Chapitre 29
Installée dans un vieux fauteuil confortable, Althéa observait la jeune femme qui s’agitait dans la chambre. Elle alluma une bougie qui éclaira faiblement une pièce modeste : un lit étroit, une table, deux sièges.
Ses longs cheveux sombres tombaient au creux de son dos, lâchés négligemment. Ses yeux noirs pétillaient d'intelligence et de malice. Petite, mince et agile, elle se déplaçait avec une aisance féline et gracieuse.
- T'as pris du muscle d'puis la dernière fois, commenta-t-elle.
La Duchesse s’esclaffa.
- Trois ans de guerre, ça ne te dit rien ?
- Si, si, b'sûr. Mais t’es baraque, c’tout.
- Je prends le compliment pour ce qu’il vaut.
- Alors comme ça, m'dame la générale n'pionce pas ? »
Althéa leva les yeux au ciel, attrapa au vol la fiole d’hydromel que Marina lui lança et en but une gorgée.
- J’suis flattée qu'tu viennes m'voir. »
La Duchesse garda le silence. Elle se souvenait de la gamine famélique rencontrée dans la rue, qui l’avait détroussée. Elle l’avait protégée du châtiment réservé aux voleurs : une main coupée.
Aujourd’hui, c’était une femme. Plus, c'était une guerrière.
- T’as quel âge ?
- J’sais pas. Seize, dix-sept ans.
- Tu as bien grandi.
Marina rit.
- C’la vie qui veut ça, m’dame.
- Tu travailles toujours pour Bjorg ?
- Nah.
- Ah. Pour qui, alors ?
La jeune femme fouilla en silence dans ses affaires avant de lui lancer une lettre portant le sceau royal.
- Hein ?
- La Reine a pris contact 'vec moi. Enfin… c’est la Première ministre qu'j’vois. On a l'même patronne.
- Je vois ça. Tu es importante, madame, rigola la Duchesse.
- T'peux voir l'choses comme ça. J’peux pas t’en dire plus, ou va m’arriver des bricoles. Mais t’hésites pas si t’as besoin de moi. J’te dois une main.
- Je t’ai déjà dit que je te remettais ta dette.
- T’sais bien comment on est, les Maraudeurs. Une dette est une dette tant qu’elle est pas payée.
Althéa avala une autre gorgée d’hydromel. Le liquide ambré lui brûla la gorge.
- C’est dangereux, ce que tu fais ?
- C’dépend.
La Générale hocha la tête.
- C’pas que j’veux pas t’dire, mais bon… t’comprends, c’est la Reine, alors…
- Non, non, bien sûr, princesse.
La jeune femme tressaillit au surnom affectueux.
- T’m’as manqué, t’sais, marmonna-t-elle, le nez baissé sur sa dague.
La Duchesse sourit doucement.
- Toi aussi, petite voleuse.
- J’vole pour la Couronne désormais, t’peux rien m’dire.
- C’est bien vrai, ça.
- Pourquoi t'passes m'voir ?
Althéa se leva et fit quelques pas pour se dérouiller les jambes. Elle avait passé l'après-midi assise, et l'immobilité lui pesait.
- Pour prendre de tes nouvelles pardi.
- Mouais, marmonna la jeune fille. C'pas plutôt pour noyer tes problèmes dans l'alcool et le sexe ?
La Duchesse avala une gorgée du liquide qui lui brûla la gorge puis une douce chaleur envahit ses muscles.
- Mm ? avança Marina.
- Je ne fais plus ça.
- T'es en train de boire. T'es v'nue à cheval. L'Quartier des plaisirs n'est pas loin.
- Argh. Je déteste quand tu fais ça.
- Doit bien avoir des prostitué.e.s pour t'changer les idées.
- Ouais, non.
Althéa se prit le front entre ses doigts.
- Pas sûre que ça règle mes problèmes.
- Ton fameux problème n'a rien à voir avec ton audience de c't'après-midi, n'est-ce pas ?
La générale s'étira brusquement.
- Arrête de lire en moi.
- D'accord, d'accord, lui concéda Marina en écartant les mains.

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