Chapitre 31
Deux coups légers résonnèrent.
- Entrez, répondit la Duchesse.
- Bonjour votre Altesse.
Althéa se retourna vers le serviteur qui lui tendait un plateau.
- Vous avez reçu un courrier de Sa Majesté.
Elle brisa le sceau royal sans attendre et parcourut la courte missive en fronçant les sourcils.
« Vous êtes attendue par vos élèves. »
Ces quelques mots la firent grimacer. La Reine ne s’était même pas embarrassée de formules de politesse. L’ordre était clair.
La Générale siffla entre ses dents et laissa tomber le papier après l’avoir froissé..
- Tu veux que je les forme… je vais te les faire suer, tes soldats, ma Reine.
D’un pas vif, elle gagna les écuries sans prendre la peine d’enfiler un manteau et s’engouffra dans le carrosse que les palefreniers tenaient prêt.
- Au Palais.
Le trajet lui sembla durer une éternité. Elle tapotait d’un doigt énervé le montant de la fenêtre, les dents serrées à en grincer.
Que Méora ne l’aime pas, soit. Mais qu’elle use de son pouvoir pour l’obliger à ce qu’elle détestait de plus la mettait hors de ses gonds.
Elle se rappela les mots de son maître de méditation, à l’Académie, qui l’avait forcée à maîtriser ses accès de colère noire.
« Si tu ne te contrôles pas, ils te contrôleront. »
La Souveraine testait ses limites, elle en était consciente. Peut-être même cherchait-elle à la briser, à en faire un pantin docile qu’elle pourrait manier à sa guise.
Elle frissonna à cette pensée et détendit chacun muscle, un à un. Une froide indifférence se substitua à son exaspération.
Le carrosse s’arrêta brutalement et elle s'agrippa au siège pour ne pas être projetée en avant.
Sautant à terre sans attendre qu’on ne lui ouvre, elle pénétra dans l’enceinte du Palais sous les regards médusés des gardes.
Le terrain d’entraînement était vide. Les recrues entretenaient le matériel dans la salle d’armes à la porte entrebâillée. L’atmosphère était détendue.
Althéa eut un sourire en coin puis d’un coup de pied, elle défonça les battants de la porte.
- Tout le monde dehors ! tonna-t-elle.
Ce fut la débandade. Sans prendre la peine de ranger leurs outils, les jeunes gens s'élancèrent sur le terrain.
Althéa dédaigna le portail et sauta par-dessus la barrière avec souplesse. Elle fit face au groupe qu’elle toisa sans ménagement. Ils étaient une bonne cinquantaine.
- Qui est le chef ? gronda-t-elle.
Cinq jeunes gens s’avancèrent avec hésitation. Elle désigna d’un geste sec la fille la plus proche.
- Parle.
La jeune femme mince aux cheveux noirs déglutit péniblement et trifouilla sa frange.

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