa tenue d’apparat pour des vêtements simples, enfila son manteau et descendit aux écuries.
L’odeur familière de crottin et de paille l’accueillit aussitôt. Sa monture favorite dormait dans son box.
- Désolée de te réveiller, ma belle, murmura-t-elle.
Elien piaffa pour la forme, mais ce fut tout. La jument elfique avait choisi de créer un lien avec la guerrière lors de sa dernière visite dans le Royaume des Elfes. Sa haute taille et sa musculature fine ajoutées à sa grande intelligence en faisait une alliée de choix pour la guerrière.
Althéa l’enfourcha à cru et flatta son encolure.
- Chez Marina, indiqua-t-elle. Tu te souviens de la route ?
La bête se mit en mouvement, adoptant un trot confortable. En confiance totale, la jeune femme se laissa guider et leva les yeux vers la voûte constellée d’étoiles.
Il lui manquait de dormir dehors. Elle se sentait enfermée dans sa chambre pourtant familière, et elle détestait le silence qui avait remplacé les mille bruits de la nature.
En arrivant dans la ville basse, Elien ralentit au pas puis s’arrêta devant une auberge.
Le bâtiment était de bonne facture, en pierre jaune et bien entretenue. L'enseigne grinçante indiquait : "À l'orc ronchon".
Le rez-de-chaussé résonnait de rires et d'entrechoquements de verres. Les habitués et les marins de passage profitaient de la nuit pour se détendre et boire un coup.
- Merci, ma belle.
Althéa mit pied à terre quelques pas plus loin et laissa l'animal.
- Tu m'attends ici, tu veux bien ?
Un coup de tête contre sa poitrine fut sa réponse et elle glissa une friandise à sa monture.
- À bientôt.
La Duchesse contourna l'auberge et repéra aisément une fenêtre au troisième étage. Elle rejeta son manteau en arrière et entama l’ascension. Les prises lui vinrent facilement, elle avait emprunté ce cheminà mainte repirse.
Parvenue à destination, elle poussa doucement le battant et se glissa dans la chambre plongée dans l'obscurité. Presque aussitôt, une lame se pressa contre sa gorge.
- Pas de gestes brusques, murmura une voix à son oreille.
- Marina, c’est moi, répondit la Duchesse sans bouger.
- Althéa ! Qu’est-ce que tu fous là à cette heure-ci ?
La guerrière se gratta la tête avec une grimace contrite.
- Je n’arrivais pas à dormir.
- Tu viens de rentrer dans ton confortable manoir et tu n’arrives pas à dormir ? Laisse-moi rire, très chère.
- Haha. Vraiment très spirituel, grimaça la guerrière en s'efforçant de distinguer le visage de son amie.

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