Chapitre 25
Installée dans un vieux fauteuil confortable, Althéa observait la jeune femme qui s’agitait dans la chambre : de longs cheveux noirs, des yeux noirs, petite, mince, agile.
- Tu as pris du muscle depuis la dernière fois, commenta cette dernière.
La Duchesse s’esclaffa.
- Trois ans de guerre, ça ne te dit rien ?
- Si, si, bien sûr. Mais t’es baraque, c’est tout.
- Je prends le compliment pour ce qu’il vaut.
- Alors comme ça, madame la générale ne pionce pas ? »
La générale en question leva les yeux au ciel, attrapa au vol la fiole d’hydromel que Marina lui lança et en but une gorgée.
- J’suis flattée que tu viennes me voir. »
La Duchesse garda le silence. Elle se souvenait de la gamine famélique rencontrée dans la rue, qui l’avait détroussée. Elle l’avait protégée du châtiment réservé aux voleurs : une main coupée.
Aujourd’hui, c’était une femme.
- T’as quel âge ?
- J’sais pas. Seize, dix-sept ans.
- Tu as bien grandi.
Marina rit.
- C’la vie qui veut ça, m’dame.
- Tu travailles toujours pour Bjorg ?
- Nah.
- Ah. Pour qui, alors ?
La jeune femme fouilla en silence dans ses affaires avant de lui lancer une lettre portant le sceau royal.
- Hein ?
- La Reine a pris contact avec moi. Enfin… c’est la Première ministre que j’vois. On a la même patronne.
- Je vois ça.
- J’peux pas t’en dire plus, ou va m’arriver des bricoles. Mais t’hésites pas si t’as besoin de moi. J’te dois une main.
- Je t’ai déjà dit que je te remettais ta dette.
- T’sais bien comment on est, les Maraudeurs. Une dette est une dette tant qu’elle est pas payée.
Althéa avala une autre gorgée d’hydromel. Le liquide ambré lui brûla la gorge.
- C’est dangereux, ce que tu fais ?
- C’dépend.
La Générale hocha la tête.
- C’pas que j’veux pas t’dire, mais bon… t’comprends, c’est la Reine, alors…
- Non, non, bien sûr, princesse.
La jeune femme tressaillit au surnom affectueux.
- T’m’as manqué, t’sais, marmonna-t-elle, le nez baissé sur sa dague.
La Duchesse sourit doucement.
- Toi aussi, petite voleuse.
- J’vole pour la Couronne désormais, t’peux rien m’dire.
- C’est bien vrai, ça.

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